Depuis sa première accession en D1 en 2002-2003, jamais le club de Mons n'avait connu un départ aussi catastrophique. Nommé fin septembre, le nouveau général montois Cedomir Janevski a longuement préparé la visite de John Van den Brom qui fut son équiper à Istanbulspor, en Turquie. Mais il n'a pas fallu attendre cette affiche pour que les dernières tensions apparaissent. Les traditions ne se perdent pas. La défaite à Malines a scellé le sort d'Enzo Scifo et l'on a pu voir à quel point l'équipe montoise était malade : deux buts gags inscrits contre leur camp, une carte rouge ridicule pour Richard Soumah et une dispute entre Steve Beleck et Tim Matthijs pour la conversion d'un penalty. " Ce jour-là, certains joueurs ont manqué de respect à Scifo, ils l'ont lâché ", estime l'ancien buteur de l'Albert, Cédric Roussel. " Des tensions pareilles, c'est significatif d'un vestiaire qui va mal ", acquiesce Michel Wintacq. Entraîneur adjoint à Mons entre 1998 et 2008, l'homme sait de quoi il parle, il a connu à plusieurs reprises des situations compliquées dans un club où le vestiaire est réputé " difficile ".
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Depuis sa première accession en D1 en 2002-2003, jamais le club de Mons n'avait connu un départ aussi catastrophique. Nommé fin septembre, le nouveau général montois Cedomir Janevski a longuement préparé la visite de John Van den Brom qui fut son équiper à Istanbulspor, en Turquie. Mais il n'a pas fallu attendre cette affiche pour que les dernières tensions apparaissent. Les traditions ne se perdent pas. La défaite à Malines a scellé le sort d'Enzo Scifo et l'on a pu voir à quel point l'équipe montoise était malade : deux buts gags inscrits contre leur camp, une carte rouge ridicule pour Richard Soumah et une dispute entre Steve Beleck et Tim Matthijs pour la conversion d'un penalty. " Ce jour-là, certains joueurs ont manqué de respect à Scifo, ils l'ont lâché ", estime l'ancien buteur de l'Albert, Cédric Roussel. " Des tensions pareilles, c'est significatif d'un vestiaire qui va mal ", acquiesce Michel Wintacq. Entraîneur adjoint à Mons entre 1998 et 2008, l'homme sait de quoi il parle, il a connu à plusieurs reprises des situations compliquées dans un club où le vestiaire est réputé " difficile ". Promu via le Tour final, le RAEC Mons réussit de formidable manière son entrée dans le cercle restreint de l'élite en 2002-2003 : une neuvième place finale et un Roussel auréolé du titre de meilleur buteur à égalité avec Wesley Sonck grâce à 22 pions. La suite est plus laborieuse : Mons entame mal la saison de la confirmation et les mauvais résultats coûtent la tête de l'entraîneur en place, Marc Grosjean. Pour le remplacer, le président Dominique Leone fait un appel à un grand nom : Sergio Brio. Avec plus de dix ans passés à la Juventus, dont deux en tant que capitaine, et un palmarès long comme le bras, l'Italien en impose. Mais rayon coaching, c'est le néant : l'ancien de la Vieille Dame en est à sa première expérience en charge d'une équipe professionnelle. Dès son arrivée, Brio annonce la couleur : " Je suis un adepte du travail à outrance, la seule vraie manière d'obtenir des résultats ". Et il ne tarde pas à mettre ses principes en oeuvre. " Sergio était exceptionnel en tant qu'être humain. Le coach, c'est autre chose ", se souvient Wintacq. " Il donnait énormément d'entraînements et ils étaient beaucoup trop longs. Ça n'a pas plu aux joueurs et ça a créé des tensions. Il est arrivé avec ses méthodes mais elles étaient dépassées ". Autre point délicat : les transferts. Giacondo Martorelli, le manager qui a amené Brio à Mons, est nommé responsable du recrutement hennuyer et les deux Italiens font jouer leurs connections : en plus de Wamberto et Yoldas, quatre compatriotes arrivent durant le mercato hivernal. Si Roberto Mirri est une réussite, Alberto Malusci, Carlo Cardascio et Alessio Scharchilli ne sont pas restés dans les mémoires montoises. Ça grogne dans le noyau mais, sans être extraordinaires, les résultats suivent et permettent à l'Albert de se sauver lors de l'avant-dernière journée marquée par une défaite 0-9 face au Club Bruges. Les supporters montois se souviennent d'ailleurs encore de leur effarement face aux fanfaronnades du coach transalpin devant les tribunes à l'issue de, ce qui reste toujours à l'heure actuelle, la pire débâcle qu'ait connue le club en D1. Pour entamer la saison suivante, le clan italien fait le ménage. Exit donc les Douai, Berquemanne, Gorniak, Joly, El Araïchi et autre La Placa qui laissent leurs places à notamment Behi, Billy, Ingrao, Rabesandratana, Datti ou encore Goussé. Quant à Casto et Nibombé, direction le noyau C ! " Le président Leone a cru Brio et Martorelli dans leurs discours. Au lieu de finir avec de très bons joueurs, on s'est retrouvé avec un noyau plus que moyen ", déclarait Olivier Suray, le capitaine de l'époque, dans notre magazine en 2005. L'ambiance dans le vestiaire est alors exécrable, tout le monde se regarde en chien de faïence et les matches ne sont pas bons. Point culminant du pathétique cette année-là : l'affaire de la tartine de choco qui oppose Suray à Brio lors de l'après-midi du match Mons-Charleroi. " J'avais pris ce qu'il y avait sur le buffet ", expliquait l'actuel coach du Leopold Uccle-Woluwe. " Brio m'a dit que ce n'était pas bon et je lui ai répliqué que ce n'était pas plus mauvais que la confiture ou le jambon de Parme. Il m'a fait trois remarques et puis je l'ai vu écrire quelque chose sur sa feuille. Je savais à quoi m'attendre mais ce n'est que durant la théorie, quand j'ai vu que je ne faisais pas partie de l'équipe, que j'ai pété un câble (sic) et que je l'ai insulté. J'étais hors de moi, à deux doigts de le frapper. Je me sentais trahi. Pourtant, j'ai senti dans toute cette histoire que le club me soutenait ou se servait de cet alibi pour mettre Brio au pied du mur. Pendant une semaine, je ne voulais plus rien savoir. Même plus m'entraîner ou rester dans le noyau. Et puis quand j'ai vu les réactions que cela déchaînait et que finalement, c'était Brio qui s'attirait le ridicule, j'ai essayé de trouver une porte de sortie et j'ai présenté mes excuses. " En effet, le technicien transalpin ne sort pas grandi de cette histoire. Déjà en délicatesse avec la presse, son acolyte Martorelli s'en prend violemment à Hervé Gilbert de la RTBF et lui conseille de " changer de métier ". Même Elio Di Rupo se sent obligé de rappeler tout le monde à l'ordre. Deux défaites plus tard, Brio est finalement viré et remplacé par Jos Daerden. Les débuts du Limbourgeois sont catastrophiques et malgré un léger sursaut après le mercato ou pas moins de sept joueurs font leur arrivée, il est démis de ses fonctions pour avoir empêché le président Leone d'entrer dans le vestiaire à la mi-temps d'un match. Le tandem Wintacq-Suray prendra les rênes pour les quatre dernières rencontres mais la messe est dite et l'Albert est relégué en D2. José Riga est alors nommé T1 et la machine se remet en marche : l'Albert est champion, remonte en D1 et y réalise une superbe saison, terminant neuvième, au-delà de toutes les espérances, grâce à un excellent second tour. Pourtant, la saison de confirmation s'avère une nouvelle fois compliquée. Après un début moyen, l'équipe enchaîne onze matches sans victoire et Riga est licencié. Selon Cédric Roussel, arrivé en ce début de saison 2007-2008, l'ambiance n'y était pas non plus : " C'est une des rares fois de ma carrière où j'ai eu du mal à m'intégrer à un groupe. Je suis arrivé dans un vestiaire qui était prêt à exploser. C'était une bombe à retardement. J'ai tout de suite compris que ça allait partir en vrille. Il y avait trop de caractères forts des gars qui ne se laissent pas faire. Il y avait des histoires entre joueurs, des règlements de compte pour un tacle trop appuyé à l'entraînement. " Un constat partagé par Wintacq : " José c'est un gentleman, bien éduqué, du style de Scifo. Avec lui, on a eu la chance de remonter en D1 directement puis de faire une excellente saison. Après il y a eu ce qu'on peut appeler l'usure du pouvoir mais c'est vrai que ce n'est pas un homme à poigne, il est plus dans le dialogue alors qu'il faut parfois savoir en coller certain au mur ". Benjamin Nicaise, lui, ne partage pas cette vision : " Les résultats étaient moins bons, il y avait trop d'ambition. Forcément quand on attend trop, on est déçu mais le vestiaire prêt à exploser, non. Ça me fait rire quand on dit d'un vestiaire qu'il est difficile. Non, un vestiaire devient difficile quand il y a des gens qui disent franchement les choses. Bien sûr, il y avait des tensions et des choses et dire : on était derniers. Si on accepte pas les réflexions... Je comprends que Cédric ait pu se sentir mal mais ces remarques étaient toujours faites dans le but de sortir la tête de l'eau. Je ne pense pas que Riga manquait de poigne. Chacun a sa façon de manager : José avait la sienne, Scifo avait la sienne. Ils se sont fait virer, ça arrive aux meilleurs entraîneurs. Ce n'est pas pour autant qu'ils n'ont pas de qualités. " La mission sauvetage est alors confiée à Albert Cartier et le moins qu'on puisse dire c'est que la sauce prend rapidement : les Montois enchaînent sept matches sans défaite et évitent la relégation. " Avec lui, on n'entendait plus une mouche voler. Il avait des méthodes militaires et c'était ce dont Mons avait besoin à l'époque ", se souvient Wintacq. " Il fallait le caractère de Cartier ", renchérit Roussel. " A son arrivée, tout est reparti de zéro, il s'en foutait des noms. Il a remis tout le monde à sa place, il a tué tout le monde, il ne laissait rien passer. Il a été au resto avec chacun individuellement, à ses frais, pour discuter. J'espérais qu'il reste car c'était l'homme de la situation. Avec lui ça aurait marché la saison suivante ". Pour aborder sa troisième saison d'affilée parmi l'élite, l'Albert est confié à Philippe Saint-Jean. Pourtant, après une seule rencontre et un cinglant revers 5-0 contre Gand, l'ancien coach des Espoirs remet sa démission en invoquant des raisons de santé. " Je percevais des réflexions du style : -Si je joue, c'est avec untel et pas untel. On se serait cru chez des Scolaires. Ils se plaignaient du terrain, de la salle de musculation et d'autres choses. Certains menaçaient continuellement de partir si l'équipe n'était pas renforcée. Mais tout le monde craignait pour sa place. Ils demandaient des entraînements pas trop exigeants. J'entendais : -Je ne joue pas ; -J'arrête ; -Je suis malade. Là-bas, si tu éjectes un joueur de l'entraînement, il est dans les bureaux de la direction en trois minutes ". " On n'était pas dupe ", analyse Roussel. " Il y avait d'autres raisons que sa maladie. On retombait dans nos travers. Et puis il y avait Thierry Pister qui n'était pas un T2 mais un T1 bis ". Pister est alors promu coach principal mais rien ne va plus dans la maison montoise. " Il a l'image d'un gars qui a de la hargne, de la discipline. Ça n'a pas du tout été le cas. Il s'est fait manger par certains dans le groupe. " Le point d'orgue de tout cela : Mounir Diane qui après avoir inscrit un but s'en va jeter son maillot aux pieds de Pister pour montrer son mécontentement d'avoir été laissé sur le banc. " Un jour, il a renvoyé Mohamed Dahmane de l'entraînement ", se souvient Roussel. " Momo a filé voir le président et Pister a dû revenir sur sa décision. Il était désabusé. " A l'époque, Dahmane est désigné comme la pomme pourrie du vestiaire. Un costume que refusait d'endosser le Franco-Algérien dans Sport/Foot Magazine en février 2009 : " Je n'étais pas un fouteur de m..., j'essayais seulement de tirer l'équipe vers le haut en mettant parfois le doigt là où ça faisait mal. Mais dès que je bougeais un orteil ou que je l'ouvrais, ça faisait des gros titres. Tant pis, je ne changerai pas ". " Momo dans la vie il est extra. J'ai fait des soirées ou des restos avec lui, c'est le premier à t'aider si t'as besoin mais sur le terrain c'est un gagneur ", dit Roussel. " Il n'accepte pas qu'on ait une autre vision que lui et il le fait savoir. Une ou deux grandes gueules c'est nécessaire mais là il y en avait trop. Des bons joueurs mais qui se focalisaient trop sur des histoires hors-terrain. " En décembre, les dirigeants décident de mettre fin à tout cela et remplacent Pister par Christophe Dessy. Mais une fois de plus, le courant passe très mal avec le noyau. " Personne n'a compris. On savait qu'on partait vers de gros problèmes. Dessy, c'est un bon formateur mais il n'avait aucune expérience avec un noyau pro. A l'entraînement, il nous faisait travailler la conduite de balle. On n'était pas là pour être formé ! On était dans le trou et on creusait un peu plus. Il s'est séparé de certains joueurs, dont moi, sans leur laisser la moindre chance ", regrette Roussel. Au final, l'électrochoc tant espéré n'a pas lieu, que du contraire. Avec six points en 17 journées de championnat, Dessy présente un bilan catastrophique et Mons prend une nouvelle fois l'ascenseur pour la D2. Un épilogue que la direction actuelle veut absolument éviter cette année. " Je ne sais pas si Janevski va y arriver ", s'interroge Wintacq. " Il a décrété un silenzio stampa, c'est peut être une bonne chose mais s'il n'y a pas un leader qui arrive au mercato ça sent quand même le roussi ". " C'est vrai, il faut quelqu'un pour tenir la baraque. Je connais encore pas mal de joueurs du groupe et pour moi le vestiaire est encore sain mais sur le terrain c'est trop gentil ", répond Roussel. " Il ne faut pas forcément une grande gueule mais quelqu'un qui ose se disputer quand c'est nécessaire ", conclut Wintacq. " Quand on recrute il faut tenir compte de la qualité des joueurs mais aussi penser à constituer un vestiaire "PAR JULES MONNIER - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Je suis arrivé dans un vestiaire qui était prêt à exploser. C'était une bombe à retardement " (Cédric Roussel)