En matière de pathologies auxquelles peuvent être exposés les joueurs de football, une maladie pas vraiment comme les autres a quelque fois défrayé la chronique dans un passé récent: la malaria.
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En matière de pathologies auxquelles peuvent être exposés les joueurs de football, une maladie pas vraiment comme les autres a quelque fois défrayé la chronique dans un passé récent: la malaria. Au terme de la phase finale de la Coupe d'Afrique des Nations, qui s'était déroulée début 2002 au Mali, trois joueurs avaient développé cette affection à leur retour en Belgique: l'Egyptien de La Gantoise Ahmed Salah Hosny, l'Ivoirien de Beveren Gilles Yapi Yapo et le Congolais de Lokeren Singa Manzangala. Dernièrement, deux autres cas se sont ajoutés à cette liste : ceux des Burkinabés Mahamoudou "Badou" Kéré et de Moumouni Dagano, le premier officiant au Sporting Charleroi et l'autre, qu'on ne présente évidemment plus, au Racing Genk."Au même titre que les autres nations subsahariennes, le Mali et le Burkina Faso font partie des zones à risque concernant la malaria", observe Carl Willem, l'un des docteurs des Zèbres, spécialisé à la fois en médecine sportive et tropicale. "L'Afrique représente 90% des cas dans le monde. Le pourcentage restant a trait essentiellement aux pays intertropicaux d'Amérique ainsi qu'au Sud-Est asiatique".Il s'agit d'une maladie infectieuse grave, connue également sous le nom de paludisme. Les statistiques attestent qu'elle affecte, bon an mal an, entre 300 millions et un demi-milliard de personnes, causant la mort d'environ deux millions d'entre elles chaque année. Par là même, elle constitue ni plus ni moins la plus importante des maladies parasitaires tropicales dans le monde. Le parasite de la malaria est inoculé dans l'organisme humain par la salive d'un moustique femelle: l'anophèle, dont il existe une soixantaine de variétés. Par voie sanguine, le parasite se dirige d'abord vers le foie où il s'embusque pour croître et se diviser. Dans un délai plus ou moins bref, oscillant entre neuf jours ou plusieurs mois, parfois, la nouvelle génération de parasites formés est libérée du foie et envahit alors le sang où elle colonise les globules rouges. Le parasite entre dès ce moment dans un cycle de multiplication rapide: toutes les 48 ou 72 heures, selon l'espèce de parasite, des cellules femelles s'échappent des globules rouges et en envahissent d'autres. De la sorte, une infection débutant avec quelques parasites à peine peut, en l'espace d'une courte période, produire des dizaines de millions de parasites qui ne sont évidemment pas sans incidence sur l'être humain: fièvre, douleurs et sensation de malaise, accompagnés souvent de migraines, sont généralement les premiers signes de la malaria. Une maladie non contagieuse, il faut le préciser.Quatre espèces de malariaExactement. Grosso modo, on en dénombre quatre espèces: le plasmodium vivax, qui concerne les six dixièmes des cas, le plasmodium falciparum, qui représente un tiers des affections et les 7% restants qui se partagent entre le plasmodium malariae et le plasmodium ovale. Ces deux dernières variétés sont pour ainsi dire négligeables et limitées géographiquement. Le plasmodium vivax se rencontre essentiellement en Asie et ne cause pas vraiment de grandes complications. En revanche, le plasmodium falciparum est dangereux et engendre le plus important pourcentage de décès. C'est d'ailleurs cette forme-là de malaria qu'ont contractée Mahamoudou Kéré et Moumouni Dagano à l'occasion de leur déplacement au Burkina Faso, à la mi-octobre, pour les besoins d'un match éliminatoire de la Coupe d'Afrique des Nations 2004 face à la République centrafricaine. Il est heureux que tant à Genk que chez nous, l'affection a été décelée à temps et que des mesures ont été prises immédiatement pour la combattre. De cette manière, le pire a été évité.Au Racing, tout le monde a eu très vite tous ses apaisements pour ce qui est du rétablissement de Moumouni Dagano. En revanche, il fut question à un moment donné d'une "malaria cérébrale" pour Mahamoudou Kéré. L'heure était-elle grave à ce point?La gravité d'une malaria est fonction du pourcentage de globules rouges parasités. Un individu prémuni en tolère généralement 2%. C'est le cas de tout sujet habitant les zones où le paludisme est endémique, hormis les femmes enceintes et les enfants de moins de cinq ans, pour qui le seuil de tolérance est, hélas, insignifiant. C'est pourquoi, malheureusement, la malaria tue un enfant toutes les 30 secondes dans le monde. Chez les non-prémunis, tels que les touristes, les expatriés et les migrants revenant dans leur pays d'origine, les symptômes se développent dès l'instant où 0,2% du sang est infecté, ce qui correspond à 10.000 globules rouges par microlitre. Plus ce pourcentage est élevé, plus le mal est évidemment sérieux. Dans certains cas, il atteint d'ailleurs les 20% et plus. L'accès initial, qui se traduit par un état fébrile peut alors être accompagné par d'autres accès, plus pernicieux, comme un coma avec encéphalopathie aiguë, qui est mortelle en l'absence de traitement en urgence.Aucun vaccin efficaceNon, car aussi bizarre qu'il n'y paraisse, l'immunité se perd en l'espace de deux ou trois mois à peine, qu'on ait contracté ou non la maladie par le passé. Un footballeur africain évoluant en Belgique en est dès lors réduit, au même titre que n'importe quel autre quidam se rendant dans une région à risque, à prendre ses précautions pour prévenir la maladie. Outre des vêtements de protection ou l'utilisation de moustiquaires, il y a lieu de prendre des médicaments antipaludéens, à base de quinine, comme la nivaquine, la paludrine, la savarine, la malarone ou le lariam. Ce sont des médicaments à base de quinine, Le traitement débute en général une semaine avant le départ et doit être le plus souvent respecté jusqu'à un mois après le retour. Dans le cas des deux joueurs concernés, le développement de la malaria ne peut s'expliquer que par deux facteurs: soit ces garçons n'ont pas, ou insuffisamment, respecté les indications qui leur ont été données, soit la médicamentation n'a pas eu l'effet escompté. Car comme il en va pour les antibiotiques, on relève depuis plusieurs années, en Afrique surtout, une résistance accrue à la nivaquine.En 1902, Ronald Ross s'était vu attribuer le prix Nobel de médecine pour avoir découvert le rôle des moustiques anophèles en tant que vecteurs de la malaria. Comment expliquer qu'un siècle plus tard, un vaccin n'a toujours pas été mis au point?Pour la bonne et simple raison que le parasite à l'origine de la malaria est complexe, car constitué de 6000 molécules dont 30 à peine ont été identifiées jusqu'à présent. Plusieurs vaccins ont été essayés. Mais aucun ne s'est révélé complètement efficace pour le moment. Il y a quand même un constat réjouissant après toutes ces années: la zone impaludée s'est singulièrement rétrécie dans le monde depuis un demi-siècle. De fait, là où le niveau de vie augmente, le paludisme diminue sensiblement. C'est la raison pour laquelle, en Asie par exemple, un pays pauvre comme l'Inde y est fortement exposé. En revanche, la malaria est réellement anecdotique en Corée du Sud et au Japon, deux pays industrialisés. Si l'Afrique intertropicale suivait le même chemin, le paludisme y régresserait aussi, c'est l'évidence même. Bruno Govers,Tant à Genk qu'à Charleroi, le pire a été évité de justesseSoit les joueurs n'ont pas été prudents, soit les médicaments perdent leur effet