Profession de foi: "Je suis tous les jours en vacances, parce que j'aime le foot, et que depuis toujours, j'y baigne de la tête aux pieds. Le premier jour du championnat, j'étais, l'après-midi, à Alost-Mouscron, et, le soir, à Charleroi-Standard. Le lundi, je pense déjà avec impatience au week-end suivant. C'est mon plaisir et mon métier".
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Profession de foi: "Je suis tous les jours en vacances, parce que j'aime le foot, et que depuis toujours, j'y baigne de la tête aux pieds. Le premier jour du championnat, j'étais, l'après-midi, à Alost-Mouscron, et, le soir, à Charleroi-Standard. Le lundi, je pense déjà avec impatience au week-end suivant. C'est mon plaisir et mon métier".21 sélections internationales d'arrière droit ou gauche, 25 matches européens, valeur de base du FC Liégeois, capitaine du Beerschot vainqueur de la Coupe 71, entraîneur-joueur à Eisden, entraîneur des Juniors UEFA et de l'équipe Première du FC Liégeois, entraîneur de Seraing (montée de Promotion en D1), de Beringen et de Hasselt. Propriétaire, avec son frère Guy, d'un vaste complexe sportif à Wihogne, loué au FC Liège, Yves Baré est aussi manager depuis 13 ans. Il s'est accompli de A à Z dans le foot. En 64, pour sustenter la caisse du FCL, il fit même du porte à porte dans les fermes de la Hesbaye pour vendre des abonnements. Tombé tel Obélix dans la marmite, Yves échangeait, à 5 ans, des passes avec l'oncle Jules, et frappait gauche-droite sur le mur de la ferme, quand tonton allait livrer en camion. Un peu ému, Yves évoque une récente réunion des anciens du FC Liégeois de Rocourt. "Notre ancien stoppeur Emile Lejeune passe régulièrement un coup de fil à l'un ou l'autre pour aller boire un pot, et puis il s'est mis en tête de nous réunir. Et ça s'est fait, à Wihogne, il y a trois mois. Beaucoup d'anciens combattants étaient là comme Jean Loos, dirigeant et entraîneur dans les années 80, l'ex-secrétaire général Joseph Paul, le docteur Legros et Willy Saeren, malade mais présent et bouleversé, José Moës, Gérard Sulon et d'autres. On s'est promis de remettre ça chaque année, au profit d'une oeuvre". Les 15.000 francs de l'oncle JulesManager à la tête de la Société Yves Baré, avec deux collaborateurs limbourgeois, Willy Hox (ex-joueur de Hasselt) et Guy Bonny (ex-scout du Club Brugeois), Yves insiste sur les circonstances particulières des étapes de sa carrière foot. "Ainsi mon passage de Juprelle au FC Liégeois. Gamin, je jouais devant, à droite, mais pas assez bien, sans doute, car le comité des jeunes allait me virer. L'oncle Jules a versé 15.000 francs, et je suis resté. Plus tard, en Réserve, pour dépanner, j'ai accepté un poste d'arrière gauche que d'autres refusaient. J'ai réussi un bon match face à Herman Galand du Daring, et Dolgos m'a retenu pour l'équipe Première. Un transfert définitif m'a été proposé. Oui mais... il existait une petite note, rédigée par mon père à l'adresse de la direction de Juprelle: -Mon fils fait partie de votre équipe mais sera libre de vous quitter en cas de bonne offre d'une autre équipe. Vous aurez droit à 40% du montant, mon fils au reste. Mon père fut sans doute, à son insu, le premier manager belge. Je coûtais 400.000 francs, et papa avait prévenu les dirigeants liégeois: -Si vous venez à la maison, ayez l'argent sur vous, sinon, pas la peine de vous déplacer. Le dernier jour des transferts, mon père était à l'Expo 58, à Bruxelles. A 9 heures, pas de nouvelle, et les transferts se clôturaient à midi. Inquiet, je file en camion avec l'oncle Jules au secrétariat du club. Au bureau, le préposé ne sait pas grand-chose, sauf que si Baré se présente, il doit signer là sur la feuille. Au même moment, les dirigeants étaient chez moi... Un quiproquo, mais ça s'est arrangé. Mon père a touché 40.000 sur les 240.000 qui nous revenaient, et plus tard, comme entraîneur de Juprelle, j'ai plus ou moins récupéré le solde". Pas banal non plus, son passage au Beerschot en 70-71. Un joueur wallon parmi l'élite anversoise, et nommé capitaine: rarissime! " Arthur Ceuleers, mon ex-entraîneur à Liège et en équipe nationale, et alors directeur technique du Beerschot, engagea en même temps Roger Claessen et moi. Pourquoi j'ai quitté Rocourt? J'y étais devenu un meuble, mes bons matches passaient inaperçus et le public ne réagissait plus qu'à mes erreurs. J'ai remercié Joseph Paul qui avait compris la situation et obtenu le feu vert du président Jules Georges. A Anvers, j'ai gagné en une saison autant qu'en une demi-douzaine à Liège". Un après-midi, Yves se sentit mal à l'entraînement, son coeur battait la chamade. Après trois semaines de repos, il se sentit à nouveau d'attaque. "Je suis revenu à temps pour gagner la finale de la Coupe contre St-Trond. Combien j'ai coûté au Beerschot? Aucune idée, il n'y avait pas de manager belge à l'époque. S'il avait existé, il aurait pu travailler sur mon contact avec Benfica. L'entraîneur Bela Guttman cherchait un arrière droit et alignait son ailier gauche Cavem à ce poste. Liège a dit non". Originale aussi, sa carrière d'entraîneur. Jeune marié et titulaire à Rocourt, il entraîna, en même temps, Juprelle en 2e Provinciale. Un dimanche, légèrement blessé au genou, il avertit le docteur Legros qu'il prendrait un risque en s'alignant l'après-midi contre Diest. Et à 14h15, il fila en voiture pour coacher son club d'origine. "Il y a prescription", dit-il en riant. "Juprelle est parvenu à se sauver, et c'est peut-être là qu'est née ma vocation d'entraîneur. J'ai adoré ce métier, surtout lorsque j'ai pu m'occuper des jeunes". Victime d'une rechute de tachycardie, Yves mit le frein, quitta le Beerschot et signa comme joueur-entraîneur à Eisden. Au bout d'une demi-saison, toujours victime de battements de coeur accélérés, il dut renoncer après une défaite en Coupe contre Anderlecht et Rensenbrink. Le volet financier du joueur tombait donc, et l'entraîneur intéressait moins. "De ma période de joueur, je garde deux stars en tête: Cruyff et Pelé. Je les ai côtoyés sur la pelouse. Physiquement et mentalement, j'ai ressenti ce dont ils étaient capables. Un vrai bonheur". Bettagno, premier transfertYves retourna à Rocourt pour diriger les Juniors UEFA, puis l'équipe Première en 76. Mais les rouages structurels du club se rouillant, il adressa un piquant rapport " Mai 78" au patron Jules Georges. Bye-bye Rocourt, bonjour Seraing. Promotionnaire, le club accéda, en 82, à la D1, pour la première fois de son histoire. Baré donna sa pleine mesure au Pairay et y appela des perles, tels les Péruviens Percy Rojas et Juan-Carlos Oblitas, et le percutant artiste sénégalais Jules Bocandé. "Ma vocation de manager est, sans doute, née à Seraing, parce que j'y choisissais moi-même les joueurs". Après l'épopée sérésienne, il coacha Beringen, puis Hasselt. "J'ai arrêté en pleine saison, parce que les joueurs se plaignaient de devoir s'entraîner un jour de festivités. De mes débuts comme manager, je me souviens d'un certain malaise. J'avais l'impression que les gens mettaient la main sur leur portefeuille en me rencontrant. Au contact de collègues bien notés, j'ai progressivement appris que notre rôle est utile dès qu'il est abordé avec sérieux. J'accorde la priorité à la recherche du jeune talent et je pratique avec passion ce métier qui me permet de bien vivre. La mentalité des joueurs a beaucoup évolué ces dernières années. Avant, mis à part deux grands classiques comme Raymond Braine, parti en Tchécoslovaquie, et Fernand Goyvaerts, à Barcelone, une majorité de nos footballeurs étaient casaniers; pas question pour des Sulon, Semmeling ou Baré de s'expatrier à Southampton, par exemple. Aujourd'hui, des jeunes de 17-18 ans insistent pour que je leur répère un club à l'étranger. Pour le fric? Pas uniquement. Aussi pour ce qu'ils considèrent comme des vacances au bout du monde. C'est le goût de l'aventure. Parfois des seconds couteaux incapables de suivre en D3 me demandent de les caser loin et dans un club plus huppé". Le premier transfert important au niveau national, la Société Yves Baré l'a réalisé avec Alain Bettagno, de Seraing vers Bruges. "J'ai d'ailleurs transféré pas mal de Wallons en région flamande, comme Wégria, Kinet, Deflandre, Godfroid, Quaranta ou Englebert". Jouissant d'un bon contact avec les clubs flamands, Baré est officiellement reconnu en Région flamande, témoin une liste parue dans La Vie Sportive. "En Flandre, le métier est autorisé et réglementé. Il faudrait que la Wallonie fasse de même. Des règles sont nécessaires, c'est évident, mais elles doivent aussi être respectées par le club. Ce n'est pas toujours le cas. A la moindre erreur, le manager est dans le collimateur. Il doit lui aussi être protégé". Henry Guldemont