Mentalement, les joueurs de Preud'homme ont, une fois de plus, été friables: deux points sur quinze, c'est un régime de crise. Le coach liégeois a tenté quelques innovations. Avec le recul, on ne comprend pas pourquoi il s'est passé de Didier Ernst. Il avait abordé la question la veille du match: "C'est un choix de sélection. J'opte pour des joueurs totalement prêts. Certains le sont physiquement mais pas nécessairement sur le plan mental".
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Mentalement, les joueurs de Preud'homme ont, une fois de plus, été friables: deux points sur quinze, c'est un régime de crise. Le coach liégeois a tenté quelques innovations. Avec le recul, on ne comprend pas pourquoi il s'est passé de Didier Ernst. Il avait abordé la question la veille du match: "C'est un choix de sélection. J'opte pour des joueurs totalement prêts. Certains le sont physiquement mais pas nécessairement sur le plan mental". Dans le cas d'Ernst, ça se discute car le joueur se déclare apte au service et n'a pas encore les idées ailleurs. La ligne médiane manque de densité dans la chasse du ballon sans lui. Il ne reste plus rien du duo qu'il formait avec Harald Meyssen, offrant une harmonie intéressante entre job défensif et offensif. Deuxième but de SpeharJoseph Enakharire et Godwin Okpara n'atteignent pas le même rendement. Ils sont plus défenseurs que médians. Construire, c'est pas trop leur truc et cela s'est vu à Lokeren car ils jouèrent devant Afolabi (bon dans le jeu de tête mais quel déchet à la relance) et George Blay (élégant mais peu productif) qui ont perdu beaucoup de ballons et un Johan Walem revenant de blessure. Régis Genaux était sur le banc: il fera du bien à une défense trop légère. A l'attaque, le Standard inversa les pions et plaça Robert Spehar derrière Moreira et Gonzague Van Dooren. Le Croate a eu le mérite de marquer son deuxième but en trois matches: c'est pour cela qu'il a été acheté mais le coach cherche la bonne formule offensive et la change sans cesse depuis trois semaines. Van Dooren aura besoin d'une boussole tant on le déplace sur la pelouse. Quand des éléments comme Ali Lukunku (souvent blessé), Michaël Goossens, Johan Walem, Didier Ernst, Laurent Wuillot ou Harald Meyssen ne sont pas sur la pelouse, le Standard est trop court, n'a pas assez de talent par rapport à Bruges, Anderlecht et Genk. Un autre problème va forcément se poser. Pas de matches avec l'Europe en point de mire, cela fera moins de recettes et il y aura des trous à boucher dans la trésorerie. Le Standard paye bien et les salaires vont de dix à plus de 20 millions de francs belges bruts par an. Pour nouer les deux bouts, Sclessin devra vendre des joueurs en fin de saison. C'est désormais le destin de ce club. Il y a gros à parier que Michel Preud'homme ne fera plus souvent appel à Didier Ernst. Ce joueur sera libre en fin de saison et le Standard préférera se produire avec des joueurs qui auront de la valeur sur le marché des transferts où Luciano D'Onofrio jongle. Mais tous les joueurs ne font pas partie de son portefeuille: Ernst, Lukunku, Meyssen, Wuillot, etc. Joueront-ils encore souvent? Ce sont des réalités économiques dont un coach doit tenir compte. Il en aurait été tout autrement si le Standard avait maintenu le contact avec le haut du tableau. A ce rythme-là, le groupe explosera de plus en plus. Or, il n'est pas un secret que l'ambiance est loin d'y être géniale pour le moment. Les résultats dictent pas mal de choses et ce groupe est moins fort moralement que la saison passée. Quand Daniel Van Buyten, Robert Prosinecki ou Vedran Runje voulaient garder un résultat, ils y arrivaient. La saison passée, Michel Preud'homme avait misé avec maestria sur son humanisme. Et cela avait donné de bons résultats (participation à la Coupe de l'UEFA) après les tensions de l'ère Ivic. Ce qui était bon la saison passée est devenu un handicap, dit-on. Il a pris de la distance mais des jeunes se manifestent, comme Jinks Dimvula le fit contre Westerlo. Plus de culture du succèsAu-delà de ses problèmes actuels, il est un fait que le Standard n'a plus de culture du succès depuis 1983, année de son dernier titre national. Tout le monde y a échoué à des degrés divers depuis lors: joueurs, coaches, présidents, dirigeants, etc. Le mythe est-il si lourd à porter? Pas normal. Pourquoi manque-t-il toujours un centime pour faire un euro? La peur du succès est-elle paralysante? Est-ce psychologique?La liste des coaches ayant tenté leur chance est assez impressionnante de Michel Pavic à Michel Preud'homme en passant par Robert Waseige, Urbain Braems, Georg Kessler, Arie Haan, Aad de Mos et consorts. Peu ont réussi. Waseige et Haan se débrouillèrent le mieux avec chacun un titre de vice-champion et des qualifications pour l'Europe. Tous deux eurent des problèmes avec des directions trop fébriles ou cherchant à se mêler du sportif. Des joueurs y ont fondu comme neige au soleil. Exemple parmi d'autres: Frans Van Rooy. Le club n'a pas toujours été uni dans la quête du succès, comme si tout le monde voulait sa part de gloire. André Duchêne a sauvé le club de la faillite, a largement contribué à la modernisation du vieux stade de Sclessin. Ceux qui l'entouraient au niveau financier n'avaient hélas pas de vision sportive. Robert Louis-Dreyfus a investi beaucoup d'argent, évidemment, mais le club a perdu une partie de son âme dans le foot-business. A la fin de la saison, il sera à nouveau question d'import-export. C'est un cercle infernal. Michel Preud'homme sera-t-il le premier à exorciser le poids du passé? Il semblait si fragile à Lokeren mais, en même temps, tellement décidé à surmonter l'éprevue actuelle. Résistera-t-il à la malédiction de Sclessin? Pierre Bilic,Dia 1