Eric Somme est une pointure du sport en Belgique. Son approche marketing, est quasiment devenue un modèle. Pourtant, cet homme puissant qui tire son club vers les sommets ne considère jamais rien comme acquis.
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Eric Somme est une pointure du sport en Belgique. Son approche marketing, est quasiment devenue un modèle. Pourtant, cet homme puissant qui tire son club vers les sommets ne considère jamais rien comme acquis.Ce jour-là, à 13 heures, il déguste un superbe morceau de viande dans son QG. Un charmant restaurant situé juste à côté de l'abattoir de Charleroi. Il savoure d'autant plus son repas que le matin, il s'est offert une heure de piscine sous la conduite du kiné des Spirous. Histoire de refaire du sport. Sans doute aussi dans le but d'évacuer le stress. Soudain, il aborde le match retour en Coupe de Belgique contre le TEC Liège. A l'aller, ses couleurs avaient triomphé en prenant une trentaine de points d'avance. Une formalité, même si cet incontestable confort ne l'a pas empêcher de se remémorer une rencontre qu'un jour, Namur a failli perdre alors que l'écart était identique... Mais malgré un baroud d'honneur remarquable, Liège est éliminé. Eric Somme remarque : "Le TEC a repris des couleurs. Cette équipe se bonifie après avoir connu un creux. Elle ne manque pas de talent. Heureusement pour nous, tout s'est bien passé. Je souhaite retrouver les Liégeois à l'occasion des playoffs". Voilà une remarque qui pourrait faire jaser. Dernièrement, notre confrère Rik Lamoral du Laatste Nieuws a rédigé un article grinçant. Lors de la venue d'Anvers sur les hauteurs de Liège, ce papier a été photocopié et distribué. Entre autres, Lamoral sous-entend clairement que "Jean Joly, le président de Liège est à la solde de Somme". Evidemment, le patron des Spirous ne pouvait que réagir : "Complètement dingue. Une stupidité! Liège notre satellite ? Puis quoi encore! J'ai un grand respect pour Jean Joly. J'apprécie l'homme et le travail qu'il abat pour ramener le public dans une salle de la Cité Ardente. Mais j'ai aussi beaucoup de sympathie pour Pepinster, Mons-Hainaut ou Ostende. J'ai d'ailleurs récemment déjeuné avec M. Vande Lanotte. Nous avons discuté de basket à bâtons rompus. Faut-il y voir les prémisses d'une fusion entre Charleroi et Ostende? Quel plaisir peut-on éprouver à répandre de telles sornettes?"Que vous inspire l'arrivée de Liège en première division?Eric Somme : Je suis heureux bien sûr. Le public wallon a le loisir d'assister à plusieurs derbies. Parfait pour l'essor du basket. Les salles sont remplies. Il y a de l'ambiance. Ce courant positif amène une masse flottante qui généralement se retire séduite. Le basket belge est-il en train de gagner son pari?Incontestablement. Et ce n'est pas terminé. Avez-vous scruté les gradins? C'est fou le nombre de femmes et de jeunes qui s'y trouvent. Ce signal est important. Le basket devient la discipline où l'on se rend en famille. Sans crainte d'une charge de hooligans. Le confort est présent, la sécurité bien réelle. En outre, le spectacle répond au rendez-vous. Durant les années 70, l'écrasante domination d'Ostende et du Racing de Malines a failli porter un coup fatal à ce sport. Chaque saison, les autres savaient qu'ils se disputeraient la troisième place. Ce n'est plus le cas. Aucun match n'est gagné d'avance. A mes yeux, l'arrêt Bosman a eu une incidence positive. Avec Samaey et Brown, Ostende pouvait dormir sur ses lauriers. Si Rudolf Vanmoerkerke décidait simplement que son duo était intransférable, les jeux étaient faits.Concernant votre développement, où en sont les travaux à La Coupole?Le budget est approuvé. D'après Michel Daerden, nous devrions obtenir le feu vert officiel dans les jours à venir. Nous espérions être prêts pour le mois de septembre. Malheureusement, ce ne sera pas le cas. Comme c'est systématiquement le cas lors de rénovation des sites sportifs, les frais sont divisés en trois. Entre la Région Wallonne, la Ville et le club. Pour la partie club, nous avons amené des investisseurs privés issus de l'horeca. Ce secteur d'activités sera présent lors des matches, cela va de soi, mais également tous les jours de la semaine. Ainsi, notre traiteur attitré établira ses quartiers à la Coupole. Salle, ateliers, etc. Notre antre constituera réellement un outil digne des très grands clubs européens.Que manque-t-il aux Spirous pour qu'ils rejoignent le top international?Il reste une bataille à remporter. De 2.600, il convient de passer à 4.000 abonnés. Je ne parle pas des loges et des business seats. Je fais bien allusion au grand public. Nous allons intensifier les formules d'abonnement. Nous proposerons un prix attractif qui sera de 12.000 francs par saison, toutes compétitions confondues. Cet abonnement permettra à nos supporters de bénéficier de bons d'achats auprès de nos sponsors. L'abonnement inclura des chèques valables dans de grands magasins de la région actifs dans la vente de parfums, de vêtements de sport, la location de cassettes vidéos, etc. Attention, il ne s'agit nullement de bons à valoir. Pas du tout. C'est de vrais chèques dont il est question. Ces avantages mis l'un dans l'autre rendront l'abonnement aux Spirous quasi gratuit!Quand aura lieu le vernissage de la Coupole?Il y aura des étapes à respecter. Nous y séjournerons le plus longtemps possible puis nous mettrons temporairement le cap sur le Palais des Expositions où nous bénéficierons de 5.500 sièges, ce qui est magnifique. Théoriquement, le 30 janvier 2002, nous boirons le champagne.Avez-vous dessiné une salle NBA?Nous avons privilégié la visibilité et la proximité. Autrement dit, nous agrandissons en construisant un balcon qui s'étalera sur la longueur de terrain. Ceci garantit l'ambiance. Entre les deux séries de gradins prendront place les loges. Le look ressemblera assez à celui des stades de football. Outre les 6.600 sièges dont nous disposerons, nous ajoutons 10 loges et 210 business seats. Résultat : 20 millions de budget supplémentaires. Mais, et j'insiste, en garantissant un confort optimal au public.Et au niveau de l'animation?Là, nous copierons un peu les Américains. Le nouveau système électrique de la salle nous permettra de la plonger dans le noir et de rallumer les spots en une fraction de secondes. Nous planchons sur un schéma spécial pour la présentation de l'équipe. Sont également prévus des shows laser, des lâchés de ballons. Pleins d'autres activités ludiques dont raffolent nos supporters. Enfin, nous bénéficierons d'une capacité de 720 repas de qualité. Ces couverts ne nous rapporteront quasiment rien. C'est un service que nous proposerons!Peut-être davantage qu'ailleurs, à Charleroi, on met l'accent sur les relations publiques.Nous n'hésitons pas à inviter massivement. Nous avons confiance en nous. Je suis persuadé que celui qui vient en curieux s'amuse tellement qu'il est tenté de revenir. Evidemment, il convient que sur le parquet, il y ait du spectacle. C'est le cas. Quand Bavcevic dit que le basket belge est parmi les cinq meilleurs d'Europe, je suis d'accord avec lui. Nonobstant cette observation positive, il faut poursuivre l'effort entrepris. D'ailleurs les résultats le démontrent. Voyez Ypres!En ce qui concerne le poste d'entraîneur, vous êtes paré!Giovanni Bozzi est en place depuis 10 ans. Il arrivait en fin de contrat et nous venons de discuter un nouveau bail de trois ans. Adopté évidemment! Entre nous, depuis le début tout se fait oralement. Pas besoin de papier. De toute manière lorsque des gens ne s'entendent plus, avec ou sans contrat, ils se séparent. Pourquoi devrions-nous changer? Giovanni colle parfaitement à l'image des Spirous. Il fait partie intégrante de la réussite du projet. Il l'a vécu. Il l'a construit. Nous parlons la même langue. Mieux : à l'instar d'un vieux couple, nous nous comprenons sans nous parler. Si un jour il ne devait plus être là, son départ laisserait un vide énorme. De toute manière je n'aime pas le changement. Je n'arrive à travailler qu'avec les gens en qui j'ai totale confiance. C'est son cas. Rayon joueurs, nous avons la chance de nous appuyer sur des garçons coulés dans un moule identique : Jacques Stas, David Desy, Eric Cleymans. Même Ron Ellis! Notre Américain est revenu métamorphosé de son passage en Grèce. Là, il a compris ce que représentait Charleroi.Pour atteindre le niveau des meilleurs, le recrutement va devenir de plus en plus pointu. Quel est votre plan de bataille?Pas de secret! Tout passe par une augmentation de budget. Il y a le top. Puis le subtop. Entre les deux, c'est du simple au double. Quand nous parviendrons à atteindre un chiffre de 50% inférieur à celui du Real Madrid, nous serons dans le bon. Nous aurons une base. A nous d'avoir davantage d'imagination et de travailler plus afin d'obtenir le maximum. Voyez Anderlecht en football. Beau cas de figure. Remarquable ce que le Sporting réalise avec des moyens qui ne sont pas ceux de ses rivaux en Ligue des Champions. Cette qualité qui permet d'obtenir la quintessence d'une situation, c'est belge. Typiquement belge!Puisque nous évoquons le Real Madrid, est-il fantaisiste d'espérer le retour d'Eric Struelens à Charleroi?Faut jamais dire non. Eric a resigné pour trois ans au Real ce qui l'amènera à être libre à l'aube de ses 34 ans. Pour être franc, ramener Struelens à la Coupole n'est pas une priorité.Pourtant, il s'en est fallu de peu l'année dernière.Oui, l'année dernière. Il était plus ou moins en conflit avec son coach. Nous étions sur les rangs. Les différends se sont aplanis à Madrid où le Real lui a remis une offre mirobolante. Vous m'entendez? Mirobolante! Impossible de nous aligner. Maintenant, je me pose une question : quel degré de motivation peut avoir un joueur qui retrouve Charleroi après avoir connu Paris et Madrid? Desy, Stas mourraient pour le club. Struelens, je l'ignore. Mais je le répète, qui sait? Dans la vie, tout change tellement vite.En ce qui concerne la formation, où en êtes-vous?Nous avons chaque semaine 360 jeunes qui défendent nos couleurs. Ils seront 550 la saison prochaine. Notre but est d'abord à caractère social. Dès la fin de 2001, nous disposerons d'une deuxième salle uniquement réservée aux enfants. Les travaux débutent dans un mois. Ce sera un plus car nos petits sont actuellement répartis sur huit sites différents. Nous regrouperons notre vivier près de l'aéroport. Le bâtiment vaudra le détour. Vestiaires placés au centre. Cafétéria à l'étage supérieur. De part et d'autre, trois surfaces de jeu. Les parents, les supporters, les visiteurs pourront avoir une vue des six terrains en empruntant un gigantesque balcon qui ceinturera la structure. Nous ouvrons nos portes à la masse. Notre but est de fidéliser des générations entières. Ces jeunes deviendront supporters des Spirous et les vagues se succéderont. Chemin faisant, parmi ces enfants, il est évident que les meilleurs frapperont à la porte de l'équipe première. Savez-vous que le meneur de jeu de l'équipe nationale Cadets est chez nous ainsi que son équivalent chez les Juniors. Il serait malheureux de notre part de ne pas privilégier de jeunes belges.Daniel Renard