Les joueurs grimacent en quittant Lokeren à la fin de l'entraînement. Compte tenu de la campagne Intertoto, qui débutait il y a dix jours, leur nouvel entraîneur Slavoljub Muslin ne les a pas ménagés. Aimable, il précise : " Si j'avais eu le choix, j'aurais préféré ne pas disputer cette épreuve qui complique la préparation. Mais puisque tout était fixé, je m'incline ". L'entraîneur connaît sa mission : terminer le championnat dans le Top 5.
...

Les joueurs grimacent en quittant Lokeren à la fin de l'entraînement. Compte tenu de la campagne Intertoto, qui débutait il y a dix jours, leur nouvel entraîneur Slavoljub Muslin ne les a pas ménagés. Aimable, il précise : " Si j'avais eu le choix, j'aurais préféré ne pas disputer cette épreuve qui complique la préparation. Mais puisque tout était fixé, je m'incline ". L'entraîneur connaît sa mission : terminer le championnat dans le Top 5. Slavoljub Muslin : Un ami, Filipovic, qui a joué au Club Bruges, était alors à Benfica. C'est pour ça que j'ai suivi le match. Je jouais moi-même à Lille, au médian défensif. Lokeren avait une belle équipe avec Larsen en pointe et les résultats semblaient suivre. Je vais tenter d'obtenir des résultats en développant un beau jeu. Je serai jugé sur les premiers mais le spectacle compte aussi. Encore faut-il avoir les joueurs nécessaires... Oui, certains ont des qualités mais nous cherchons encore un vrai buteur. C'est là que le bât blessait la saison passée. Nous avons déjà un bon avant avec Jukic, un homme capable de marquer dix à quinze buts par saison, doté d'un bon pied gauche et spécialiste des coups francs, ce qui est important de nos jours. Tailson a marqué la saison passée et peut progresser. Nous devons être très mobiles et tenter de jouer en une ou deux touches de balle, pour accélérer le jeu. Nous nous y exerçons. En visionnant des vidéos, j'ai remarqué que le passage de la défense à l'attaque était lent. Oui, mais pas complètement. A domicile, ce sera notre adversaire qui jouera en contres. C'est pour ça que nous avons besoin d'un avant doté d'une bonne détente, bon de la tête et capable de faire la différence dans le rectangle. Avec un tel élément, nous pouvons évoluer en 4-3-3 avec deux flancs. Mais il faut parfois s'adapter aux qualités et à la complémentarité des joueurs. J'ai toujours évolué dans des équipes du haut du classement qui ne s'adaptaient pas à leur adversaire, mais si Lokeren affronte un club supérieur, nous le ferons. Sinon, nous nous appuierons sur notre propre organisation. Je n'ai pas de préférence pour un système particulier. Un 4-4-2 ou un 4-3-3 qui se mue en 4-5-1 en perte de balle, peu importe. A mon arrivée à l'Etoile Rouge, elle jouait avec deux stoppeurs et un libero. Je les ai fait jouer tous les trois en zone... Le système n'est pas sacro-saint. D'emblée, j'ai mis l'accent sur les espaces entre les lignes et l'importance de les rapprocher. J'ai souvent interrompu le jeu pour donner des explications. Je suis présent, quoi, mais d'une manière positive. Je préfère les explications aux sanctions. Pour jouer en une touche de balle, il faut être en parfaite condition mais je multiplie les exercices techniques car si on ne maîtrise pas cet aspect, on ne peut rien réussir tactiquement. Ensuite, les joueurs doivent trouver eux-mêmes des solutions, sur le terrain. Nous avons des consignes claires : chacun doit savoir que faire quand nous avons récupéré le ballon. Quand même pas, même s'ils m'ont influencé et que je suis très exigeant à l'égard de ceux qui travaillent avec moi : les joueurs doivent respecter ce que je dis. En dehors du terrain, je suis ouvert. J'essaie d'être comme un père pour les joueurs. S'ils ont un problème, ils peuvent me téléphoner, même la nuit. Je serai toujours là pour eux. Cela fait partie de mon rôle d'éducateur et d'entraîneur mais je ne suis pas souple quand on travaille. Le président voulait un homme nouveau, que les joueurs ne connaissaient pas car certains étaient un peu trop sûrs de leur place alors que maintenant, tout le monde repart à zéro. Je sélectionnerai les meilleurs, qu'ils soient jeunes ou vieux. Le travail, c'est le travail. Ce que je dis doit être exécuté. Je suis prêt à écouter mais aussi à prouver que j'ai raison. Je suis peut-être trop droit. Tout le monde ne respecte malheureusement pas les consignes mais les compromis sont difficiles à mon poste. Je dois trancher. Cela ne veut pas dire être têtu mais suivre une ligne de conduite. L'école nantaise, entre autres, mais j'ai repris des idées de partout et même de Zinédine Zidane que j'ai eu à Bordeaux. José Arribas, un Portugais, était l'entraîneur de Lille à mon arrivée en 1981. Il a donné sa forme à l'école de Nantes : un jeu intelligent, avec beaucoup de mouvement et peu de touches de balle. Le niveau n'est pas identique mais j'ai des joueurs de qualité et je suivrai mon programme habituel, en étant peut-être moins exigeant sur certains points. Les footballeurs ex-yougoslaves sont réputés pour leur bagage technique. Je vais voir si je peux transmettre mon expérience aux entraîneurs des jeunes, sans vouloir dire qu'ils n'ont pas bien travaillé jusqu'à présent. Il faut simplement viser le plus haut possible. Zidane a apporté à Bordeaux beaucoup de solutions jusqu'alors inexistantes, par exemple. (Il rit). Nous avions vendu neuf joueurs et Bordeaux n'en avait enrôlé qu'un, qui a été victime d'un accident d'auto en cours de saison. Notre noyau comptait 15 ou 16 joueurs et quelques jeunes. On s'est vidés dans les matches. Nous avons payé en championnat notre campagne européenne. A cause de l'Intertoto, la préparation avait été courte. Zidane, Lizarazu et Dugarry sont quand même devenus internationaux et ont quitté le club en fin de saison. En plus, le président se mêlait de ce que je considère comme mon domaine : la composition de l'équipe. Nous n'avions pas la même vision des choses et ce qui avait été convenu en début de saison n'a pas été respecté. D'emblée, j'explique à chacun ce que j'attends de lui û quand on s'entraîne et à quelle fréquence, comment je veux qu'un footballeur joue û puis je demande s'il est d'accord. A ce moment, on peut continuer. Nous avons obtenu les meilleurs résultats de l'histoire du club : à la trêve hivernale, nous n'avions perdu que deux matches, nous étions à trois points du Dynamo Kiev et à quatre de Shakhtar Donetsk. Pourtant, quelqu'un a jugé bon d'enrôler cinq joueurs, dont Mendoza, sans demander qui je voulais. En plus, le club voulait que les cinq nouveaux jouent et que nous obtenions des résultats. Mieux valait se séparer. Parfois, le courant ne passe pas et il vaut mieux arrêter. Parfois je n'obtenais pas de résultats, d'autres fois si mais sans recevoir de moyens supplémentaires ensuite. A Sofia, j'ai gagné la Coupe et le titre mais le club a vendu ses meilleurs éléments tout en voulant jouer la Ligue des Champions. Je suis retourné en 1999 à l'Etoile Rouge, où j'avais joué. C'était mon choix du c£ur. En trois ans, j'ai remporté trois titres et deux Coupes mais la situation ne permettait pas de bâtir quelque chose de durable. Il y avait des problèmes d'argent et de management. Le Partizan s'est mieux adapté au changement. Il a joué dans les deux épreuves européennes alors que l'Etoile Rouge n'y est pas parvenue, alors qu'elle avait déjà été championne d'Europe. A mon retour, en 2003, je voulais être manager à l'anglaise. J'ai obtenu des résultats en bas de l'échelle mais quand j'ai voulu changer certaines choses à l'étage supérieur, ça a coincé. Pourtant, l'Etoile Rouge représente toujours quelque chose pour moi. C'est ma vie. Enfant, je rêvais de ce club ; j'ai pu y concrétiser mes espoirs comme joueur puis comme entraîneur. Je l'espère pour lui mais qu'il ne commence pas dès la première journée ! (Il rit). Il a été transféré à l'Etoile Rouge alors qu'il était le meilleur buteur de Bosnie mais je voulais modifier quelque peu mon style de jeu. Il évoluait dans une petite équipe bosniaque qui articulait son jeu autour de lui alors qu'à L'Etoile, il a dû apprendre à penser en termes collectifs, ce qui a requis un temps d'adaptation. Je suis cosmopolite, même si j'ai été plus influencé par la branche maternelle de ma famille, puisque nous vivions à Belgrade alors que mon père était originaire de la côte adriatique. Je me sens donc plutôt serbe. C'est étrange car quand je suis parti en France, j'étais encore yougoslave. Ce n'est qu'après cela que le pays a implosé. Ma femme est serbe mais de mère croate et de père serbe. Un de mes fils est né à Belgrade, un an avant que je rejoigne la France, l'autre a vu le jour à Brest. L'aîné a 25 ans et réalise un masters en commerce international à Phoenix, en Amérique. Le cadet a achevé ses études en France et joue au foot. Il a signé pour un an à Monaco. Ma femme et moi habitions entre Nice et Cannes mais j'étais à la recherche d'un nouveau défi. On ne peut pas toujours tout expliquer, dans la vie. J'avais des contacts en France et pour être franc, quand Messieurs Lambrecht et Verhoost m'ont contacté, je n'étais pas très enthousiaste. Si ça avait été le Club Bruges ou Anderlecht, oui, mais Lokeren ne me disait rien. Je suis venu les écouter quand même et j'ai découvert un club familial, doté d'un président que tout le monde qualifie de " difficile " mais je l'ai trouvé attachant. Le courant est passé entre nous. Il me fait penser à un président avec lequel j'ai travaillé à Brest. Dans un an, on verra si notre collaboration nous plaît à tous les deux. Les problèmes extra sportifs que j'ai connus l'an passé à cause de relations humaines difficiles à Donetsk m'ont décidé. J'ai vécu une saison épuisante. J'espère retrouver une certaine harmonie à Lokeren. Raoul De Groote et Frédéric Vanheule" J'espère retrouver UNE CERTAINE HARMONIE à Lokeren "