Ce Mondial a été le chef-d'£uvre de joueurs et de deux coaches, Marcello Lippi et Raymond Domenech. Un coach est là pour tirer le maximum de potentiel de son équipe et ils y sont nettement mieux parvenus que leurs collègues.
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Ce Mondial a été le chef-d'£uvre de joueurs et de deux coaches, Marcello Lippi et Raymond Domenech. Un coach est là pour tirer le maximum de potentiel de son équipe et ils y sont nettement mieux parvenus que leurs collègues. Si le Lyonnais avait lui-même décidé de se passer de quelques joueurs qui auraient bien eu leur place en Allemagne comme Ludovic Giuly, Johan Micoud ou Robert Pirès, le Toscan dut involontairement faire une croix sur la solidité du défenseur Alessandro Nesta (blessé en début de compétition) ou sur le rendement optimal de Francesco Totti, miraculeusement retapé d'une jambe cassée mais qui ne joua qu'à trois quarts de son potentiel (et encore). Si Domenech constitua une découverte permanente (tant par la justesse de ses options que de ses mots), on assista surtout à quelques grands moments de coaching de la part de Lippi. Comme face à l'Allemagne, contre 11 adversaires et des milliers et des milliers de fans, quand il a terminé avec trois attaquants. Très bien vu : si les Italiens encaissaient un but, ils pouvaient revenir ; s'ils n'encaissaient pas de but, ils pouvaient en marquer un. L'Italie n'a jamais été hyper défensive (sauf contre la France) et son leader a été servi par ses joueurs. En finale, après un penalty hyper léger encaissé, les Italiens sont restés bien plus calmes et maîtres d'eux qu'un Zinédine Zidane, par exemple, exclu pour avoir répondu à la provoc de Marco Materazzi. Retour aussi à la demi-finale contre l'Allemagne : quand successivement Alberto Gilardino et Gianluca Zambrotta heurtèrent l'armature métallique du but de Jens Lehmann, ils sont restés concentrés, comme s'ils savaient que seul le calme pouvait les sauver. La France a été coachée de façon apparemment intellectuelle par Domenech . Jamais de gestes excessifs comme Big Phil Scolari... ou une passivité glaciale comme celle de Sven-Goran Eriksson, constamment vissé à son siège. Il a des cheveux gris ondoyants de maréchal d'Empire du juste milieu. Chaque Français semblait savoir exactement ce qu'il devait faire à tout moment, sauf peut-être le malheureux Louis Saha contre le Portugal qui exécuta mal les directives... peut-être parce qu'il était traumatisé par sa carte jaune qui le privait de finale. Et sauf le dérapage poignant de Zizou en finale. Pourtant, il avait déjà marqué un penalty et pouvait en marquer un autre... Domenech pensait tout avoir prévu grâce à la tactique et l'astrologie. Il avait fait étudier le ciel de tous les postulants au noyau France A. Sur base de conseils et d'expériences, il s'est désintéressé de l'année de naissance de ses favoris mais s'est attaché à leur signe zodiacal. Il a commencé par éliminer tous les natifs du Scorpion, parce qu'ils auraient eu tendance à s'éliminer entre eux et à être impitoyables pour les autres. Il s'est aussi méfié des Lions, n'en admettant qu'un seul. Conclusion : les Coqs se sont montrés terriblement solidaires. Ce fut même tellement bô que la France tout entière pleura d'émotion dans les heures avant la finale quand TF1 diffusa que le maître mot des Bleus était On vit ensemble, on meurt ensemble. Romantisme kitsch, non ? Juste le cliché On gagne ensemble, on perd ensemble revisité par un amateur en communication. Mais quand on arrive en finale de la Coupe du Monde, tout ce qu'on dit a valeur d'évangile. Les tifosi italiens eurent bien plus d'humour ; notamment face à des attaques minables de la presse allemande. Ils auraient ainsi pu dire quelque chose du genre On gagne ensemble, on va en prison ensemble... Car les Français ont finalement eu bien moins de tracas pendant ce Mondial que les amoureux de Série A. Le grand scandale du Moggiopoli n'a pas réussi à plomber le ciel italien pendant le tournoi. Après, c'est déjà autre chose... john baete