Le professeur Leclercq a collé ce petit discours à la porte du vestiaire des Loups. "Il y a parfois des affiches du même style à trois ou quatre endroits dans la pièce", signale Didier Xhardez. "Avec le nouvel entraîneur, nous savons toujours à quoi nous en tenir".
...

Le professeur Leclercq a collé ce petit discours à la porte du vestiaire des Loups. "Il y a parfois des affiches du même style à trois ou quatre endroits dans la pièce", signale Didier Xhardez. "Avec le nouvel entraîneur, nous savons toujours à quoi nous en tenir". Daniel Leclercq motive et responsabilise ses joueurs. C'était nécessaire. Les langues se délient peu à peu au Tivoli. On apprend qu'à la fin de l'ère Grosjean, il arrivait qu'un tiers du noyau se retrouve à l'infirmerie, pour des petits bobos qui permettaient surtout de brosser l'un ou l'autre entraînement. La comédie, c'est à présent terminé. Si le coach français dit que tout le monde doit être prêt à 16 heures pour l'entraînement, chaque joueur est habillé et ses chaussures sont lacées à 15h55. Et quand Leclercq pousse la porte du vestiaire, on y entendrait voler une mouche. On peut être calme et très peu bavard, et néanmoins terriblement autoritaire. Rudy Moury n'avait pas tapé dans la main d' Adrian Aliaj lorsque celui-ci le remplaça à un quart d'heure de la fin à Beveren, il y a dix jours. Avant l'entraînement du lendemain, la première remarque de Daniel Leclercq fut pour lui: "Rudy, c'était un oubli ou tu étais simplement distrait?" Le Nordiste n'en dit pas plus, mais le message est bien passé auprès de tout le noyau. Vendredi dernier, contre "son" Charleroi, Moury passa une heure et demie à s'échauffer. Relation de cause à effet? Les Loups espéraient plus de ce derby qui avait déchaîné les passions. L'équipe en forme du moment recevait un team en proie au doute, qui venait de s'incliner trois fois d'affilée. On avait parlé de match arrangé. L'engagement des Zèbres a contredit la rumeur. Ce n'est pas chaque semaine que Sergio Rojas et Daryuosh Yazdani reviennent tackler dans leur camp. Et l'égalisation d' Ante Simundza était tout sauf un cadeau de la défense du Sporting. "Nous n'avons pas montré le même visage qu'au cours des matches précédents", reconnaît Onder Turaci, le stoppeur de La Louvière. "A cause de la pression médiatique qui a entouré ce match? Je n'en sais rien. Nous avons perdu un nombre incalculable de ballons en première mi-temps, nous ne parvenions pas à donner des passes valables. Nous nous sommes repris en seconde période, mais il est clair que nous avions misé sur une victoire pour nous donner de l'air dans le bas du classement". L'échalas de la défense louviéroise (1m90, 77 kg) a vécu une soirée assez calme. Enzo Scifo n'avait aligné qu'un seul attaquant: Sergio Rojas. Le but carolo est venu des pieds de l'Argentin, mais Turaci ne pouvait être montré du doigt: "Il marque sur coup franc, on ne peut donc pas m'accuser", rigole-t-il. Turaci a fait une fois de plus ce qu'on attendait de lui: contrarier la pointe adverse. C'est dans ce rôle qu'il est devenu une des révélations de la saison. "Stoppeur, ce n'était pourtant pas mon truc avant de venir à La Louvière. C'est à Anderlecht que j'ai tenu pour la première fois ce rôle, vu que Thierry Siquet était suspendu. Je devais surveiller Jan Koller et je n'ai pas connu de problème particulier. A Mouscron, Nenad Jestrovic ne m'a pas vraiment ennuyé non plus. Finalement, les meilleurs attaquants de ce championnat n'ont que deux bras, deux jambes et une tête, comme tout le monde. Je ne suis pas du style à complexer, à m'encombrer la tête quand je dois tenir une star. Je me suis véritablement découvert dans l'axe de la défense". Onder Turaci est l'un des joueurs arrivés à La Louvière en cours de saison. La défense avait pris l'eau lors des premiers matches. Marc Grosjean n'avait plus personne pour occuper la place de back droit, suite aux blessures d' Alan Haydock et Eric Scalia. Turaci dépanna dans ce rôle avant de repiquer vers l'axe. Il y est associé à un joueur qui a un peu les mêmes racines que lui: Domenico Olivieri. Deux gars dont les parents débarquèrent autrefois en Belgique pour descendre dans les mines du Limbourg. Les Olivieri venaient d'Italie, les Turaci arrivaient de Turquie. "Je parle parfois de ce point commun avec Domenico", dit Turaci. "Mais nous discutons surtout de football. C'est fou, ce que j'ai pu progresser depuis que je joue à ses côtés. Je profite à fond de son expérience. Il a le passé que je n'ai pas. Au cours de nos premières semaines communes à La Louvière, il me corrigeait sans arrêt: -Colle ton homme, -N'anticipe pas trop, -Ne prends pas de risques. Aujourd'hui, je sais à l'avance ce qu'il va me dire dans les situations chaudes. Je n'irai pas jusqu'à dire que je suis sûr de moi, mais je sais au moins de quoi je suis capable". Ce joueur a tout l'avenir devant lui: il n'a pas encore 20 ans. Il ne sait toutefois pas s'il pourra réaliser un jour son rêve: s'imposer en équipe Première du Standard, où il est encore sous contrat pour les deux prochaines saisons. Il a fait ses classes chez les Rouches mais se demande ce que ce club compte faire de lui. Il joua un match en équipe 1, la saison dernière. C'était à Mouscron, avec Mijac. Malgré une belle victoire et des commentaires positifs, il ne fut plus jamais repris par la suite. Il fut même prêté à Visé pour le deuxième tour et c'est d'ailleurs grâce à cette équipe qu'il a tapé dans l'oeil de Marc Grosjean. Mais, des sept Standardmen qui suivirent Christian Labarbe dans ce club, il fut le seul à retourner à Sclessin. Les autres ont plus ou moins disparu de la circulation entre-temps. "J'ai pris ça comme une marque de confiance", raconte-t-il. "Plusieurs clubs belges et étrangers étaient intéressés en fin de saison: le GBA, Westerlo, Beveren, le PSV, Roda, Heerenveen, Gaziantepspor, Gençlerbirligi, et même le PSG. Mais ils ont tous reçu la même réponse du Standard: on pouvait me louer, mais sans option d'achat. Encore une preuve que les Liégeois comptaient sur moi". Turaci n'a toutefois pas compris le raisonnement de Tomislav Ivic. "Il me voulait dans le noyau A mais n'avait pas du tout l'intention de me faire jouer cette saison. Il avait été très clair à ce sujet. Je n'étais bon qu'à renforcer l'équipe Réserve. Il ne m'a pas aligné lors des matches amicaux de l'été dernier. Mes parents sont allés le trouver et lui ont demandé de me laisser partir. La Louvière s'est manifestée et n'exigeait pas d'option: ce fut déterminant". Il devrait donc retourner à Sclessin dès la fin de cette saison. Pour y jouer de nouveau les utilités? Cette perspective ne l'enchante guère. "Si le Standard me dit qu'il compte sur moi, pas de problème. Je serai vraiment heureux d'y retourner. Mais avec le vécu que j'emmagasine depuis quelques mois, je n'accepterai pas de rejouer chaque semaine en Réserve. J'ai fait mes preuves dans l'axe. Je sens beaucoup mieux le jeu comme stoppeur qu'en tant que back droit et je peux exploiter plus facilement mon jeu de tête. Mais le Standard a du beau monde dans ce secteur avec Laurent Wuillot et Daniel Van Buyten. J'ignore si j'ai une chance d'entrer dans les plans de Michel Preud'homme. J'aimerais en tout cas en savoir plus dès que possible". Les prestations louviéroises d'Onder Turaci ne passent pas inaperçues. Aujourd'hui encore, des candidats acquéreurs se manifestent. "Si La Louvière se maintient, je resterais volontiers ici. Par contre, je m'en irai à coup sûr si cette équipe retombait en D2. J'ai assez donné dans cette division avec Visé. Mais je me dis chaque jour que nous avons toutes les armes pour nous sauver. Nous venons de prendre quatre points sur six, à Beveren et contre Charleroi, en ne jouant pas bien: c'est prometteur. Nous nous sommes trop longtemps vantés d'être des pros; depuis quelques semaines, nous montrons vraiment que nous méritons cette appellation. Je rêve secrètement de faire carrière en Turquie. Pourtant, je ne m'y sens pas chez moi comme c'est le cas en Belgique; quand j'y retourne en vacances, je suis content de regagner la Belgique après deux semaines. On m'y considère comme un étranger. J'ai un nom et un visage typiquement turcs, mais on voit apparemment à la façon dont je m'habille et dont je me comporte que je vis ailleurs. Finalement, je me sens étranger dans mes deux pays... Mais ce serait fantastique de m'imposer sur les terres de mes ancêtres. Cela impliquerait un chambardement total de la vie de ma famille. Mes parents et ma soeur me suivraient en Turquie. Oui, je n'ai qu'une soeur: je sais que ça peut paraître bizarre pour des Turcs (il rit)... Je représente tout pour ma famille. Quand je m'entraînais avec les jeunes du Standard, ma mère et mon père étaient systématiquement au bord du terrain. Je leur dois ce que je réussis aujourd'hui et je rêve de leur offrir un plus grand confort matériel grâce au football. Ma famille a toujours supporté Galatasaray. Quand ce club bat le Real Madrid en Ligue des Champions, nous sommes fiers d'être turcs". Pierre Danvoye