Une ferme située dans un paysage pentu le long de la route menant à l'ancienne fromagerie de Passendale, village de même pas trois mille habitants mais connu dans le monde entier en raison de la bataille sanglante qui s'y déroula au cours de la Première Guerre mondiale. Nous sommes dimanche au crépuscule et la mère, qui vient nous ouvrir, nous indique un petit terrain de football aménagé entre les bâtiments et les champs. Le père et son fils cadet sont en train d'y jouer. Ce n'est pas parce qu'on a du talent qu'on ne peut pas entretenir la flamme.
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Une ferme située dans un paysage pentu le long de la route menant à l'ancienne fromagerie de Passendale, village de même pas trois mille habitants mais connu dans le monde entier en raison de la bataille sanglante qui s'y déroula au cours de la Première Guerre mondiale. Nous sommes dimanche au crépuscule et la mère, qui vient nous ouvrir, nous indique un petit terrain de football aménagé entre les bâtiments et les champs. Le père et son fils cadet sont en train d'y jouer. Ce n'est pas parce qu'on a du talent qu'on ne peut pas entretenir la flamme. " Les meilleurs entraînement de Lars, c'est quand Leander est à la maison ", dit papa Dendoncker. " Il faudrait l'entendre crier sur lui. Lars, soigne ta passe. Et quand il n'est pas là, il demande : Papa, tu t'es occupé de Lars ? Alors c'est ce que je fais, tous les dimanches. Comme ça, j'accompagne sa progression. Et puis, ça me permet de faire un peu de sport. Lars a 13 ans et évolue en U15 au Club Bruges. Leander (19) joue en équipe première à Anderlecht. Et il y a encore Andres (22), qui joue au FC Meulebeke, en P1. Ils sont tous les trois médians défensifs de formation. Même si, actuellement, l'aîné est aligné en défense centrale. " Deux jours plus tard, Dirk Dendoncker et Katrien Wallican nous accueillent dans leur salon pour parler de leurs trois fils. Un feu de bois réchauffe l'atmosphère mais on sent aussi que dans le coeur des parents, c'est l'amour du football qui brûle. Il faut entendre la mère parler du jeu et même de tactique. Impressionnant ! Katrien : J'ai joué au football avec les gamins du quartier quand j'étais petite et mon père suivait Roulers. Je suis la cousine de Luc Espeel, qui y a joué et est devenu président du club. A l'époque, j'aimais déjà le football. Mon père a toujours été un inconditionnel du Standard et il jouait au foot dans les prairies sur son temps de midi. Dirk : Moi aussi, avec mes frères et mes voisins. Mais quand on vit à la ferme, on n'a pas l'occasion d'aller jouer dans un club. Pas à cette époque-là, en tout cas. Il fallait travailler dur. Katrien : Pas le temps d'avoir un hobby. Dirk : Aujourd'hui, je le regrette. Je ne voulais pas que mes enfants vivent la même chose que nous. Je voulais qu'ils jouent, qu'ils fassent du sport, qu'ils rencontrent des gens et qu'ils deviennent des hommes. Nous n'avons pas eu cette chance mais c'était comme ça chez pratiquement tous les fermiers. Nos enfants ont vu ce que le travail représentait et ce qu'il apportait. Lorsqu'il le fallait, ils nous aidaient à nourrir les cochons et à nettoyer les étables. Pendant les grandes vacances, ils plantaient des poireaux. Mais nous leur permettions aussi de faire du sport et nous les y encouragions même. Il y a déjà plus de quinze ans qu'Andres a commencé à jouer au football au FC Passendale, en P4. Leander et Lars ont suivi. A un certain moment, ils étaient tellement bons que Roulers les a pris tous les trois. Dirk : Ce n'était pas facile pour nous. A un certain moment, il y en avait un qui jouait le samedi matin, l'autre le samedi après-midi et le troisième le dimanche matin. Un à domicile, un à Bruges et un au Standard, par exemple. Je devais me lever à 4 h 30 pour faire mon travail et nous devions nous couper en quatre. Katrien : Heureusement, mon père nous donnait un fameux coup de main. Nous étions rarement tous ensemble au même endroit. Beaucoup de gens pensaient que nous étions séparés. Dirk : Ce furent des années difficiles mais nous nous y sommes soumis volontiers, par passion pour nos enfants et aussi parce que nous y prenions du plaisir. C'était notre soupape d'échappement. Nous étions heureux de voir arriver le week-end. Katrien : Evidemment, nous n'avions pas le temps de faire autre chose et nous avons perdu des amis. Nous avons privilégié nos enfants et nous ne l'avons jamais regretté une seule seconde. Dirk : Leur caractéristique commune, c'est qu'ils réfléchissent vite. Le physique, ça compte mais l'important, c'est d'avoir de bons pieds et, surtout, une bonne tête. Tous les entraîneurs de Lars disent qu'il sent très bien le jeu. Il est très mûr pour son âge, probablement aussi parce qu'il a deux frères plus âgés. Andres est un très bon joueur aussi. Il joue en P1 mais il devrait pouvoir tenir sa place en Promotion, voire en D3. Il est plus raide, moins athlétique que Leander car à 16 ans, il a beaucoup grandi, ce qui a occasionné des problèmes de croissance et des blessures musculaires. Katrien : Il a effectué des études de management du sport, a effectué son stage à Anderlecht et travaille actuellement dans le secteur de l'intérim mais il rêve de trouver une place dans un club de sport. Dirk : Ou dans le management de joueurs ou dans le scouting. Leander a trois ans de moins. Il n'avait encore que cinq ou six ans qu'il avait sans cesse le ballon au pied. Il était obsédé et réussissait immédiatement tout ce qu'il entreprenait. Il lui suffisait de répéter quelques fois un mouvement pour le maîtriser. Katrien : Nous avons d'ailleurs aménagé le petit terrain à côté parce que nous en avions assez de devoir réparer sans cesse les vitres de l'étable et nous ne voulions pas qu'ils jouent sur la route : c'était beaucoup trop dangereux. Dirk : Pendant les vacances, il leur arrivait de laisser le ballon de côté pour faire du vélo ou de transformer la prairie en parcours de cross. Katrien : Ou bien ils tendaient un filet entre l'étable et la maison pour jouer au tennis. En 2009, Leander n'avait plus rien à apprendre en Flandre-Occidentale. A l'âge de 14 ans, il signait à Anderlecht, le plus grand club du pays, fréquentait une école de Bruxelles et partait vivre au sein d'une famille d'accueil. A Passendale et à Roulers, on ne donnait pas cher de ses chances car il était très timide, renfermé. Et très protégé par sa mère. Soutenu par son entourage, il parvenait toutefois à mordre sur sa chique et à faire son chemin. Katrien : Il fallait qu'il apprenne à se faire mal car il est, de loin, le plus timide des trois. Lorsqu'il était toujours à l'école ici, il faisait signe jusqu'à ce qu'il ne nous voit plus. Aujourd'hui encore, il aime faire des câlins. Dirk : Leander était très réservé mais, dès qu'il voyait un ballon, il s'épanouissait. Le problème, c'était qu'il ne parlait pas beaucoup. Katrien : Il disait toujours oui. Dirk : Lars, c'est tout l'inverse. Même si Leander a changé : aujourd'hui, il ose dire ce qu'il pense. Au poste qu'il occupe, il n'a pas le choix : il faut coacher. Mais ce fut très dur pour lui. Au début, quand nous le déposions à Bruxelles, il voulait rentrer avec nous à Passendale. Impossible, évidemment. Devant nous, il cachait son chagrin. Je suis sûr que, quand nous lui téléphonions, à la fin de la conversation, il pleurait. Nous aussi, ça nous empêchait de dormir. Parfois, je me disais : Dans quoi nous sommes-nous lancés ?Katrien : Au cours des premières semaines, nous lui téléphonions matin et soir. Et nous lui envoyions encore un SMS à midi. Dirk : Le problème était aussi dû au fait qu'au début, point de vue football, ce n'était pas ça. Il venait de Roulers et débarquait dans une équipe de champions. Lors du premier tournoi, aux Pays-Bas, on lui avait donné le maillot frappé du numéro 18 et presque personne ne lui passait le ballon car les autres se connaissaient tous. Je me souviens encore que Yannick Ferrera, qui entraînait les U15 d'Anderlecht, s'était demandé pourquoi le club avait transféré Leander. Mais Jean Kindermans (le responsable du centre de formation, ndlr) n'a jamais douté de ses capacités et l'a rassuré. Leander n'est pas du genre à débarquer et à dire : Donnez-moi le ballon, je vais vous montrer de quoi je suis capable. Pas du tout, même. Lui, il est plutôt du genre à observer. Un vrai Flandrien, hein ! (il rit)Katrien : Le plus important, c'est qu'il voulait vraiment aller à Anderlecht. Mais malgré tout, quand on a 14 ans et qu'on est très sensible, on peut craquer. N'oublions pas qu'il a dû s'adapter à un nouveau club mais aussi à une nouvelle école et à une nouvelle famille. Dirk : Ce fut un choc culturel. Katrien : D'un coup, il s'est retrouvé dans une classe multiculturelle, un tout autre monde pour un gamin tranquille de Passendale. Sa chance, ce fut de tomber dans une très bonne famille d'accueil, chez Paul et Wanda, les parents de David Steegen(le responsable de la communication, ndlr). Il ne pouvait aller seul nulle part. Ludo, le chauffeur, le déposait le matin à l'école et le soir, on le ramenait à la maison. A Bruges, Lars est à l'internat et nous remarquons la différence. Dirk : Paul et Wanda sont des gens qui ont du coeur. Si Leander avait un problème, ils le remarquaient immédiatement et l'encourageaient. Dans un internat, ça ne se passe pas comme ça, il faut se débrouiller seul. Chez Paul et Wanda, tout le monde mangeait en même temps le matin et le soir et on discutait ouvertement, comme nous le faisons ici. Leander se sentait un peu comme chez lui. La première année, surtout, ça a beaucoup compté. Après, il s'est adapté et il est devenu international en équipes d'âge. Aujourd'hui, après avoir habité pendant un petit temps avec Dennis Praet et Michael Heylen, entre autres, il a emménagé seul dans un appartement de la capitale. Cette saison est celle de la percée puisqu'il a effectué ses débuts en Jupiler Pro League et en Ligue des Champions, inscrit son premier but en match officiel face au Lierse et brillé au Signal Iduna Park de Dortmund, où ses parents avaient pris place dans la tribune. Dirk : Nous sommes rentrés à la maison directement après le match. Katrien : Nous étions remplis d'adrénaline, comme si nous avions joué. Nous n'avons pas arrêté de parler pendant tout le trajet. Dirk : Nous sommes arrivés à la maison vers quatre ou cinq heures du matin mais je n'arrivais toujours pas à dormir parce que je revivais certaines phases du match. Ce sont de très beaux moments et il faut pouvoir les apprécier. Le match à Arsenal était terrible aussi : Leander est entré à 2-0, le marquoir est même monté à 3-0 mais Anderlecht est revenu à 3-3 ! Katrien : Je n'y étais pas mais je constate que je suis plus stressée devant la télévision qu'au stade. Par moments, je n'arrive plus à regarder. A 3-3, alors qu'il restait quelques minutes à jouer, je suis allée m'asseoir dans la salle de bains. Leander jouait en défense et je me disais : Ils vont en prendre un, ce sera sa faute et on va le démolir. Ce garçon n'avait jamais joué que comme médian défensif et voilà qu'on l'alignait derrière dans un match de cette importance ! Je pense qu'un jeune joueur doit d'abord évoluer à sa meilleure place puis qu'on doit voir plus tard ce qu'il est possible d'en faire. Dirk : Leander est un box-to-box : il distribue le jeu, peut surgir dans le rectangle et marquer. Mais je dois dire qu'avec les Espoirs belges, face à l'Espagne, il a livré un très gros match dans l'axe central de la défense. Il est grand, il a un bon jeu de tête, il sait construire et il a progressé au duel. Au début, il était trop timoré, trop gentil. Katrien : Il a nettement progressé dans tous les domaines. La saison dernière, on l'a bien testé mentalement. Dirk : Nous n'avons cessé de lui répéter qu'il devait continuer à travailler dur et qu'il y arriverait. Un jeune doit surtout être patient, pouvoir encaisser les coups et garder son calme. Katrien : Combien de fois n'avons-nous pas entendu dire qu'il ne réussirait pas à Anderlecht ? Dirk : Nous, nous avons toujours été convaincus qu'il y arriverait. Si ce n'était pas à Anderlecht, ce serait ailleurs. Pour le moment, tout va bien. Mais le plus important, c'est qu'on parle encore de lui dans cinq ans. Katrien : Je ne crois pas qu'on doive se faire du souci : il gardera les pieds sur terre. Dirk : Et maintenant, il a une chouette petite copine. C'est mieux car quand on est tout seul, on finit par sortir. Leander, lui, n'est jamais sorti. Même pas à un anniversaire. Ma carrière passe avant tout, disait-il. Et il n'a jamais bu d'alcool. PAR CHRISTIAN VANDENABEELE" Combien de fois n'avons-nous pas entendu dire que Leander ne réussirait jamais à Anderlecht ? " Katrien, la maman " Dès qu'on entre dans la ferme familiale, la première chose qu'on voit, c'est un ballon. " Frans, le grand-père maternel " La caractéristique commune de Leander et de ses deux frères, c'est qu'ils réfléchissent très vite. " Dirk, le papa