Fiuggi, ville thermale à 70 kilomètres au sud de Rome. C'est là que la Lazio a établi ses quartiers pour le dernier stage de préparation avant le début du championnat. Les hôtels sont nombreux dans la localité. Il y en a pour tous les goûts et pour tous les budgets. D'emblée, l'un d'eux se détache du lot : le Grand Hotel Palazzo della Fonte. Erigé sur une petite colline, on y accède par une route escarpée qui serpente, un peu comme l'on accède à la citadelle de Namur. Arrivé 300 mètres plus haut, on découvre une résidence majestueuse et, sur le parking, des bolides rutilants. Pas de doute : c'est bel et bien là que logent les stars. D'autres journalistes sont présents. Aujourd'hui, les trois nouvelles recrues du club doivent être présentées à la presse : le défenseur central italien Guglielmo Stendardo, arrivé de Pérouse, le Danois Christian Keller, originaire de Viborg et notre compatriote GabyMudingayi (23 ans), débarqué quelques jours plus tôt de Torino.
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Fiuggi, ville thermale à 70 kilomètres au sud de Rome. C'est là que la Lazio a établi ses quartiers pour le dernier stage de préparation avant le début du championnat. Les hôtels sont nombreux dans la localité. Il y en a pour tous les goûts et pour tous les budgets. D'emblée, l'un d'eux se détache du lot : le Grand Hotel Palazzo della Fonte. Erigé sur une petite colline, on y accède par une route escarpée qui serpente, un peu comme l'on accède à la citadelle de Namur. Arrivé 300 mètres plus haut, on découvre une résidence majestueuse et, sur le parking, des bolides rutilants. Pas de doute : c'est bel et bien là que logent les stars. D'autres journalistes sont présents. Aujourd'hui, les trois nouvelles recrues du club doivent être présentées à la presse : le défenseur central italien Guglielmo Stendardo, arrivé de Pérouse, le Danois Christian Keller, originaire de Viborg et notre compatriote GabyMudingayi (23 ans), débarqué quelques jours plus tôt de Torino. Gaby patiente, avec les deux autres joueurs, dans le salon du rez-de-chaussée. Il est 12 h 30 et la conférence de presse, prévue à midi, n'a toujours pas débuté. On attend l'arrivée du président ClaudioLotito. Alors que nous engageons la conversation avec lui, l'attachée de presse CristinaMoretti s'y oppose : " Désolée, pas maintenant. Pendant la conférence de presse, vous aurez l'occasion de lui poser toutes les questions que vous souhaitez. Un entretien privé ? Je ne vois pas très bien quand. Après, Gaby doit aller manger, puis se reposer. Puis, il doit s'entraîner ". Nous lui demandons aussi l'autorisation de prendre quelques photos. " Pas pendant la conférence de presse, en tout cas : nous sommes liés par un contrat d'exclusivité avec le photographe officiel de la Lazio. Pendant l'entraînement ? Désolée, mais il se déroule à huis clos. Sur le balcon de l'hôtel ? Une photo, éventuellement. Mais pas plus ". Gaby essaie d'intervenir pour nous faciliter un peu la vie, mais il doit logiquement se plier aux directives qu'on lui donne. Le temps passe et, à 13 h 15, le président n'est toujours pas arrivé. Les trois joueurs concernés par la conférence de presse commencent à s'impatienter alors que leurs coéquipiers sont passés à table depuis un bon moment et que leur estomac commence à gargouiller. L'attachée de presse, ne sachant plus trop que faire, finit par céder. " Bon, d'accord, vous pouvez discuter avec Gaby maintenant. Mais lorsque le président arrivera, il faudra arrêter ". Gaby a débarqué au lieu de retraite de la Lazio depuis quelques jours. Il est heureux comme un gosse. " Vous savez, lorsque Torino a conquis sur le terrain le droit de monter en Série A, j'avais d'emblée imaginé toutes les grandes confrontations qui m'attendaient. Lorsque j'ai appris que, pour des raisons financières, la licence ne lui serait pas accordée, j'ai été assommé. Mentalement, je n'aurais pas pu me résoudre à rejouer en Série B. De nombreux clubs se sont intéressés à moi, dont Arsenal, l'Inter et pas mal d'autres cercles de Série A. J'ai opté pour la Lazio pour diverses raisons. D'abord, c'est un club prestigieux. Ensuite, un contrat de cinq ans m'y attendait. Le président ne voulait pas me faire signer pour une période plus courte, imaginez-vous ! Il me voulait tellement qu'il m'a même téléphoné à trois heures du matin. Et, financièrement, il a consenti un gros effort ". Il y a eu aussi, dit-on, un coup de fil de PaoloDiCanio (37 ans), le vétéran de l'équipe. " Cela, c'est le genre d'histoire qui a fait les manchettes de la presse italienne. Di Canio m'a effectivement téléphoné, à la demande du président qui sentait que j'hésitais à cause de la réputation raciste des supporters de la Lazio, pour me convaincre de venir. Cela n'a duré que quelques instants, mais les journalistes ont trouvé dans ce coup de fil tous les ingrédients pour raconter une belle histoire : Mudingayi à la Lazio grâce à Di Canio, c'est le genre de récit qui fait vendre ". D'autres éléments sont intervenus dans le choix. Par exemple, le fait que son épouse Eleonora est originaire de Formia, à une heure de Rome, et que toute sa famille supporte la Lazio. Gaby ne l'a pas rencontrée en Italie, mais en Belgique. " Elle travaillait dans un restaurant près de chez moi. Il faut croire que j'étais prédestiné pour l'Italie ". Qui aurait cru à une telle réussite ? A Gand, pas grand monde apparemment. " JanOldeRiekerink, l'entraîneur néerlandais de l'époque, avait déclaré que je n'avais pas le niveau pour jouer en D1 belge. Pourtant, il semble que j'ai le niveau pour jouer en Série A italienne. Certains, ici, me comparent à ClaudeMakelele et me disent que je suis trop fort pour la Lazio. Cherchez l'erreur. Le manager MichelLouwagie ne m'appréciait pas trop non plus. Il m'a pratiquement mis à la porte avec un coup de pied au cul. - Celuiquimet250. 000eurossurlatablepeutemmenerGabyaveclui, nousn'enavonsplusbesoin ! ". C'est Torino qui flaira la bonne affaire. Le club turinois de Série B versa les 250.000 euros demandés et ne l'a jamais regretté. " Après un an, mon prix de revente avait déjà été fixé à trois millions d'euros ", se souvient Gaby. En janvier de cette année, Brescia a proposé deux millions pour s'assurer les services de notre compatriote, mais le Toro n'a rien voulu entendre. Pourquoi Gaby, jugé insuffisant pour la D1 belge, a-t-il réussi en Italie ? " Sans doute parce que mon style convient au football italien ", pense-t-il. " Je suis ce que l'on appelle ici un rubapalloni. Littéralement, un voleur de ballons. C'est un type de joueur très apprécié au-delà des Alpes. J'ai reçu des compliments de la part de très grands footballeurs, de joueurs légendaires qui ont écrit des pages d'histoire du football italien ". En Italie, Gaby a découvert un autre monde. " Le football est une vraie passion ici. Les joueurs sont quasiment des dieux vivants. Lorsqu'on entre dans un magasin, et qu'on veut acheter quelque chose, le patron vous répond : - Prenez, onvousl'offre ! Il est tellement fier qu'on est entré chez lui. Lorsque je me suis acheté une nouvelle voiture, le concessionnaire m'a offert une ristourne pas possible. En roulant avec l'un de ses véhicules, je faisais sa publicité. C'est con à dire, mais ce sont ceux qui gagnent le plus d'argent qui reçoivent tout gratuitement ". Et de l'argent, Gaby en a gagné... et en gagnera encore. " J'ai signé, à la Lazio, un très beau contrat. Jamais de ma vie, je n'aurais imaginé pouvoir gagner autant d'argent Ce que je compte en faire ? Investir dans plusieurs secteurs, mais aussi offrir plus de confort matériel à ma famille et mes proches. Ma mère travaille encore. Je voudrais qu'elle puisse profiter de la vie ". Gaby a aussi découvert la préparation à l'italienne. " La période d'avant saison est particulièrement éprouvante. On part en stage pendant deux mois. On est soumis à un régime incroyable. Les premiers jours, on doit courir 1.000 mètres en côte, à plusieurs reprises. Se farcir une série de 18 sprints de 100 mètres. Certains joueurs vomissent. On leur répond : - Nevoustracassezpas : cen'estqueletroisièmeoulequatrièmejour. Après, celairamieux, vousvoushabituerez ! Et, effectivement, l'organisme s'habitue à ces efforts. Lorsque la saison commence, on est prêt. Un match, ce n'est rien par rapport à cela ". A Turin, on trouve deux grands clubs de football : la célèbre Juventus, encore championne cette année, et le Torino, qui doit pour l'heure se contenter de la Série B. Mais, si la VieilleDame compte des supporters dans toute l'Italie, les vrais Turinois sont plus portés sur le Toro. " Il m'est arrivé d'aller dîner dans un restaurant où se trouvait également DavidTrezeguet. C'est vers moi que les clients venaient pour discuter et demander un autographe ". Ses meilleurs souvenirs turinois ? " Tous les moments que j'ai vécus là-bas. Je n'oublierai jamais le match où on devait arracher les points nécessaires à la montée : il y avait 60.000 spectateurs dans le stade. Après, on a parcouru la ville dans un bus à impériale à toit ouvert. Si Torino avait obtenu la licence pour évoluer en Série A, je ne serais jamais parti ". A la Lazio, c'est encore un niveau supérieur : " Au niveau des médias, c'est invraisemblable. Il y a, par exemple, six chaînes de radio qui suivent exclusivement la Lazio. Jouer en Série A, c'est un rêve qui se réalise. J'affronterai des joueurs comme LuisFigo ou Adriano. J'en salive à l'avance ". Gaby Mudingayi, né à Kinshasa mais émigré à l'âge de neuf ans à Bruxelles, où ses parents résident toujours, a joué à Etterbeek, à l'Union Saint-Gilloise et à La Gantoise. Il considère toujours la Belgique comme sa patrie, fut-elle d'adoption, mais il semble amer lorsqu'il l'évoque. " Les compliments, c'est en Italie que je les ai reçus. Pas en Belgique. J'ai eu droit, de temps en temps, à un petit entrefilet dans la presse belge, mais pas plus. On m'a oublié ". Gaby lui-même semble avoir un peu oublié la Belgique. En feuilletant notre magazine, il découvre des noms et des visages connus, mais on devine à ses questions qu'il n'a pas suivi l'actualité du football belge de très près. " Je n'irai pas jusqu'à dire que j'ai tourné le dos à la Belgique, mais lorsque je constate le peu de considération qu'on m'accorde, je préfère me concentrer sur le Calcio. ". Gaby Mudingayi a joué un match, un seul, avec les Diables Rouges : au début de l'année 2003, contre la Pologne. " AiméAnthuenis était déjà le sélectionneur. Je lui suis reconnaissant de m'avoir offert cette première sélection, car j'étais encore un jeune inconnu et il a pris un risque. Dans la foulée, j'ai encore été appelé pour un deuxième match, mais sans monter au jeu. Puis, plus rien. Pas même un coup de fil. Lorsque j'ai quitté la Belgique, c'est comme si j'avais été rayé des listes. Parce que je jouais en Série B ? Vous savez, la Série B italienne est plus forte que la D1 belge. La personne qui a le plus cru en moi, en Belgique, c'est Jean- FrançoisdeSart, l'entraîneur des -21 ans. Les autres ?". Imaginons la suite : Gaby devient titulaire à la Lazio et brille dans l'un des championnats les plus relevés du monde. Sachant qu'à 35 ans, YvesVanderhaeghe ne sera plus éternel, Anthuenis pourra-t-il encore l'ignorer ? " D'abord, je vous arrête dans votre raisonnement. Si je deviens titulaire à la Lazio ? Je pense déjà avoir fait mes preuves aujourd'hui et j'aimerais qu'on le reconnaisse. A Turin, il y avait toujours une banderole déployée dans le stade sur laquelle on pouvait lire : MagieNoire. Lorsque j'ai quitté le stage d'entraînement du Toro pour partir à la Lazio, il y a une semaine, on a dû me tirer pour me mettre dans la voiture, tellement il y avait du monde. J'ai vu des supporters qui pleuraient. Mais, pour répondre à votre question : bien sûr, que j'ai envie de jouer en équipe nationale. Et je n'ignore pas que la Coupe du Monde aura lieu en 2006. Encore faut-il que la Belgique se qualifie ". La concurrence ne l'effraie pas. " A Turin, on jouait avec trois médians. DiegoDeAscentis et moi faisions office de récupérateurs pour le régisseur roumain, Paul CostantinCodrea. A la Lazio, c'est un autre dispositif : on évoluera en principe dans un entrejeu à quatre, avec deux centraux. Nous sommes cinq pour ces deux postes. Si je me retrouve sur le banc, je pourrai toujours me dire que ceux qui jouent ne sont pas les premiers venus : il y a Ousmane Dabo, FabioLiverani, Roberto Baronio et FabioFirmani. On verra, je ne me tracasse pas trop pour cela. J'ai un contrat de cinq ans, je peux donc voir venir. Mais je compte bien déjà jouer cette saison ". Gaby Mudingayi a de nombreuses raisons d'être heureux, et la moindre n'est pas la naissance, il y a deux mois, de son premier enfant, baptisé Noah. Un prénom qui n'a pas manqué de susciter la curiosité de la presse italienne, d'autant que l'un de ses frères s'appelle Yannick. Serait-on amateur de tennis dans la famille ? " C'est un pur hasard ", corrige Gaby. " Noah est simplement un prénom qui nous plaisait, à mon épouse et à moi ". 14 heures. Le président n'est toujours pas arrivé. Gaby nous demande d'interrompe un moment la conversation. " Excusez-moi, mais j'ai vraiment trop faim. Je vais rapidement au restaurant, sinon il n'y aura plus rien à se mettre sous la dent ". Pas de chance pour lui : cinq minutes plus tard, il rapplique, avec ses deux nouveaux coéquipiers et le président, enfin arrivé, afin d'être soumis aux questions des journalistes italiens, l'estomac vide. On a beau afficher un visage ultra professionnel, comme à la Lazio, tout n'est pas toujours réglé dans les moindres détails. La conférence de presse se termine une demi-heure plus tard. " Si vous avez encore quelques questions, allez-y. Tant pis pour le repas. J'ai plus envie d'une sieste, maintenant ". Daniel Devos" LES COMPLIMENTS, je les ai reçus en Italie. PAS EN BELGIQUE " " La période d'avant saison est éprouvante : les premiers jours, CERTAINS JOUEURS VOMISSENT "