"Si tu mets un but, je me bourre la gueule. Je ne bois jamais, mais là, promis, je me mets une mine. " Les mots utilisés ne sont peut-être pas exactement ceux-là, et de toute façon, c'était en roumain. Mais c'est le contenu du message de Petre Marin à son fils Razvan, au Standard depuis quelques semaines. C'était la veille de son premier match international. Il a marqué. Et personne ne sait dans quel état son père est rentré.
...

"Si tu mets un but, je me bourre la gueule. Je ne bois jamais, mais là, promis, je me mets une mine. " Les mots utilisés ne sont peut-être pas exactement ceux-là, et de toute façon, c'était en roumain. Mais c'est le contenu du message de Petre Marin à son fils Razvan, au Standard depuis quelques semaines. C'était la veille de son premier match international. Il a marqué. Et personne ne sait dans quel état son père est rentré. Petre Marin : six saisons au Steaua Bucarest, quelques sélections en équipe de Roumanie. Avec ce club, il a éliminé le Standard aux barrages de la Ligue des Champions en 2006. Les débuts de Marouane Fellaini. Et déjà le début de la fin pour Johan Boskamp. Olivier Renard était dans le but liégeois. Dix bonnes années plus tard, le même Renard justifie le transfert du fils : " De nombreux grands clubs européens montraient de l'intérêt pour Razvan Marin. Il a été séduit par notre projet. Il est convaincu que le Standard est le club idéal pour l'aider à franchir une étape dans sa carrière. " Et pourtant... La liste des clubs huppés qui se sont intéressés à lui, que ce soit concret ou pas, est longue comme un quart de siècle sans titre de champion. Pêle-mêle, il y a la Juventus, la Fiorentina, l'Inter, la Roma, Naples, l'Ajax, le PSV, le Zenit Saint-Pétersbourg, Tottenham. Razvan Marin écoute tout ça, et quand il entend parler du Standard, il appelle les Roumains de notre championnat, Nicolae Stanciu et Alexandru Chipciu. Il passe un coup de fil à Mircea Rednic. Il parle à Liviu Ciobotariu. Aussi à Kevin Boli, fils de Roger, qui est son coéquipier au Viitorul Constanta et est passé par Mouscron. Ils sont tous positifs sur une expérience au Standard. Mais surtout, Gheorghe Hagi lui conseille notre championnat plutôt que le Calcio ou la PremierLeague. " Il m'a expliqué que ça pouvait être une bonne étape dans ma progression ", explique Razvan Marin. Quelques mois plus tôt, il a déjà fait une confiance aveugle au même Hagi, qui lui conseillait de rester encore un peu en Roumanie. " Au Viitorul, j'étais sûr de jouer chaque semaine. Et c'est ce club qui m'a permis d'être appelé en équipe nationale. Comme Hagi me l'avait prédit. " Quel lien, exactement, entre Razvan Marin et cette icône du foot roumain (Barcelone, Real, 125 sélections, 3 Coupes du Monde et autant de Championnats d'Europe) ? Un rapport fusionnel, carrément. Gica Hagi est le propriétaire du Viitorul, en plus d'y être le coach de l'équipe Première. Et le boss de l'académie. Le premier joueur qu'il a fait sortir vers un grand championnat est son propre fils, Ianis. Il est à la Fiorentina depuis l'année passée. Razvan Marin n'a pas encore impressionné chez nous. C'est clair que la saison compliquée du Standard ne l'aide pas. Mais, preuve que le club ne le considère pas comme un simple joueur de passage, on lui a proposé un contrat de quatre ans et demi, et le club a déboursé près de 2 millions. Objectif avoué : faire oublier Adrien Trebel dans le milieu du jeu - alors que les gens du Zenit voyaient en lui le successeur d'AxelWitsel. Trebel n'était pas très bon pour donner les coups francs ? Pas de souci, c'est une spécialité du Roumain ! " C'est super pour nous ", lance Aleksandar Jankovic. " Il a une frappe très particulière, très flottante et insaisissable. C'est un peu un mélange entre la frappe de Beni Badibanga, d'IsaacMbenza et de Jean-Luc Dompé. " Sur un site spécialisé dans l'analyse des championnats de l'Est de l'Europe, on lit que Marin est " un quarterback dépositaire du jeu du Viitorul, totalement ambidextre et doté d'une qualité de passes, courtes et longues, largement au-dessus de la moyenne. On compte beaucoup sur lui et sur Stanciu pour faire passer un palier à l'équipe roumaine. Avec Marin comme box-to-box et Stanciu comme pur numéro 10. " Si c'est Hagi qui parle le mieux de Marin, ça promet ! Lisez ceci ! " Il peut devenir le meilleur médian de l'histoire du football roumain. " Le Maradona des Carpates ajoute que Marin joue dans la même position que son beau-frère autrefois. Son beauf Gheorghe Popescu, autre très grand nom du foot de ce pays avec des passages à Tottenham, à Barcelone, à Galatasaray, et trois Coupes du Monde. Razvan Marin serait Romania's next big thing, comme on l'entend là-bas. Toujours dans la bouche de Hagi, on apprend qu'il a pas mal de points communs avec Xavi. Et encore ceci : " Il joue aussi bien des deux pieds, il voit clair, il est créatif et agressif. Et puis, sur coup franc, il est létal ! Il a reçu les bonnes semences de son père. Il peut même être plus fort que Xavi. " Par moments, la presse roumaine écrit que Hagi va trop loin et qu'il ne rend pas service au gamin en le bombardant comme ça de compliments. On ne s'étonnera pas que, dans un quizz sur le foot, Razvan Marin ait donné les réponses suivantes. Club préféré ? Barcelone ! Meilleur entraîneur du monde ? Pep Guardiola ! Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi ? Messi ! Et le meilleur joueur roumain de l'histoire, à ses yeux ? Gica Hagi - who else ! Il a fait ses débuts en équipe nationale en octobre 2016. Avant ce match, sa valeur marchande était estimée à 1,2 million. Il a suffi de son premier match, avec déjà un but, pour la faire grimper à environ 2 millions. Sa courte histoire en sélection a de forts relents de pays de l'Est. Il a joué quatre matches, tous entiers, et c'était contre l'Arménie, le Kazakhstan, la Pologne et la Russie. Un journaliste roumain affirme que " les 2 millions déboursés par le Standard s'expliquent par le fait que les clubs roumains ont un urgent besoin de liquidités et ont parfois tendance à accepter la première offre venue. Le Viitorul est un petit club qui n'a qu'un stade de 5.000 personnes. Alors, 2 millions pour un club pareil, c'est déjà une aubaine. Ce petit montant s'explique aussi par le fait que le joueur roumain n'est pas très bankable. Si Marin venait d'un pays qui vend cher, les négociations n'auraient pas commencé sous la barre des 5 millions. Je prends un exemple pour comparer. Quand Liverpool propose 11 millions au Borussia Dortmund pour transférer Christian Pulisic, l'offre est rejetée parce que les Allemands la trouvent ridicule. Mais on n'est pas sûr en Roumanie que Pulisic soit plus fort que Marin. " PAR PIERRE DANVOYE - PHOTO PHOTONEWS" Razvan Marin peut devenir le meilleur médian de l'histoire du football roumain. " - GHEORGHE HAGI " Si tu mets un but dans ton premier match avec l'équipe nationale, je me bourre la gueule. " - PETRE MARIN, SON PÈRE