L'une des particularités du championnat de France est d'avoir un autre champion chaque année. Il n'est pas rare, outre-Quiévrain, qu'un club couronné termine la saison suivante dans le ventre mou du classement, voire carrément parmi les menacés. La règle n'a connu qu'une seule exception, ces dernières années : Lyon, sacré deux fois d'affilée en 2002 et 2003.
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L'une des particularités du championnat de France est d'avoir un autre champion chaque année. Il n'est pas rare, outre-Quiévrain, qu'un club couronné termine la saison suivante dans le ventre mou du classement, voire carrément parmi les menacés. La règle n'a connu qu'une seule exception, ces dernières années : Lyon, sacré deux fois d'affilée en 2002 et 2003. En Belgique, le phénomène est analogue : depuis 1996, un seul champion a été capable de conserver son titre l'année suivante : Anderlecht, couronné en 2000 et 2001. Mais, en 2002, il n'est même pas parvenu à arracher l'une des deux places qualificatives pour la Ligue des Champions. Ce phénomène peut s'expliquer. Il est lié, en partie, à l'arrêt Bosman et à la libre circulation des travailleurs décidée par la Communauté européenne. De ce fait, les clubs qui se sont illustrés sur la scène continentale éprouvent énormément de difficultés à conserver leurs meilleurs joueurs. A fortiori lorsqu'il s'agit de clubs de faible tradition, comme ce fut le cas du Lierse (qui a subi une véritable saignée après le titre de 1997) ou de Genk (qui a perdu BrankoStrupar, SouleymaneOularé et son entraîneur AiméAnthuenis après le titre de 1999). Mais Anderlecht lui-même n'est pas à l'abri : en 2001, après un deuxième titre d'affilée et surtout une formidable campagne en Ligue des Champions, il a dû laisser filer JanKoller, TomaszRadzinski, BartGoor et DidierDheedene, et a eu du mal à se remettre de ces départs. En cette saison 1996-97, les ténors traditionnels battent le beurre : Anderlecht termine 5e à 15 points du premier, le Standard échoue à la 7e place et Genk vient à peine de retrouver la D1. Seul Bruges, le champion sortant, s'immisce dans le duel que se livrent deux très gros outsiders : Mouscron, néo-promu, et le Lierse. En janvier, les Hurlus comptent quatre points d'avance en tête du classement lorsque GeorgesLeekens est appelé à la rescousse de l'équipe nationale par l'Union Belge. Le Lierse, entraîné par EricGerets, coiffera finalement les lauriers. C'est tellement inattendu que certains joueurs, bien avant la fin du championnat, avaient déjà signé ailleurs. Les Lierrois participeront à la Ligue des Champions, en disputant leurs matches à domicile à Gentbrugge dans l'antre de La Gantoise, mais payeront très cher ce succès : orphelins de leur entraîneur Eric Gerets et de la plu- part de leurs joueurs importants, ils échoueront à la 7e place la saison suivante. EricVanMeir était l'un des rares à être restés. " Parce que j'étais toujours sous contrat et que le problème ne se posait donc pas pour moi ", précise-t-il. " L'année du titre, beaucoup de joueurs arrivaient en fin de contrat. Les dirigeants lierrois ont trop tardé à entamer les négociations en vue d'un renouvellement et certains n'ont pas voulu attendre jusqu'en juin. BobPeeters, par exemple, avait signé à Roda JC dès le mois de mars, et lorsque le Lierse a obtenu la garantie de disputer la Ligue des Champions, je pense qu'il l'a regretté. DirkHuysmans s'était lié au Standard. D'autres, encore, se sont exilés. Le Lierse a, certes, réalisé des acquisitions pour remplacer les joueurs partis, mais il a commis une autre erreur : celle d'offrir de trop beaux contrats aux nouveaux arrivants. Pour le club, ce fut un peu le début de la fin. Aujourd'hui encore, il paye les conséquences de cette gestion ". En 1997-98, Anderlecht est toujours à la traîne et le Standard se calfeutre dans le ventre mou du classement. Il n'y a pas photo pour le titre : le Club Brugeois s'impose avec 18 points d'avance sur Genk. Ce titre 1998 fut le dernier de la carrière de joueur de FrankyVanderElst. " C'était sous la direction d'Eric Gerets, champion l'année précédente avec le Lierse ", se souvient-il. " Et, effectivement, nous ne sommes pas parvenus à confirmer la saison suivante. Pourquoi ? Sincèrement, je me pose moi-même la question. Car, contrairement à d'autres, le Club parvient à conserver un noyau relativement stable au fil des ans. Peut-être est-ce simplement une question de qualité du noyau, qui lui permet d'être champion de temps en temps lorsque tous les rouages s'embrayent parfaitement, mais pas plusieurs années d'affilée ? Peut-être les causes sont-elles mentales ? Après un titre, la pression s'intensifie. On est attendu partout avec les honneurs dus à son rang. L'adversaire est toujours particulièrement motivé et cela rend la tâche plus difficile ". Cette saison 1998-99 voit le premier titre de l'histoire de Genk, qui devance le Club Brugeois et Anderlecht. Comme le Lierse deux ans plus tôt, les Limbourgeois payeront cher la rançon de la gloire : leur entraîneur Aimé Anthuenis s'en va à Anderlecht, et dans la foulée, le duo d'attaquants constitué par Branko Strupar et Souleymane Oularé quitteront eux aussi le navire. ZoranBan, transféré de Mouscron, ne parviendra pas à faire oublier les précités, et le nouvel entraîneur JosHeyligen sera limogé en cours de saison au profit de JohanBoskamp. Genk terminera 8e. " En Belgique, lorsqu'un club remporte le titre de champion, il éprouve toujours de grosses difficultés à conserver ses meilleurs joueurs ", constate Zoran Ban. " C'est aussi ce qui s'était passé à Genk cette année-là. Souleymane Oularé et Branko Strupar étaient encore présents au départ de la saison mais le premier s'en est allé après quelques semaines et le second pendant la trêve hivernale. Le départ d'Aimé Anthuenis a aussi été durement ressenti. Il était en place depuis quatre années et avait réalisé de l'excellent boulot. Après lui, tout était à reconstruire. En outre, les joueurs qui étaient restés avaient puisé au plus profond d'eux-mêmes pour être champions et n'ont plus su renouveler les mêmes prestations. En ce qui me concerne, dans tous les clubs où je suis passé, je suis souvent arrivé... l'année d'après. A Mouscron, j'ai succédé aux frères Mpenza ; à Genk, à Branko Strupar et Souleymane Oularé ; de retour à Mouscron, à NenadJestrovic ; et à Mons, à CédricRoussel. Je n'ai donc jamais connu le bonheur d'un titre. Heureusement, j'ai pu me consoler avec une Coupe de Belgique ". Aimé Anthuenis, fraîchement champion avec Genk, redonne le titre à son nouvel employeur bruxellois. A deux reprises, même. Il reconstruit une équipe qui a perdu EnzoScifo et PärZetterberg, mais accueille BesnikHasi et YvesVanderhaeghe, ainsi qu'un tout jeune joueur dont on entendra parler plus tard : ArunaDindane. Si l'exode est limité après le titre 2000, les succès conquis en Ligue des Champions en 2001 attiseront les convoitises : tout puissant qu'il est sur la scène nationale, Anderlecht ne peut empêcher Jan Koller, Tomasz Radzinski, Bart Goor et Didier Dheedene de répondre à l'appel des sirènes étrangères. En 2002, le Sporting est devancé par Genk et Bruges, à qui il doit même laisser les deux places dont dispose désormais la Belgique en Ligue des Champions... grâce, précisément, aux exploits des Mauves pour qui la pilule est amère. " Au cours de mes deux premières saisons, j'avais disposé d'un groupe de grande qualité, au sein duquel les joueurs avaient l'âge idéal (26 ou 27 ans de moyenne) et avaient faim de victoires après cinq années de disette ", se souvient Aimé Anthuenis. " Mais ma troisième saison, je le concède, fut délicate. D'abord, des joueurs importants étaient partis. Anderlecht n'a pas échappé à l'exode qui guette les clubs belges après une saison faste. De ce point de vue, les choses ont légèrement évolué aujourd'hui. Il y a trois, cinq ou sept ans, tout joueur qui évoluait dans une équipe championne était presque certain de bénéficier d'un transfert lucratif, car l'argent coulait à flot à l'étranger. A l'heure actuelle, la crise frappe aussi les grands clubs internationaux. Les chances, pour un club belge, de conserver ses meilleurs éléments sont donc un peu plus élevées maintenant. Ensuite, et c'est une autre raison pour laquelle ma troisième saison fut difficile : si le Sporting n'était pas resté inactif sur le marché des transferts, il avait joué de malchance. Nenad Jestrovic et IvicaMornar, qui étaient censés remplacer les joueurs partis, se sont blessés. Enfin, troisième raison : mentalement, il y a eu une décompression. Les joueurs qui avaient fêté deux titres étaient rassasiés, ou du moins, leur appétit de victoires était moins grand ". La saison 2001-2002 voit les débuts de SefVergoossen à la tête de Genk. Le coach néerlandais réalise des prodiges et décroche le titre avec une équipe qui compte 23 ans de moyenne d'âge. Mais la suite sera moins drôle : la saison suivante, les Limbourgeois ne terminent plus que 6e. " D'une part, notre jeu était devenu beaucoup plus prévisible pour les autres équipes ", estime ThomasChatelle. " En tant que champions, nous étions aussi beaucoup plus attendus partout où nous nous produisions. D'autre part, nous avons aussi participé à la Ligue des Champions, et pour la plupart des joueurs, c'était une première expérience de ce type. Il a fallu gérer une situation nouvelle et cela n'avait rien d'évident. Sur le moment même, nous avons été emportés par notre enthousiasme et nous sommes parvenus à combiner, à raison de deux matches par semaine, nos obligations nationales et internationales. Mais nous en avons subi le contrecoup durant le second tour. L'exode s'est produit avec un an de retard. L'année qui a suivi le titre, Genk était parvenu à conserver ses pions majeurs, mais JosipSkoko, WesleySonck et MoumouniDagano s'en sont allés au début de cette saison-ci ". Le Club récupère les écussons en 2002-2003. Il domine largement Anderlecht, le seul club à opposer un semblant de résistance. Car Lokeren, Saint-Trond et le Lierse jouent surtout pour la 3e place. La machine lancée par TrondSollied semble bien rodée. Pourtant, cette saison-ci, les Flandriens doivent déchanter alors qu'ils ont pu éviter l'exode. Mieux : ils ont même renforcé leur noyau. GaëtanEnglebert, victime de plusieurs petites blessures qui lui ont fait louper de nombreux matches alors qu'il avait toujours été un joueur très régulier, symbolise un peu cette saison difficile de Bruges. " Les blessés furent légion et Trond Sollied a rarement pu aligner la même formation deux semaines d'affilée ", constate-t-il. " La stabilité a fait défaut et c'est probablement la raison principale de notre premier tour très difficile. Les saisons précédentes, on tournait avec un petit groupe de 15 ou 16 joueurs. Pendant ce championnat, il a pratiquement fallu s'habituer à de nouveaux partenaires à chaque match. Ce n'était pas une question de qualité, mais de cohésion ". Daniel Devos" Le titre du Lierse en 1997, ce fut le DéBUT DE LA FIN " (Eric Van Meir)" En 2001-2002, mentalement, il y a eu une DéCOMPRESSION à ANDERLECHT " (Aimé Anthuenis)