Onze juillet dernier. Anderlecht s'est réfugié sur les hauteurs autrichiennes pour préparer sa nouvelle saison. Au programme, travail foncier et remise à niveau, entrecoupés des matches amicaux dont l'un face au Dynamo Kiev de Dieumerci Mbokani, blessé pour l'occasion. Certes, l'équipe ukrainienne n'a pas sorti l'artillerie lourde en cette après-midi, mais les Mauves rendent une copie prometteuse. Victoire 2-1 avec à la baguette, Youri Tielemans, brillant aux quatre coins du terrain et à toutes les sauces ; récupération, jeu long, dribbles, roulettes ou phases arrêtées. Sa sortie menton levé, démarche emplie d'assurance ne fait planer aucun doute : le ket est content de lui. D'autant que ce match face à Kiev est le premier de sa saison et qu'il accuse un léger retard de condition par rapport à plusieurs coéquipiers qui ont repris les rênes quelques jours plus tôt. On se dit alors que le youngster poursuit sur la lancée de sa fin de saison canon qui l'ont vu s'emparer du titre de champion et celui de Jeune Pro de l'année à seulement 17 ans et six jours ; seul Celestine Babayaro, autre Anderlechtois avait été plus précoce.
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Onze juillet dernier. Anderlecht s'est réfugié sur les hauteurs autrichiennes pour préparer sa nouvelle saison. Au programme, travail foncier et remise à niveau, entrecoupés des matches amicaux dont l'un face au Dynamo Kiev de Dieumerci Mbokani, blessé pour l'occasion. Certes, l'équipe ukrainienne n'a pas sorti l'artillerie lourde en cette après-midi, mais les Mauves rendent une copie prometteuse. Victoire 2-1 avec à la baguette, Youri Tielemans, brillant aux quatre coins du terrain et à toutes les sauces ; récupération, jeu long, dribbles, roulettes ou phases arrêtées. Sa sortie menton levé, démarche emplie d'assurance ne fait planer aucun doute : le ket est content de lui. D'autant que ce match face à Kiev est le premier de sa saison et qu'il accuse un léger retard de condition par rapport à plusieurs coéquipiers qui ont repris les rênes quelques jours plus tôt. On se dit alors que le youngster poursuit sur la lancée de sa fin de saison canon qui l'ont vu s'emparer du titre de champion et celui de Jeune Pro de l'année à seulement 17 ans et six jours ; seul Celestine Babayaro, autre Anderlechtois avait été plus précoce. L'histoire de Youri Tielemans a débuté par des éloges un 28 juillet dernier face à Lokeren. La classe du bonhomme avait même réussi à masquer la défaite (2-3). C'est peu dire. Si la suite ne fut pas du même tonneau, ce pur produit de Neerpede n'a jamais dû encaisser les critiques. Hormis John van den Brom qui l'a maladroitement malmené à quelques occasions, les superlatifs ont plu. Morceaux choisis. Anthony Vanden Borre : " En le voyant jouer à 16 ans, je le trouve plus que fort que Vincent Kompany et moi au même âge. Je sais que c'est un gros compliment, mais c'est juste la vérité. " L'ancienne idole de la maison mauve, Par Zetterberg : " C'est vraiment un phénomène. Il y a peu de gens plus forts que lui dans le monde. " Légende toujours, Jan Mulder faisant du Mulder : " Tielemans vaut 100 millions, il faut mettre ça sur papier et faire authentifier chez un bon notaire. " Même son coach, Besnik Hasi, pourtant mesuré quand il s'agit de parler de ses ouailles, s'emballait quelque peu : " Par rapport à LucasBiglia, Tielemans a un meilleur jeu long. Il est aussi plus important dans le vestiaire. " Difficile dans de telles conditions de ne pas prendre le melon et ne pas gambader menton levé. En ce début de saison pourtant, Tielemans coince. Les victoires ont beau s'enchaîner, hormis 45 minutes brillantes à Bruges, Anderleht peine à convaincre. Son géomètre, dixit Philippe Collin, manque de précision et de rythme. Orphelin de Cheikhou Kouyaté et de ses courses, le numéro 31 des Bruxellois n'a jamais trouvé la bonne cadence avec le peu mobile Luka Milivojevic à ses cô-tés. Malgré ces tâtonnements, le Bruxellois garde la confiance de son coach, à l'image de la saison dernière quand Hasi se refusait de le retirer du jeu. Mais au-delà de l'impact sportif, Tielemans semble une bénédiction pour ses supporters qui l'ont toujours eu à la bonne. Voire bien plus. Notamment le groupe ultra de la Mauve Army qui l'invite régulièrement à rejoindre les tribunes en fin de match et donner le la avec le mégaphone. Une chanson lui-même dédié plusieurs fois par rencontre, un sample de celle entonnée par les supporters de Manchester City à leur capitaine, Vincent Kompany ( Here is to you Youri Tielemans, Anderlecht love you more than you'll know/ C'est pour toi Youri Tielemans, Anderlecht t'aime plus que tu ne peux l'imaginer). Youri Tielemans porte en lui l'ADN anderlechtois. Comme Steven Defour portait à sa façon, et sans avoir fréquenté son école de jeune, celui du Standard. Véritable enfant de la maison, son coup de patte et son aisance font penser à de nombreux joueurs racés qui ont traversé l'histoire du club. Parfait bilingue, sa jeunesse et sa bonne bouille parlent en sa faveur... Comme Defour à ses débuts au Standard. Protégé un maximum de toutes " contraintes " médiatiques, Tielemans ne risque pas les dérapages ou provocations. " A l'image de Romelu Lukaku ou de Dennis Praet, le club tente de soulager Youri qui doit affronter un double programme : le foot et l'école. Petit à petit, on le libère un peu, ça fait partie du jeu... ", explique le responsable de la communication, David Steegen. Grâce à un titre de champion, des play-offs réussis, son nom est même cité comme futur Soulier d'Or. C'est peut-être aller vite en besogne.... Mais comment ne pas faire la comparaison, cette fois encore, avec le jeune Defour s'emparant de la godasse dorée à seulement 19 ans. Youri Tielemans n'en aurait encore que 17 en janvier prochain. " Je ne suis pas quelqu'un qui me met la pression ", rassure-t-il. " Je sais que pour l'instant, ça ne tourne pas au mieux pour moi ", nous dit-il avant d'affronter Bruges. " Même au niveau des phases arrêtées, je connais des ratés alors que c'est une de mes spécialités. Mais je ne suis pas d'un naturel inquiet. Je sais que tout va revenir. Et la venue de Steven ne peut m'être que bénéfique. En très peu de temps, il a déjà apporté beaucoup d'expérience. " Mohammed Ouahbi est peut-être celui qui au Sporting connaît le mieux Tielemans. Ce Schaerbeekois entame sa onzième saison comme formateur à Anderlecht. Il a connu Youri dès les U8 et l'a accompagné par après en U11, U14, U15 jusqu'en U17. " Ça n'a jamais été quelqu'un qui voulait brûler les étapes ", assure le désormais coach des U2I. " Il peut compter sur un superbe encadrement, des parents qui ne mettent la pression, ni sur leur enfant, ni sur le club. Ils ne sont jamais venus discuter " contrat " avant ses 16 ans. L'éducation de leur enfant a toujours été prioritaire, quand il avait du travail à l'école, il lui arrivait de rater des entraînements. " Charly Musonda Jr, Adnan Januzaj, pour les plus célèbres, Anderlecht a perdu quelques grands talents ces dernières années. Tielemans est, lui, resté au bercail. " La lumière n'était pas pointée sur lui en jeunes comme sur d'autres ", reconnaît Ouahbi. " Il n'a jamais été quelqu'un qui dribblait quatre joueurs dans la même action comme Charly Musonda Jr et qui gagnait des prix lors des tournois. Mais au club, on a toujours su que c'était un vrai talent. On a pu avoir à un moment quelques doutes sur son physique, par exemple par rapport à un manque d'explosivité notamment. Mais quand on me demandait qui je voyais aller loin, c'est souvent son nom que je cochais en premier. Dans son cas, ce n'est pas l'entourage qui a fait de la pub sur son dos en essayant de mettre le club dos au mur. C'est le club qui a entamé les premières démarches, et non les parents ou de pseudos managers. Les parents, c'est souvent le cancer de la formation. Lui, c'était l'élément rêvé. Le papa de Youri a toujours écarté tous ces managers qui tournaient autour de son fils jusqu'au jour où ils ont décidé d'en prendre un (ndlr, Christophe Henrotay).... " Une retenue surprenante pour quelqu'un qui aujourd'hui bat les records de précocité notamment celui du plus jeune joueur belge (16 ans, 4 mois et 25 jours) à avoir évolué en Ligue des Champions. " Quand je l'ai eu en U17, je lui disais qu'il devait viser plus haut que les U19, qui était alors son ambition, c'est parce que je savais qu'il avait beaucoup de maturité dans son jeu ", poursuit le coach des Espoirs du RSCA. " Que ce soit au niveau physique, grâce à son passé de judoka qui le rend très fort sur ses appuis, mais aussi au niveau du mental. C'est quelqu'un de lucide avec qui on peut avoir une discussion tactique. Et il a beau être posé, il a aussi son caractère : il sait mettre le pied quand ça ne tourne pas comme il faut. C'était un leader chez les jeunes, un vrai ! Il ne supportait pas de perdre. La gagne, j'ai toujours essayé de l'inculquer à mes joueurs mais tout en gardant notre philosophie de jeu. Lui a vraiment compris le message dès son plus jeune âge. Je me rappelle un match au Cercle Bruges où l'on menait 0-9. A la dernière minute, on encaisse un but sur phase arrêtée et Youri se met à engueuler le joueur fautif. C'est une image forte que j'ai gardée de lui. Il est trop jeune aujourd'hui pour être capitaine mais il a ça en lui. " Sa démarche, cette part de nonchalance voire désinvolture, font-ils de lui quelqu'un d'arrogant ? " Il ne l'est pas, je peux vous l'assurer. C'est un pur produit d'Anderlecht. C'est l'arrogance sans le vouloir. On peut avoir cette image-là de lui car il porte la vareuse d'Anderlecht à un très jeune âge. C'est le statut du club qui fait que... " Attendu au tournant cette saison, Youri Tielemans va-t-il connaître les mêmes difficultés qu'ont pu connaître les Lukaku ou Praet lors de leur deuxième année ? " Il a toujours eu du mal en début de saison, c'est un diesel. Mais c'est vrai qu'il doit réduire le taux de déchets, de mauvaises passes dans un match ", analyse Ouahbi. " Au haut niveau, on vous juge aussi sur ce que vous faites de mal. Déjà chez les jeunes, il avait cette part de déchets dans son jeu car il a toujours eu un jeu porté vers l'avant. Ce n'est pas quelqu'un qui aime jouer latéral, d'ailleurs on lui disait d'essayer de trouver une solution, de trouver la passe dans l'espace, même quand tout semblait fermer, quitte à la rater. Aujourd'hui qu'il est chez les adultes, il doit arriver à trouver un compromis. Jusqu'en en U17, il jouait en tant que numéro 10. Mais est-ce que c'est un vrai 10 ? Non. On l'a mis à cette position car il avait des qualités de passes jeu long-jeu court et l'on voulait qu'il garde cette créativité même si l'on savait que c'était un milieu relayeur. Quelqu'un qui a du volume, qui peut défendre comme attaquer, qui doit se retrouver en zone de vérité. " Sous Vanden Brom, Tielemans a semblé parfois en perdition sur le terrain. Aujourd'hui, son jeu est encore inconstant sans que ça n'alarme grand-monde dans la maison mauve. " Mentalement ça a été dur pour lui l'an dernier. Il n'avait jamais connu une telle période de doute ", poursuit Ouahbi. " Mais il n'est pas non plus du genre à se plaindre. La saison dernière, je lui ai rappelé d'où il venait afin qu'il relativise. Il n'y pas encore si longtemps, il jouait encore sur le synthétique avec moi... " PAR THOMAS BRICMONT" Je ne suis pas d'un naturel inquiet. Je sais que tout va revenir. Et la venue de Defour ne peut m'être que bénéfique. " " Chez les jeunes, on lui disait d'essayer de trouver une solution, même quand tout semblait fermer, quitte à rater sa passe. Aujourd'hui chez les pros, il doit arriver à trouver un compromis. " Mohamed Ouahbi, coach des U21