C'est un beau roman, c'est une belle histoire et l'aventure sportive de Jean-Pierre Papin (43 ans) est très loin d'être terminée. Entraîneur du Racing Club de Strasbourg depuis le début de la saison, il vit le football avec la foi et l'enthousiasme d'un Junior.
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C'est un beau roman, c'est une belle histoire et l'aventure sportive de Jean-Pierre Papin (43 ans) est très loin d'être terminée. Entraîneur du Racing Club de Strasbourg depuis le début de la saison, il vit le football avec la foi et l'enthousiasme d'un Junior. JPP a la pêche et rayonne de joie de vivre. Sa carte de visite, ses succès, sa gloire, ses papinades : il aurait pu raconter tout cela au coin du feu jusqu'à la fin de ses jours. Hé bien non : l'homme a gardé une taille de sportif et son enthousiasme légendaire n'a pas été embourgeoisé par le foot caviar du top niveau. " Je n'oublie pas que le football m'a tout donné, surtout des valeurs positives ", dit-il. " Je me suis exprimé à fond en tant professionnel mais j'ai été aussi heureux en m'éclatant dans le monde amateur. J'ai joué jusqu'à 41 ans et ce fut super jusqu'à la fin. A Cap Ferret, je me suis fondu dans la masse des amateurs et ce ne fut que du bonheur en plus. J'ai tout au plus raté deux ou trois matches en trois ans. J'y ai marqué des buts à la pelle. C'était chouette. Il faut jouer le plus longtemps possible. Sans football, je ne serais pas grand-chose aujourd'hui. J'ai eu la chance de croiser des personnalités exceptionnelles. En 1993, à Johannesburg, où je jouais avec Milan, j'ai pu rencontrer Nelson Mandela avant un match : cela m'a marqué et je n'oublierai pas cet homme qui s'est battu durant toute sa vie contre le racisme. Je veux être un relais et rendre une partie de ce que j'ai reçu ". Si l'enthousiasme peut soulever des montagnes, l'optimisme de JPP suffirait à détourner l'Ill, cette rivière née au c£ur du Jura alsacien et qui traverse Strasbourg avant de se jeter dans le Rhin. Avec un clin d'£il, il s'adresse à la presse régionale venue récolter ses impressions avant un match de championnat : " J'en connais un qui a fait tout un article en se contentant d'une seule de mes phrases. Il doit retourner à l'université... " Eclat de rire général, que ce soit dans le chef des Dernières Nouvellesd'Alsace, le grand quotidien régional, ou du côté des chaînes de télévision. Papin connaît le monde médiatique et tout le bataclan sur le bout des doigts. Fondé en 1906, le Racing de Strasbourg a connu ses heures de gloire (champion en 1979, vainqueur de la Coupe de France en 1951, 1966, 2001 et de la Coupe de la Ligue en 1997 et 2005) et ses misères (échec de la société de la société de management sportif IMG- McCormack dont Patrick Proisy, l'ex-tennisman, fut président de Strasbourg) avec à la clef une chute en L2 au terme de la saison passée. JPP n'a pas opté pour la facilité en prenant la succession de Jacky Duguépéroux. Avec un budget de 16 millions d'euros et un stade de 29.000 places, le club présidé par Philippe Ginestet, un jeune entrepreneur immobilier de 39 ans, ambitionne de revenir tout de go en L1. " Le choix en faveur de Strasbourg était une suite logique ", avance Papin. " Je ne voulais pas que tout aille trop vite après mon trajet de footballeur. Ma vie, c'est quoi sans le football ? Je préférais commencer par le bas, y constater que le métier d'entraîneur me plairait autant que celui de joueur. J'ai passé huit ans à étudier afin de décrocher les différents diplômes nécessaires afin d'entraîner un club pro. J'ai eu la chance de me roder à Arcachon, près de Bordeaux. Il était important de découvrir la vie et le travail d'un groupe sous un autre angle. Un joueur ne mesure pas qu'il y a un énorme travail de préparation, accompli par l'entraîneur et son staff technique, pour que tout se déroule bien. Que ce soit un entraînement, une rencontre, une saison. J'avais beaucoup appris, notamment à l'étranger, mais il fallait que je sache offrir tout cela à un groupe. En 2004-2005, mon premier club, Arcachon, a décroché le titre en Division d'Honneur puis nous avons obtenu la quatrième place en CFA 2 ". Cela le met en appétit mais la mairie d'Arcachon craint d'aller plus loin dans son soutien. Pour Papin, il est temps de changer de vitesse. Les offres sont nombreuses et parmi celles-ci, il y en a une qui attire son regard car elle émane de Belgique : " J'ai été très intéressé par Charleroi. Au départ, cela me paraissait trop haut même si Charleroi est un défi plus aisé à relever que de se retrouver à la tête d'un club de L1 française. J'ai rencontré le président Abbas Bayat en mai dernier avec le groupe de financiers qui était sur le point d'acheter Charleroi et de me confier le poste d'entraîneur. Les négociations ont été très loin car Abbas Bayat voulait vendre le club tout en conservant la présidence durant encore un an. (NDLA : un site Internet françaiswww.footmercato.net a vait fait état le 4 mai 2006 des contacts entre JPP et Charleroi). Cela a été à deux doigts de se faire et je ne dévoilerai pas le nom des investisseurs. Ils feront peut-être une autre offre plus tard. Cela a traîné et Strasbourg en a profité pour me contacter : tout s'est conclu rapidement. Mais j'adore la Belgique et je crois aux cycles. Un jour, je reviendrai là où tout a commencé pour moi. Entraîner Bruges, ce serait fabuleux... En attendant, Strasbourg me convenait bien. Il venait de chuter en L2 mais espérait rebondir tout de suite. L'effectif avait été très marqué par la relégation et mon premier travail fut de guérir cette migraine. Il y a eu beaucoup de départs et pas mal d'arrivées dont des jeunes du centre de formation. L'objectif, c'est la montée mais la L2, c'est 38 longues journées. Il faut progresser à chaque match. Si c'est le cas, il y aura la récompense en fin de saison ". Bruges l'engagea en 1985. Repéré par l'agent de joueurs Fernand Gooyvaerts, il est suivi à la loupe par un scout des Flandriens : Raoul Lambert. Le Club l'achète pour 250.000 euros et le cédera un an plus tard à Marseille pour 1,75 million. A l'époque, cela faisait pas mal de sous. " J'ai gardé un souvenir ému de Bruges ", raconte-t-il avec une pointe d'émotion dans la voix. " C'était une grande aventure. S'il y a un club qui m'a permis d'arriver là où je suis, de réussir ma carrière, c'est Bruges. Je ne suis pas du genre à me poser beaucoup de questions. Je fonce. Bruges était un grand club où aucun joueur français n'avait jamais réussi. Tout le monde m'avait déconseillé d'y aller. J'ai été moi-même à Bruges et cela a collé. Le coach, Henk Houwaart et son adjoint, Raymond Mertens, m'ont beaucoup aidé. Il n'y avait que des grands joueurs : Birger Jensen, Philippe Vande Walle, Hugo Broos, René Verheyen, Leo Vander Elst, Franky Vander Elst, Jan Ceulemans, Alex Querter, Marc Degryse, Willy Wellens, etc. J'ai une tonne de bons souvenirs brugeois : trois buts contre Boavista en Coupe de l'UEFA, le test match pour le titre hélas perdu contre Anderlecht (1-1 à Bruxelles, 2-2 chez nous et cette saison-là, il y eut en tout quatre nuls entre les deux clubs), le succès contre le Cercle Bruges en finale de la Coupe de Belgique. Je commençais ma carrière et je vivais tout à fond ". En 1986, Jean-Pierre Papin signe à Monaco mais se retrouve finalement à Marseille : " Je ne sais pas ce qui s'est passé. J'avais été retenu parmi les Bleus sans jamais avoir disputé un match en L1 française et cela fit du bruit. N'empêche, j'étais attendu car je marquais beaucoup de buts à Bruges alors que l'équipe de France avait des problèmes à la finition. J'ai passé six ans à l'OM. Bernard Tapie a été un père pour moi. Je pouvais lui parler, il me faisait confiance. Il savait que si on me bichonnait, je marquais des buts. Quand il est arrivé, il ne connaissait pas grand-chose au football mais il a vite appris. Il parlait beaucoup, haut et fort. Il avait l'art de motiver. Raymond Goethals était notre grand-père à tous. J'adorais l'homme mais aussi le fabuleux technicien qui nous a appris à jouer le pressing. Il nous est arrivé de ne faire que cela à l'entraînement durant deux mois et cela nous a permis de faire la nique à l'AC Milan. L'OM actuel n'est pas comparable. Par contre, le Lyon actuel me fait penser au Marseille d'hier. J'ai perdu une finale de C1 avec l'OM contre l'Etoile Rouge Belgrade puis une autre alors que j'étais à l'AC Milan,... face à Marseille ". JPP a passé deux saisons à Milan, deux autres au Bayern Munich avant de revenir en France. " Si tout était à refaire, je repasserais par là ", avance-t-il. " En Italie, j'ai marqué pas mal de buts. La concurrence était sévère avec six étrangers pour trois places. Avec la législation actuelle, on jouerait tous. J'ai progressé dans tous les domaines en Italie : physique, tactique, technique, etc. Pour moi, c'est une réussite. Le Bayern fut ensuite le meilleur choix car j'y débarquais en même temps qu'un entraîneur italien : Giovanni Trappatoni. La Bundesliga m'allait bien mais, malheureusement, je me suis blessé : un an sans jouer et deux saisons forcément en demi-teintes avant le transfert à Bordeaux. Je ne connaissais pas cette région mais j'ai appris à l'aimer. Les Girondins, c'était un peu moins business et plus famille ". Après cela, il passe quatre mois à Guingamp qu'il quitte après une dispute avec l'entraîneur, Francis Smerecki. Un mauvais souvenir mais que pèse-t-il à côté de ses succès, du Ballon d'Or 1991 et du plus beau but de sa carrière réussi le 25 mars 1992 au Parc des Princes contre la Belgique : " A 2-3 pour les Diables Rouges, il ne restait plus beaucoup de temps de jeu. Sur un centre de Basile Boli, j'ai réussi une reprise acrobatique insensée face à Michel Preud'homme car je savais que c'était faisable. J'ai pris le ballon dans une position bizarre et j'ai réussi le but impossible, le plus beau de ma carrière. C'était une vraie papinade... " PIERRE BILIC, ENVOYÉ SPÉCIAL À STRASBOURG