On commence par la bonne nouvelle : la situation actuelle des entraîneurs africains est moins dramatique qu'en 1998. Lors du Mondial en France, les cinq qualifiés de ce continent avaient un coach européen. C'est mieux aujourd'hui mais ça reste très maigre : seule l'Algérie a fait confiance à un homme du cru, Rabah Saâdane. L'Afrique du Sud a confié son équipe à un Brésilien, Carlos Alberto Parreira. Le Nigeria à un Suédois, Lars Lagerbäck. Le Ghana à un Serbe, Milovan Rajevac. Le Cameroun à un Français, Paul Le Guen. Et la Côte-d'Ivoire à un Suédois, Sven-Göran Eriksson.
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On commence par la bonne nouvelle : la situation actuelle des entraîneurs africains est moins dramatique qu'en 1998. Lors du Mondial en France, les cinq qualifiés de ce continent avaient un coach européen. C'est mieux aujourd'hui mais ça reste très maigre : seule l'Algérie a fait confiance à un homme du cru, Rabah Saâdane. L'Afrique du Sud a confié son équipe à un Brésilien, Carlos Alberto Parreira. Le Nigeria à un Suédois, Lars Lagerbäck. Le Ghana à un Serbe, Milovan Rajevac. Le Cameroun à un Français, Paul Le Guen. Et la Côte-d'Ivoire à un Suédois, Sven-Göran Eriksson. Les entraîneurs africains sont-ils si nuls ? En tout cas, ça grince des dents du Maghreb jusqu'au cap de Bonne Espérance. Saâdane n'est pas le dernier à être irrité par cette situation : " Les fédérations africaines ont pris le pli de considérer les entraîneurs étrangers comme des faiseurs de miracles. " Rabah Madjer, ex-icône de l'équipe algérienne dont il a été le capitaine puis le sélectionneur, ne pense pas autre chose : " On a toujours l'impression que nos entraîneurs ne savent rien faire et qu'il faut absolument aller chercher ailleurs pour obtenir des bons résultats. C'est une mauvaise politique dont on voit les conséquences dans certains pays. Je lance un message à toutes les fédérations nationales d'Afrique : nos entraîneurs sont capables de faire aussi bien que les autres. Il faut seulement savoir les mettre en valeur. " D'autres personnalités montent au créneau pour dénoncer cette espèce de colonialisme, ce vol du foot africain de haut niveau par des conquistadors européens. Pape Diouf, l'ex-président tchadien de Marseille, crie son ras-le-bol : " Après la dernière CAN, la Côte-d'Ivoire a licencié Vahid Halilhodzic et l'a remplacé par Eriksson. Un Suédois a succédé à un Bosniaque ! Les dirigeants du foot africain manquent-ils à ce point d'imagination pour croire que la solution réside forcément en dehors du continent ? Prendre un coach étranger, c'est rarement faire un projet d'avenir. Souvent, c'est plutôt une réponse à un désarroi général de l'opinion et du pouvoir politique. Si ça continue, on fera bientôt diriger nos armées, nos administrations et nos ministères par des étrangers ! D'autres parlent de dangereux effet de mode. Comme Abdelmajid Chetali, qui avait qualifié la Tunisie pour sa première Coupe du Monde en 1978 et s'est reconverti comme consultant sur ESPN : " Comme en Angleterre, où les quatre principaux clubs sont entraînés par des étrangers, beaucoup de fédérations africaines croient que la désignation d'un coach venu de l'extérieur va améliorer les résultats. Ce que Saâdane et Hassan Shehata font avec l'Algérie et l'Egypte devrait quand même ouvrir les yeux de ceux qui décident, non ? Je pourrais aussi citer l'exemple du Ghana qui a été sacré champion du monde des -20 avec un entraîneur ghanéen. Le gros problème en Afrique, c'est qu'on ne donne pas aux coaches assez de temps pour travailler, pour s'installer. Il y a un problème de compétences au sommet des fédérations nationales. " Dans toute l'Afrique, la référence en Coupe du Monde reste le parcours du Cameroun en 1990, avec la première accession du continent en quarts de finale. L'équipe était alors dirigée par un Russe qui a gardé une cote d'enfer du nord au sud : Valery Nepomniachi. Les Africains ont toujours la nostalgie, aussi, du Néerlandais Clemens Westerhof (huitièmes de finale en 94 avec le Nigeria), du Serbe Bora Milutinovic (même résultat avec le même pays en 98), du Français Bruno Metsu (quarts de finale avec le Sénégal en 2002) ou du Serbe Ratomir Dujkovic (huitièmes de finale avec le Ghana en 2006). Dans l'histoire plus récente, Paul Le Guen s'est offert une statue au Cameroun en qualifiant ce pays pour la Coupe du Monde en cours, alors qu'il l'avait repris après des débuts catastrophiques en qualifications. Si le poste de coach est fragile quand il est occupé par un étranger (d'office engagé à prix d'or et dont on attend donc l'impossible), il l'est peut-être encore plus quand c'est un Africain aux commandes. Le dernier exemple en date est édifiant. Le Nigeria n'a pas été mauvais à la CAN angolaise avec ShaibuAmodu, qui venait de le qualifier pour cette Coupe du Monde. Mais il a sauté un mois après la Coupe d'Afrique et la fédération a évidemment opté pour un étranger, le Suédois Lagerbäck. Amodu avait déjà connu la même blague après avoir qualifié les Nigérians pour le Mondial 2002, mais cette fois-là, il avait au moins été remplacé par un compatriote. Lagerbäck est, depuis 60 ans, le 23e coach étranger de cette équipe nationale ! Et il y a très peu de pays africains qui n'ont jamais tenté une aventure avec un technicien européen. En Afrique, l'esprit de clocher reste très présent. Chaque média local pousse pour l'engagement d'un coach du coin et l'opinion publique embraye. Bien souvent, les fédérations règlent ce problème en désignant un étranger. Et il y a très peu de solidarité entre les entraîneurs africains que l'on définit comme envieux, toujours capables d'organiser l'une ou l'autre cabale ou de glisser des peaux de banane sous les pieds de confrères. Il est fréquent que dans les sélections dont de nombreux joueurs évoluent en Europe, ceux-ci poussent pour l'engagement de coaches européens qu'ils estiment plus compétents. Les internationaux jouant en Afrique, par contre, plaident pour des techniciens du cru car ils craignent que les coaches européens sélectionnent en priorité des joueurs de nos championnats, qu'ils scoutent plus facilement. L'histoire du foot africain est très riche de clashes entre joueurs internationaux et coaches venus d'un autre continent. Parce que les cultures sont différentes. Diouf pointe notamment le problème de la langue : " Comment voulez-vous ramener à l'unité un noyau de 20 hommes si vous ne comprenez pas ce qu'ils vous disent et s'ils ne saisissent pas ce que vous leur ra-contez ? Evidemment, on peut toujours passer par des interprètes, mais un grand écrivain a dit : -Traduire, c'est long et c'est toujours raté. " La problématique des coaches étrangers avait déjà été un sujet de discussion à la dernière CAN en Angola. Là-bas, 10 des 16 sélectionneurs étaient des non-Africains. Mais ils s'y sont presque tous plantés et trois des quatre équipes qui ont disputé les demi-finales avaient un technicien africain sur leur banc. Seul le Serbe Rajevac était passé entre les mailles du filet avec le Ghana. Les défenseurs des coaches africains rappellent aussi quelques résultats mémorables. La Côte-d'Ivoire a remporté son seul grand trophée (CAN 1992) avec un homme du cru. L'Egypte vient de remporter sa troisième Coupe d'Afrique consécutive avec un Egyptien, Shehata. Et des entraîneurs de ce continent ont réussi des exploits tout à fait improbables. Il y a eu la première qualification de la Tunisie pour une Coupe du Monde avec Chetali en 1978. Jomo Sono est allé au Mondial 2002 avec l'Afrique du Sud, Luis Gonçalves a fait la même chose avec l'Angola en 2006. A l'époque, tous ces pays étaient des petits poucets par excellence de l'Afrique. Dans certains cas, des coaches étrangers peuvent contribuer à la dégringolade du pays qu'ils entraînent. Au Maroc, par exemple, Badou Zaki avait été licencié après la finale perdue de la CAN 2004. Pour les patrons de la fédération, cette deuxième place était insuffisante et ils ont joué la carte française. Philippe Troussier, Henri Michel et Roger Lemerre ont été essayés : autant d'échecs et le Maroc, 13e nation mondiale à la fin des années 90, navigue aujourd'hui autour de la 70e place. Mais on continue à y croire aux Européens et c'est Eric Gerets qui va maintenant se lancer dans ce nid de guêpes. On raconte là-bas que le roi Mohammed VI en personne a fait des pieds et des mains pour que notre compatriote soit embauché. Il a reçu un contrat de quatre ans mais il volera, comme les autres, si les résultats ne suivent pas très vite. Juste avant le premier match des Algériens, Saâdane a cadré ses ambitions. Pour lui, les Anglais restent les favoris du groupe C et leur nul inattendu contre les Etats-Unis n'y change rien. Saâdane prévoyait une lutte serrée avec les USA et la Slovénie pour la deuxième place. Les attentes dans son pays sont élevées, 24 ans après la dernière participation à une Coupe du Monde (avec Saâdane aux commandes déjà) et quelques mois après l'accession aux demi-finales de la Coupe d'Afrique des Nations. Mais face à la Slovénie, les Fennecs se sont pris les pieds dans le tapis. Une carte rouge ridicule, une défaite qui complique déjà les choses et de fortes critiques des journalistes algériens présents sur place. Ils fustigent notamment le jeu frileux prôné par Saâdane " qui est le seul à croire que la meilleure attaque, c'est la défense ". Ses choix tactiques reviennent dans beaucoup de conversations. Stéphane Pauwels, qui était directeur technique à ses côtés sur le banc lors de la CAN 2004, n'est pas surpris : " Saâdane a toujours été un frileux. A la CAN, il avait complètement foiré dans notre match contre le Maroc et il s'était déjà fait démolir par la presse. Mais il garde des partisans inconditionnels à la fédération car il a toujours son étiquette de coach qui avait amené l'Algérie au Mondial 1986. Et ce n'était pas forcément le plus mauvais choix non plus car il a la bonne approche humaine avec ces gars pas toujours faciles à gérer. Saâdane, c'est un rassembleur, un bon monsieur, un bon pépère. Un peu sévère mais pas trop. Ce qui risque même de le perdre tôt ou tard car il fuit systématiquement les conflits. Il faut parfois trancher mais il ne sait pas le faire. Et il est fort influençable : par la presse mais surtout par le président de la fédération, qui fait clairement l'équipe. J'ai assisté à des scènes surréalistes quand j'y étais directeur technique. Il est arrivé que le président fonce dans la chambre d'hôtel de Saâdane après avoir appris la composition pour le match du soir, et lui impose des changements. Maintenant, je crains une suite de parcours difficile pour l'Algérie. Si elle avait battu la Slovénie, tout le pays se verrait déjà champion du monde. Mais cette défaite risque fort de tout faire partir en sucette. " l Amodu qualifie le Nigeria pour ce Mondial puis saute au profit d'un Suédois !