Construit en 1649, le Château Gravenhof de Dworp se distingue par son élégance à deux pas de Bruxelles. Cet hôtel serti dans un magnifique domaine, comme un diamant à mille éclats au coeur d'une bague, compte aussi une brasserie aux plafonds voûtés qui incitent à la conversation et aux confidences. Il y a un an et demi qu'Aleksandar Mitrovic a découvert le poids du prestige d'Anderlecht et le choc des responsabilités nationales et internationales.
...

Construit en 1649, le Château Gravenhof de Dworp se distingue par son élégance à deux pas de Bruxelles. Cet hôtel serti dans un magnifique domaine, comme un diamant à mille éclats au coeur d'une bague, compte aussi une brasserie aux plafonds voûtés qui incitent à la conversation et aux confidences. Il y a un an et demi qu'Aleksandar Mitrovic a découvert le poids du prestige d'Anderlecht et le choc des responsabilités nationales et internationales. A 20 ans, la jeunesse pétille dans son regard. Mais le temps accomplit doucement son oeuvre. Le grand adolescent de Belgrade a cédé la place à l'homme de Bruxelles. Même s'il suscite parfois étonnements et questions, le Mitrovic de décembre 2014 est déjà tellement différent du Mitrovic de l'été 2013 et de ses premiers pas à l'étranger. Il a fait l'impasse sur le repas afin de répondre à notre liste de questions aussi copieuse qu'un repas de réveillon. Aleksandar Mitrovic : Oui, si votre lecture est complète. Ma performance ne se limite à mon but et à ma chance ratée en première mi-temps, quand je me suis présenté seul devant le gardien de but allemand. Je devais planter ce ballon dans ses filets. Mon intention était de tirer au premier poteau. Or, j'ai fait le contraire de ce que j'avais en tête. Pourquoi ? Je n'en sais rien, c'était un peu comme si j'avais voulu me défaire au plus vite du ballon. J'étais fâché sur moi-même mais j'ai respecté les consignes du coach en continuant à travailler pour l'équipe. Le métier entre. Je suis persuadé que cela n'arrivera plus. Au repos, Proto ma dit : - Pour un buteur, rien n'est fini avant le coup de sifflet final. J'ai bossé, je suis resté calme en attendant le bon ballon. J'ai marqué mais c'est Anderlecht qui a égalisé. La saison passée, nous n'aurions pas tenu le coup avant de réagir comme à Arsenal et à Dortmund. Cette équipe a fameusement progressé en deux participations en Ligue des Champions. Maintenant, je me sens, je vis et je joue comme un Belge. A 19 ans, j'ai découvert un autre monde. Comme ma fiancée le dit toujours quand elle vient ici, Bruxelles est une ville paisible, à l'opposé de Belgrade, nerveuse et qui ne s'endort jamais : on peut prendre un café ou manger à n'importe quelle heure. J'ai découvert d'autres langues, cultures, façons de jouer. Il y a forcément eu des oscillations dans mon jeu. Oui, les attentes étaient énormes, vu le prix du transfert-record pour Anderlecht. On attendait peut-être que je marque 100 buts et que je devienne le nouveau Ronaldo. J'ai dû apprendre à gérer ce stress et à connaître la D1 belge où les équipes moins huppées sont capables de secouer les favoris. Il faut être solide à Charleroi, à Malines, à Beveren ou à Mouscron. En Serbie, il y a deux grands clubs : l'Etoile Rouge et le Partizan Belgrade, c'est tout. Je suis passé de quatre grandes affiches par an à un régime de deux matches par semaine. Cela s'est terminé par le gain du titre et la découverte de la Ligue des Champions qui a fait du bien à tout le monde. Zlatan Ibrahimovic peut revenir mais il ne se promènera plus jamais à Anderlecht. Van den Brom a ses atouts et il connaît son métier. Il me fait un peu penser à Dick Advocaat qui a coaché brièvement la Serbie. Dans les deux cas, il y avait peu de devoirs tactiques au programme. Hasi a tout de suite intensifié ce travail. Van den Brom, que j'apprécie, a lancé pas mal de jeunes, dont moi. Comme Anderlecht ne trouvait plus ses marques, il a cherché en modifiant souvent son équipe avec un ou deux attaquants de pointe. Je comprenais la difficulté de sa tâche mais une jeune équipe a besoin de poser son jeu, de stabilité, de savoir comment elle doit gérer toutes les situations de jeu, offensives ou défensives. Oui, pour des jeunes, cela passe par de grosses mises au point tactiques. Hasi a beaucoup insisté sur cet aspect des choses et, moi, personnellement, je suis plus présent et mieux servi dans le grand rectangle. Je recule aussi dans le jeu pour assumer mon rôle de pivot et de relais mais ce sont des automatismes qui ne se trouvent pas du jour au lendemain. Mes équipiers me connaissent bien, désormais et, dos au but, je sais comment servir Suarez, Cyriac, attendre la montée de Praet, des milieux, des latéraux, etc. Tous ces réglages ont permis à Anderlecht de remporter le titre de justesse. C'était notre premier objectif. J'aurais pu marquer un peu plus, c'est vrai, mais 15 buts pour une première saison à l'étranger, ce n'est pas négligeable quand même. Notre coach a exigé que nous jouions plus haut après une première mi-temps dominée par le Standard. Anderlecht a obtenu le 2-1 au caractère, c'est vrai, mais nous avons secoué les Liégeois après le repos. Même si cette victoire a été importante, c'est au Club Bruges (0-1), à 10 contre 11 suite à mon exclusion, que l'équipe a trouvé son rythme de croisière, a attaqué, a bien joué au football. Je suis aussi passé par tous les états d'âme pendant ces PO1. Au-delà du titre, comme tout le monde, j'ai acquis un vécu qui me sera utile. Ah, Engels, oui ; c'est cela. Je suis un battant sur le terrain La défaite, je ne l'accepte pas. Je savais qu'on mettrait la pression sur moi. J'étais au centre de toutes les attentions la saison passée et un étranger payé cher doit justifier la confiance placée en lui. C'est normal. La presse me critique quand je ne marque pas mais cela ne me dérange guère. Elle fait son boulot et me comprend mieux maintenant, il me semble. Ce poids a diminué avec les fantastiques progrès des autres jeunes et la venue de Steven Defour. Oui, à tous. C'est normal, j'ai été engagé pour marquer des buts mais j'assume aussi ma part dans le travail collectif, ce qu'on voit moins il me semble. Je suis plus calme par rapport à tout cela. C'est plus facile maintenant car tous les joueurs se connaissent mieux. J'apprends tous les jours car un joueur est perfectible jusqu'à la fin de sa carrière. Or je n'ai que 20 ans et, en un an, j'ai progressé dans d'autres domaines que la finition. Oui et cela se voit de plus en plus. Praet dirige magnifiquement la manoeuvre dans l'axe et les mouvements sur les ailes sont plus nombreux qu'avant. Cela me convient, je préfère m'exprimer dans le rectangle qu'en contres et de loin, car je ne suis pas spécialement rapide. Anderlecht est une équipe offensive mais il est parfois nécessaire de se replier, de défendre, d'attendre la possibilité de placer un contre. Partir de loin, c'est forcément plus dur. Je m'adapte du mieux que je peux aux besoins de l'équipe. Pas de soucis. Là aussi, la presse fait son travail comme elle l'entend. Après le championnat, l'équipe nationale serbe s'est produite en match amical au Brésil. Ce n'est qu'au retour d'Amérique latine que j'ai enfin pu prendre un peu de repos, ce qui ne m'était plus arrivé depuis deux ans. La cuisine de mon pays est riche et les tables copieusement garnies. J'ai pris quelques kilos vite éliminés en été. J'ai traversé une période de doutes. Je marquais moins, cela me tracassait et, inconsciemment, j'ai évacué cette nervosité en mangeant plus que d'habitude. J'ai donc pris du poids mais l'explication était surtout psychologique : tout se passait dans la tête. Un soir, Hasi est venu chez moi : - Viens, sortons un peu pourparler. Il m'a donné des conseils, m'a parlé de son passé de joueur. C'est un deuxième père pour moi. Il y avait trop de pression sur mes épaules. Hasi m'a aidé à prendre du recul par rapport à ce stress. J'ai maigri parce que j'ai recommencé à marquer. Non, pas pour moi. Grâce à Hasi, tout s'est remis en place dans ma tête et le reste a suivi. Oui, indiscutablement. Je commence à comprendre le français et le néerlandais mais parler, c'est encore autre chose. Le départ de Luka Milivojevic m'a embêté aussi car c'était un ami avec qui je pouvais discuter. Tout cela fait partie du processus d'intégration. Je ne peux que remercier le coach pour tout ce qu'il m'apporte. Oui, mais surtout un deuxième père et moi. Ce match, c'est difficile à comprendre ici. Il y avait de l'émotion et une tension énorme qui annonçaient le chaos. Tous les joueurs ont pris des coups et cette rencontre n'aurait jamais dû avoir lieu, en raison du contexte. Le football peut diviser et rassembler les gens. Je progresse avec Hasi, je fais tout pour justifier sa confiance de coach et de bonne personne. Non. Il a trouvé plus de temps de jeu en Grèce. A mon avis, ce qu'il vit à Olympiacos prouve qu'il avait tout pour réussir à Anderlecht. Une carrière peut parfois être bizarre. Pour lui, tout s'est mis en place en Grèce. Tout à fait. Steven est un leader pour tout le monde. Il a ce qui nous manquait : un gros vécu, l'expérience de la CE1, ses affiches avec Porto, un Mondial... Il parle beaucoup, donne l'exemple, inspire les jeunes, va au charbon en tant que pare-chocs défensif et parvient même à marquer. Defour équilibre notre équipe. Tout le monde en profite, moi aussi. Quand on a un Defour dans son équipe, il faut en profiter et ouvrir les yeux. Steven est un patron qui ne craint pas de faire le sale boulot défensif. Youri ne peut que progresser à son contact. Tielemans est exceptionnel. Tout indique qu'il atteindra les plus hauts sommets du football. Je suis certain qu'il a toutes les qualités requises pour jouer un jour à Chelsea ou au Real Madrid. A 17 ans il a déjà disputé sa deuxième Ligue des Champions. Tous sont importants : Proto, Roef, Vanden Borre, Mbemba, Deschacht, Najar, Defour, Conte, Acheampong.... Proto est fabuleux, quel mental ! Il négocie parfaitement des ballons chauds à chaque match. Silvio est le gardien numéro 1 en Belgique. Quant à Praet... Praet est le meilleur Anderlechtois. Il possède le plus de qualités, voit clair, a acquis sa vraie dimension dans l'axe de notre 4-2-3-1, trouve les espaces, marque : j'adore jouer devant lui. C'est un stratège offensif et son avènement dans l'axe a tout équilibré. Tielemans-Defour-Praet, c'est un fameux triangle. La CL nous a permis de bien roder tout cela. Je suis persuadé qu'Anderlecht aurait pu terminer deuxième de son groupe. Oui. En 2013-14, nous avons souvent été dépassés. Pas cette fois-ci et il y a même eu une montée en puissance entre le début et la fin de notre CL. Nous avons progressé dans notre gestion des événements, comme on l'a prouvé à Arsenal et à Dortmund. La saison prochaine, on ira plus loin. Pour progresser sagement, il vaut mieux passer pour le moment par l'Europa League où le Dinamo Moscou et les autres sont à notre portée Les grosses formations de CL nous sont supérieures actuellement mais cet écart sera plus petit la saison prochaine car nous aurons plus de métier. A Arsenal, à Dortmund en CL, oui. Londres, cela restera gravé dans les mémoires, revenir de 3-0 à 3-3, cela a un goût unique. Oui, quoi de plus normal. Mais je me suis préparé dans ma tête en me répétant : - Si je monte au jeu, je leur montrerai ce que je peux apporter. J'ai tout de suite secoué le stopper d'Arsenal. Mertesacker devait se méfier, craindre ma présence. Entre lui et moi, c'était aussi une bataille psychologique. J'ai pris le dessus et sur le centre de Najar, je suis parti une fraction de seconde plus vite que mon opposant. J'y croyais et je savais où arriverait ce bon centre. Je n'ai pas pensé à tout cela. Sans le bon centre, le miracle n'aurait pas eu lieu. Je dépends des autres, c'est tellement évident. Là, j'étais à l'endroit qui me convient le mieux, le rectangle. Je n'en sais rien. La presse a parlé de Newcastle, Benfica, Mönchengladbach et de tant d'autres clubs. En fin de saison, j'aurai encore quatre ans de contrat à Anderlecht. J'ai le temps et on verra quand un départ arrangera tout le monde : le club, moi... Exact. Non, je le respecte mais je ne le crains pas. Anderlecht est l'équipe la plus complète de D1. En championnat, on a perdu des points à cause de la CL qui a occupé toutes nos pensées : cela a coûté de l'influx, c'est sûr. Mais qui dit cela ? Vazquez est un grand joueur mais Anderlecht a Praet qui lui est supérieur. On ne saurait que faire de Vazquez. Oui. Cela nous ouvrira les portes de la CL : c'est là qu'une équipe jeune progresse le plus. Il faut multiplier ces affiches pour avoir du métier. Mes objectifs ? Tout : le titre, une bonne Europa League, la Coupe de Belgique, plus de buts. PAR PIERRE BILIC- PHOTOS : KOEN BAUTERS" Ibrahimovic peut revenir, il ne se promènera plus jamais à Anderlecht. " " J'ai maigri parce que j'ai recommencé à marquer. " " Tielemans a toutes les qualités pour jouer un jour à Chelsea ou au Real Madrid. "