A ce moment-là, la presse avait publié une liste de dix joueurs, parmi lesquels Tarek Saïd, dont Anderlecht n'avait plus besoin. "Je ne sais pas si je dois partir", a-t-il répliqué. "Personne n'a abordé le sujet avec moi. Je l'ai découvert par les journaux et Internet. Mais dois-je me satisfaire de ces lectures?"
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A ce moment-là, la presse avait publié une liste de dix joueurs, parmi lesquels Tarek Saïd, dont Anderlecht n'avait plus besoin. "Je ne sais pas si je dois partir", a-t-il répliqué. "Personne n'a abordé le sujet avec moi. Je l'ai découvert par les journaux et Internet. Mais dois-je me satisfaire de ces lectures?"Le remplaçant de Bart Goor n'avait encore entamé que deux rencontres, contre Charleroi au premier tour et contre Lommel au second. Il n'avait fait parler de lui qu'en Réserves. Parce qu'il avait inscrit un but des 60 mètres, qu'il avait remplacé le gardien, blessé, et qu'il avait malencontreusement cassé la jambe d'un adversaire. "Jouer avec la Réserve constitue un bon entraînement. L'entraîneur m'a dit que, la première année, il est difficile de s'imposer et de jouer. J'ai dû m'adapter à tout, ici. A la langue, au climat, aux joueurs, à l'entraîneur, au football. Etre plus physique, plus agressif, courir davantage, défendre plus. Mon adaptation est à présent terminée, qu'il s'agisse du football ou de la vie quotidienne".Pas une armoire à glaceL'été dernier, Tarek Saïd a coûté 55 millions à Anderlecht. Jean Dockx et Werner Deraeve l'avaient suivi avec attention avant de le recommander chaleureusement. Deraeve commente: "Si vous voulez savoir pourquoi il joue aussi peu, adressez-vous à l'entraîneur. Peut-être ne lui convient-il pas? Il veut des joueurs de plus grand gabarit mais je suis certain que nous n'avons pas commis d'erreur en engageant Saïd. Nous étions convaincus qu'au bout de quelques mois, plus personne ne parlerait de Bart Goor car l'Egyptien a tout pour réussir. C'est un médian gauche rapide, doté d'un bon bagage technique, d'un bon tir et d'un certain abattage. Un excellent footballeur mais pas une armoire à glace. Ceux qui croient que les joueurs égyptiens ne sont pas prêts, physiquement, à évoluer en Belgique, devraient aller faire un tour là-bas. Un jeune comme lui doit simplement bénéficier d'un peu de confiance. Ça n'a pas été le cas. Peut-être parce qu'il est d'un naturel paisible, doux, pacifique, pas un de ces joueurs avec lesquels l'entraîneur va avoir des problèmes s'il le laisse sur la touche.Un exemple. Un jour, en Réserves, le gardien s'est blessé après dix minutes de jeu. Il n'y avait pas d'autre portier sur la feuille. Tarek a dit: -Je vais prendre place dans le but. Je le trouve trop bon, trop brave, pour quelqu'un qui doit se battre pour sa place". Des Souliers d'OrPuis, il a été aligné. Pas à la position de Bart Goor mais à celle d' Alin Stoica. C'était le samedi 20 avril, dans un match de fin de saison contre Westerlo. Tarek Saïd a marqué et a été impliqué dans les deux autres buts (3-3). On l'a proclamé homme du match. "Je suis heureux, très heureux", rayonne-t-il au coup de sifflet final. "Peut-être ne va-t-on plus me considérer comme un transfert raté car je peux bien mieux encore". Sans Luan Ametaj, son homme de confiance, Tarek Saïd n'aurait jamais tenu le coup toute la saison à Anderlecht. Celui-ci travaille avec le bureau de management d' Hendrik Andersen. Mister Luan l'affirme: "Anderlecht n'a encore rien vu. Rien! Même pas contre Westerlo, non. Ce n'était pas encore le Tarek que nous avons admiré en Egypte. Je vous l'assure: le jour où Anthuenis lui accordera une véritable chance, il deviendra la vedette d'Anderlecht. La direction ne m'a pas dit que Tarek était sur la liste des transferts. Tout le monde l'apprécie, y compris Constant Vanden Stock. Mais voilà, Anthuenis ne lui accorde pas de crédit. D'après certaines personnes, les bons footballeurs ont des problèmes avec Anthuenis. Il préfère des catcheurs. Je ne pense pas que Tarek recevra jamais une véritable chance à gauche, puisque Marc Hendrikx y joue et que c'est l'entraîneur qui l'a voulu. C'est son joueur. Le malheur de Tarek, c'est de ne pas être un transfert d'Anthuenis. Pourquoi Hossam n'a-t-il pas rejoint Anderlecht? Parce qu'il avait appris qu'Anthuenis ne l'estimait pas complet. Pourtant, la Lazio Rome a transmis une proposition à l'Ajax mais les Hollandais demandent 21 millions d'euros, quatre fois plus que son prix d'achat (il rit). Si Tarek ne reçoit pas sa chance la saison prochaine, il fera tout pour partir. Jusqu'à présent, il s'est montré très patient, mais il ne devrait pas, au vu de ses qualités et de sa carte de visite. Tarek a tout gagné ces dernières années: deux fois le Soulier d'Or en Egypte, le titre de meilleur buteur, la Ligue des Champions africaine... A 23 ans, il a déjà disputé 45 matches pour l'Egypte... Mais on est en train de le démolir". La parole à AnthuenisAimé Anthuenis rétorque: "Certaines personnes ont clamé que Tarek Saïd était le successeur de Goor, qu'il était même meilleur. En fin de compte, il s'est avéré qu'il avait des possibilités mais toujours avec un bémol. Il est techniquement brillant mais il manque de puissance. Je le trouve meilleur dans l'axe que sur l'aile. Il demande beaucoup le ballon, il doit l'avoir souvent, mais il préfère converger vers l'axe plutôt que d'écarter le jeu, de filer sur sa ligne. Dans ce cas, il doit jouer au milieu.Saïd a joué un bon match contre Westerlo mais les circonstances étaient idéales: il y avait peu de pression sur les médians, c'était jouer et laisser jouer. Il manque de puissance et d'explosivité, des choses qu'on peut difficilement améliorer. Il convient bien dans des espaces réduits, quand il ne faut pas parcourir trop de terrain. Foncer sur 20 mètres lui est difficile. Je suppose que l'aspect physique du football belge l'a surpris. En perte de balle, il ne participe guère au jeu. Il ne faut pas lui demander d'exercer un pressing. Même récupérer le ballon paraît difficile pour lui.S'il peut réussir à Anderlecht? C'est difficile à dire. Il a un gros avantage et un gros handicap. Le reste est moyen. Son plus: il est fort ballon au pied. Son moins: quand il est sous pression, il peine dans les duels et on l'écarte facilement du ballon. Il y a des joueurs sveltes, voire maigres, qui sont quand même forts. Ce n'est pas le cas de Tarek Saïd. Je ne veux pas donner l'impression de préférer les joueurs physiques et les marathoniens, mais aligner simultanément De Bilde, Stoica et Saïd dans les matches engagés, ça ne serait pas évident". VacancesTarek Saïd retourne chez lui la semaine prochaine. Pour un mois de vacances, qu'il attend avec impatience car il n'a pas eu un seul jour de congé au cours des deux dernières années. "Le 29 juin, j'ai participé à un match de l'équipe nationale. J'ai repris l'entraînement avec Anderlecht le 1er juillet", explique-t-il. "J'étais vidé. Je suis impatient d'être en vacances mais je me réjouis aussi de me produire avec l'Egypte contre l'Afrique du Sud et le Maroc en mai car j'ai besoin de jouer des matches de haut niveau". Christian Vandenabeele,"Tarek a le malheur de ne pas être un transfert d'Anthuenis"