Le baron-président-docteur Michel D'Hooghe, plus grand donneur de leçons de l'histoire de notre football, est catégorique : " Il n'y a pas de crise au Club Bruges ". Ah bon ? Le départ timide en championnat et la chape de plomb qui pèse sur les terrains d'entraînement et le vestiaire du stade Jan Breydel ne seraient donc que des leurres !
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Le baron-président-docteur Michel D'Hooghe, plus grand donneur de leçons de l'histoire de notre football, est catégorique : " Il n'y a pas de crise au Club Bruges ". Ah bon ? Le départ timide en championnat et la chape de plomb qui pèse sur les terrains d'entraînement et le vestiaire du stade Jan Breydel ne seraient donc que des leurres ! La vente d'une demi-équipe, l'amoncellement incompréhensible de blessures, la méforme persistante de certains piliers de l'ère Trond Sollied, les difficultés de Jan Ceulemans à faire passer son message (pour autant qu'il en ait un !), l'incapacité à poser le jeu même face à de petits calibres de la D1, la moyenne offensive indigne d'un candidat au titre (11 buts en 9 matches, pour 26 à Anderlecht, 20 au Standard, 18 à Zulte Waregem !), les multiples revirements tactiques, les déclarations ironiques de quelques joueurs mécontents de devoir faire banquette... tout cela serait donc à ranger parmi les péripéties ordinaires du quotidien d'un champion national ! Personne n'est dupe : le départ de Sollied n'a toujours pas été digéré et la sauce ne prend pas. Reste à savoir pourquoi... Les joueurs de Bruges qui se plaignaient des méthodes de Sollied en sont aujourd'hui pour leurs frais. Ils reprochaient au Norvégien son abord glacial. Mais l'homme n'avait pas que de mauvais côtés : fervent partisan de l'autodiscipline, il laissait ses joueurs très libres dès qu'ils quittaient le terrain. Arriver à table avec quelques minutes de retard était toléré. Jan Ceulemans agit tout à fait autrement : il aime que tout soit réglé à la seconde près et ne tolère aucun écart, sous peine de renvoi sur le banc. Les joueurs l'acceptent mal. Sur le terrain, c'est l'inverse. Autant tout était planifié, quadrillé militairement avec Sollied, autant Ceulemans manque de précision. L'ancien international gérait bien la situation à Westerlo, où il avait un leader désigné ( Chris Janssens) et une quinzaine d'autres joueurs sans grand relief pour l'entourer. Janssens était son contact privilégié, l'homme qui relayait ses rares directives. A Bruges, c'est évidemment différent. Ceulemans travaille avec une trentaine de joueurs dont près de 20 ont un niveau plus ou moins équivalent. Il n'a jamais été un crack en communication et ne parvient pas à faire passer un message clair. Dans des moments de grande tension, une petite remarque marrante peut dérider l'atmosphère, mais à Bruges, le trio d'entraîneurs Ceulemans- Franky Van der Elst- René Verheyen n'a rien de comique ! Des joueurs se plaignent aussi de la méthode Ceulemans parce que l'homme râle beaucoup, trouve que ce n'est jamais bon, mais ne corrige pas. Il estime simplement que des footballeurs de ce niveau doivent être capables de se gérer tactiquement. Les choses pourraient s'arranger s'il y avait, dans le groupe, un gars capable de reprendre le rôle de leader qu'assumait Timmy Simons. Gert Verheyen avait été pressenti, mais ses prestations en demi-teinte ne l'autorisent pas à revendiquer cette casquette. On misait aussi sur Gaëtan Englebert mais il n'est pas parvenu à faire l'unanimité. Reste Philippe Clement, mais sa blessure au genou l'oblige à vivre en marge du groupe. Cette absence de leader se remarque évidemment sur la pelouse, en match. Simons était le contact naturel de l'équipe, l'aimant qui entrait en action dès que la défense brugeoise récupérait le ballon. Il appelait et, par son autorité naturelle auprès de ses coéquipiers, recevait le plus souvent le cuir. Aujourd'hui, plus personne ne joue ce rôle, ce qui contribue à expliquer les difficultés qu'éprouve le Club à remonter le ballon. Ces difficultés dans le jeu et les résultats décevants sont des détonateurs des bombes miniatures qui éclatent à Bruges. Bosko Balaban a ironisé suite à sa non titularisation pour le match au Standard : " Bruges laisse son meilleur buteur au repos pour le plus gros match du début de saison, je ne comprends pas... ". Javier Portillo en a remis une couche après le match de Ligue des Champions au Bayern : " Si c'est pour me laisser sur le banc, je ne comprends pas qu'on m'ait fait venir ici ". Balaban et Tomislav Butina, deux des piliers de l'équipe, en fin de contrat, traînent aussi leur mauvaise humeur parce que la direction ne leur offre pas ce qu'ils réclament. Butina veut plus sur la durée, Balaban veut plus dans les chiffres ! C'est donc dans cette ambiance délicate que Ceulemans est prié de faire tourner le vent. Lui en laissera-t-on encore longtemps l'occasion ? Sans doute. D'Hooghe et Marc Degryse, qui ont eu pour la première fois l'opportunité de choisir un entraîneur ensemble, se sont couverts durant l'été : " Le Club a beaucoup de nouveaux joueurs et risque de vivre une saison de transition ". On n'attend donc pas de décision spectaculaire avant le printemps prochain. Et tant pis pour les supporters qui réclament du changement : D'Hooghe a récemment fait fermer deux forums Internet (celui du site officiel du Club et un autre non officiel) car il estimait que les attaques devenaient trop violentes. Joos Valgaeren, Michael Klukowski, Clement, Marek Spilar, JonathanBlondel, Manaseh Ishiaku, Rune Lange, des genoux, des chevilles, des déchirures,... A Bruges, l'actualité s'écrit aussi à l'infirmerie depuis l'été dernier. Car c'est l'un des seuls clubs de notre D1 qui ne possèdent pas de préparateur physique spécifique ? C'est aussi le seul club du monde dont le président est en même temps patron de la commission médicale de la FIFA. Cherchez l'erreur ! Le staff médical de Bruges est contesté depuis longtemps mais la direction lui fait toujours confiance. Certains joueurs vont de leur plein gré se faire soigner à l'extérieur (chez le gourou Lieven Maesschalk par exemple). On ne peut pas le leur interdire par contrat, au nom de la liberté individuelle en matière de suivi médical, mais dans ces cas-là, le Club oblige ses rebelles à payer eux-mêmes leurs soins. Toutes les blessures enregistrées depuis le début de la saison ne sont pas dues à un mauvais dosage des entraînements. Mais certaines proviennent certainement d'un manque de know-how en ce domaine. Le problème n'était pas criant avec Sollied, qui possédait de bonnes bases médicales et enseigna d'ailleurs cette matière à l'université de Trondheim. Les joueurs se plaignent d'entraînements trop durs et trop longs, affirment qu'ils manquent de fraîcheur le week-end. Le recours à un spécialiste de la préparation physique ne serait certainement pas superflu. Au Standard, l'infirmerie est quasi déserte depuis que ce club travaille avec Guy Namurois ! Ceulemans a tout essayé depuis le début de la saison : 4-3-3, 4-5-1, 4-4-2, 3-4-3, 3-5-2, 4-2-4. A Charleroi, le week-end dernier, on a eu droit à quatre occupations différentes, respectivement en 4-5-1, 4-4-2, 4-3-3 et 4-2-4. Tout cela parce que la tactique n'a jamais été le point fort de Ceulemans ? Parce que les multiples blessures l'ont souvent obligé à bricoler une équipe censée tenir la route ? Un peu des deux. Le plus frappant, c'est qu'aucun de ces systèmes n'a vraiment convaincu. On attend toujours la première belle victoire des Brugeois. La multiplication des blessures fait aussi que Ceulemans est parfois en panne de solutions pour certains postes et qu'il a plusieurs joueurs pour l'une ou l'autre place. Un exemple : Birger Maertens (sans doute le meilleur Brugeois depuis l'été) a déjà joué avec cinq coéquipiers différents dans l'axe de la défense Clement, Olivier De Cock, Valgaeren, Spilar et Jason Vandelannoite. Comment cultiver des automatismes dans ces conditions ? Avec Sollied, une défection à un poste clé n'était pas un vrai problème car chaque remplaçant connaissait par c£ur les contours de la mission qu'on lui confiait. Avec Ceulemans, on est loin du compte. Dans l'entrejeu aussi, Caje a tout essayé et son contraire. Le problème central est la succession de Simons. Ceulemans a essayé Sven Vermant au poste de récupérateur : ce joueur ratisse beaucoup mais il n'a ni le placement, ni le jeu de tête de Simons. Englebert a aussi eu sa chance, mais il est indispensable un peu plus haut sur la pelouse. Le coach a également fait un essai avec Sergiy Serebrennikov, mais l'Ukrainien manque cruellement de rythme après avoir joué moins d'une trentaine de matches en trois saisons à Bruges. Bref, après 9 journées de championnat, Ceulemans est toujours à la recherche de la formule idéale à cette place clé. On a cru, un moment, qu'il avait définitivement tranché en faveur d'un trio médian composé de Sven Vermant, Gaëtan Englebert et Leko, mais il s'avère que cette formule est déséquilibrée car trop offensive. Autre gros problème : la pénurie de gauchers. Michael Klukowski et GüntherVanaudenaerde se sont retrouvés sur la touche au même moment, l'espoir KevinRoelandts ne confirme pas et Jonathan Blondel a du mal à aligner deux bons matches d'affilée. Ceulemans a donc dû s'adapter en sacrifiant souvent l'idée d'une double occupation du flanc gauche. Pendant cinq ans, des joueurs de Bruges se sont plaints de la monotonie des entraînements de Sollied. Répéter, répéter, encore répéter, ça finissait par lasser. Mais les résultats suivaient car le système n'avait plus aucun secret pour ses exécutants. Qu'en est-il avec Ceulemans ? Après la prestation décevante au Lierse, il a voulu recadrer son groupe en disant simplement : " Les gars, ce n'était pas bon, il faudra que ce soit meilleur la prochaine fois ". Sans jamais tenter de mettre le doigt sur ce qui n'avait pas marché. Pas de debriefing constructif, rien. Tant au Lierse qu'à Beveren, Bruges a été mis sous pression, presque étouffé par son adversaire : inimaginable du temps de Sollied, lorsque le Club était dominant dans presque tous ses matches de championnat. Autre exemple, avant le match à domicile (perdu) contre Lokeren. Un joueur confie : " Ceulemans nous a dit de presser à fond pendant les 20 premières minutes. Mais rien n'avait été répété en semaine et la théorie s'est une fois de plus limitée à sa plus simple expression. Il y a beaucoup de façons différentes de presser un adversaire, et cela se fait à 11. Nous avons essayé de faire ce qu'il nous avait demandé, mais c'était impossible en n'ayant pas reçu de détails. On n'avait pas du tout travaillé le pressing en semaine ". Autre consigne cruciale du coach avant la défaite contre Lokeren : " Faites gaffe aux Islandais ". Précis ! Pendant le match au Standard, Jonathan Blondel est venu vers le banc pour demander qui devait prendre, sur les phases arrêtées, le Liégeois qui venait créer le surnombre. Il a fallu plusieurs minutes de discussion au staff pour qu'une réponse soit donnée. Les joueurs se plaignent de travailler sans objectifs détaillés à l'entraînement. C'est le plus souvent l'improvisation totale. Dans ces conditions, il est illusoire de revoir un Bruges assurant la reconversion offensive à la vitesse de l'éclair et exerçant un pressing constant, comme c'était le cas avec Sollied. Le Club jouait rapidement vers l'avant et on retrouvait quatre ou cinq joueurs flandriens dans le rectangle adverse lors de chaque phase offensive. C'était une des priorités du Norvégien : Many people in the box. Aujourd'hui, c'est souvent deux passes en avant, une en arrière, trois sur le côté ! La vitesse de remontée du terrain est indigne d'un candidat au titre. L'indigence offensive de Bruges s'explique par deux facteurs : une mauvaise alimentation et le nombre limité de joueurs capables de transformer les occasions. La mauvaise alimentation a été expliquée plus haut. Et la concrétisation ? Bengt Saeternes est parti. Ishiaku et Lange sont blessés. Verheyen ne sait plus accélérer. Victor joue par intermittences mais doit encore prouver qu'il a le niveau d'une équipe qui brigue le titre et la direction a d'ailleurs tenté de s'en séparer durant l'été. Jeanvion Yulu-Matondo s'est révélé récemment, mais a logiquement flanché après avoir joué trois matches en une semaine. Balaban a marqué plusieurs fois en début de saison avant de connaître son passage à vide actuel (on assista exactement au même phénomène il y a un an). Et Portillo n'est pas encore dans le coup pour avoir très, très peu joué en matches officiels au cours des dernières saisons. Il ne faut donc pas attendre de miracles à ce niveau non plus. C'est le point positif des problèmes observés ces derniers temps à Bruges. Forcé par les circonstances, Ceulemans a lancé dans la bagarre une quantité de gamins formés au Club. Ils ont tous révélé un joli potentiel. Stijn Stijnen dans les buts, Vanaudenaerde et Vandelannoite en défense, Yulu-Matondo en attaque. D'autres semi-jeunes ont prouvé qu'on pourrait compter sur eux : Blondel et Grégory Dufer. Et on dit énormément de bien de Dieter Van Tornhout et Roelandts, eux aussi produits du cru. Positif, certes. Mais le Club Bruges, avec son rang, son budget et ses ambitions, ne peut de toute façon pas se permettre d'être un laboratoire grandeur nature. Il n'atteindra pas ses objectifs en faisant jouer simultanément autant de gamins, aussi doués et prometteurs soient-ils. Bruges se fait larguer en championnat et jouera déjà bientôt un match à quitte ou double, en Ligue des Champions, contre Vienne : c'est dès demain qu'il faut commencer à remonter la pente, pas dans un an. Mais le programme immédiat ne joue pas en faveur de Ceulemans : Westerlo, Anderlecht, Gand, Zulte Waregem. On pourra faire un nouveau point d'ici un bon mois. PIERRE DANVOYE LES CONSIGNES AVANT LA DÉFAITE CONTRE LOKEREN : " PRESSING DE 20 MINUTES ET ATTENTION AUX ISLANDAIS " !