Quelques minutes avant le début de l'interview, Adrien Trebel est toujours plongé dans la supercoupe 1978, qu'Anderlecht a enlevée en deux manches au détriment du grand Liverpool de Graeme Souness, Kenny Dalglish, Alan Hansen et Ray Clemence. La vitrine de Trebel aurait besoin de quelques pièces supplémentaires. Une coupe avec le Standard, un titre et une supercoupe de Belgique avec Anderlecht, c'est tout.
...

Quelques minutes avant le début de l'interview, Adrien Trebel est toujours plongé dans la supercoupe 1978, qu'Anderlecht a enlevée en deux manches au détriment du grand Liverpool de Graeme Souness, Kenny Dalglish, Alan Hansen et Ray Clemence. La vitrine de Trebel aurait besoin de quelques pièces supplémentaires. Une coupe avec le Standard, un titre et une supercoupe de Belgique avec Anderlecht, c'est tout. En fin de saison, Trebel va franchir le cap des 300 matches professionnels, disputés avec Nantes en Ligue 1 et en Ligue 2, le Standard et Anderlecht. " Ce que je peux encore espérer ? Continuer à progresser. Je veux rendre quelque chose à Anderlecht, je veux montrer au président que je mérite sa confiance. Et si l'occasion se présente, j'espère aller plus loin. " Fin août, tu as prolongé ton contrat jusqu'en 2023. Les équipes qui s'intéressaient à toi n'ont pas réussi à te convaincre ? ADRIEN TREBEL : Les propositions n'ont cessé d'affluer, d'Angleterre, d'Allemagne et d'Espagne. Si j'avais vraiment voulu gagner de l'argent, je jouerais maintenant dans l'un ou l'autre pays du Golfe. J'étais prêt à relever un nouveau défi mais à condition de jouer pour un club qui avait au moins le niveau d'Anderlecht, ce qui veut dire jouer le titre et être européen chaque saison. Mais je n'ai reçu d'offres que de clubs moyens, voire de formations de bas de classement. Anderlecht m'a soumis un nouveau projet, dans un environnement familier. L'entraîneur et la direction croient en moi et je m'entends bien avec mes coéquipiers. Pourquoi vouloir partir à tout prix dans ces conditions ? Un jour, j'ai demandé à Olivier Deschacht pourquoi il n'était jamais parti. Il m'a répondu : " J'ai eu des opportunités mais elle ne m'offraient pas d'amélioration sportive. Il valait donc mieux rester. " Je ne lui donne pas tort. La nouvelle direction d'Anderlecht t'avait autorisé à discuter avec d'autres équipes. Ce n'était donc pas le problème. TREBEL : Dans l'un de nos premiers entretiens, Marc Coucke m'a garanti que la direction ne me retiendrait pas. Son argumentation était claire : " Nous voulons que tu restes mais si tu ne te sens plus à 100 % à Anderlecht, il vaut mieux que tu partes. " Herman Van Holsbeeck m'avait promis que j'obtiendrais mon transfert et Coucke tenait à respecter les promesses de l'ancienne direction. Je ne sais pas si tous les nouveaux propriétaires de club auraient fait la même chose. Il n'a pas cherché à me retenir contre mon gré et ça m'a touché. La presse écrit que tu es le joueur le mieux payé d'Anderlecht. Est-ce que cela t'ennuie ? TREBEL : Non. Elle écrit ce qu'elle veut, ça m'est égal. Je ne parle que de l'aspect sportif. Je laisse le reste à d'autres. Tu souffres depuis des semaines d'une blessure aux abdominaux mais tu continues à jouer. TREBEL : J'ai consulté différents spécialistes, qui m'ont tous dit à peu près la même chose : il se peut que la blessure guérisse spontanément mais elle peut tout aussi bien traîner. Heureusement, je ne cours aucun risque : le problème n'est pas musculaire, je ne peux donc rien déchirer. Avec le staff médical, nous mettons tout en oeuvre pour contrôler la blessure, c'est à dire faire en sorte que je ressente le moins de douleur possible. Certains jours, ça va, mais il arrive aussi que le lendemain, je me réveille en souffrant. Ne pousses-tu pas ton corps au-delà de ses limites ? TREBEL : Je me dis que le jour où la douleur sera insupportable, mon cerveau me dira stop. Je traîne cette blessure depuis ma dernière saison au Standard. Je me demande d'ailleurs toujours comment j'ai fait pour achever cette année-là. Parfois, je devais soulever mes jambes des deux mains pour sortir du lit. Ma vie au quotidien s'articulait autour des antidouleurs, des exercices de renforcement du dos et des abdos, de l'acupuncture, du yoga... Je n'en souffrais plus à mon arrivée à Anderlecht mais la douleur est revenue depuis le match à Mouscron. Tu entames souvent un match à 120 km/h mais au bout d'une heure, tu rentres dans le rang. C'est à cause de cette blessure ? TREBEL : En début de saison, je tenais aisément 90 minutes mais depuis la résurgence de cette blessure, la dernière demi-heure est une épreuve. Au bout d'un certain temps, c'est comme si on écrasait mes abdos avec un poids de cinq kilos. En match, je dois tenir l'entraîneur au courant. Contre le Cercle, je lui ai fait signe qu'il était temps de me remplacer mais Zakaria Bakkali était fatigué et j'ai dû achever la partie. Tu n'as jamais pu faire l'impasse sur un match. À quel point est-ce ennuyeux ? TREBEL : Je mesure que je ne peux pas maltraiter mon corps, puisqu'il est mon seul instrument de travail, et je sais aussi que Kayembe et Sambi Lokonga sont prêts à me remplacer, au besoin. Mais je suis une bête de compétition. Je veux tout jouer. On a donc aménagé mes séances d'entraînement, en concertation avec le staff médical, et j'ai suivi un programme adapté pendant les parenthèses internationales. Etait-ce la meilleure solution ? Je n'en sais rien. Je ne me sens bien dans ma peau que quand je me suis épuisé à l'entraînement. Sven Kums et toi jouez ensemble depuis quelques semaines. Pourquoi dit-on qu'il était difficile de vous associer ? TREBEL : Les gens pensent que nous avons le même profil, que nous appelons le ballon et posons le jeu. Avant, le Sporting avait deux types radicalement différents : Leander Dendoncker et Youri Tielemans. Dendoncker était un six pur et Tielemans un huit. C'est resté ancré dans les mémoires. Sven et moi avons toujours voulu montrer que nous pouvons former un bon duo. Sous René Weiler, tu étais un pitbull qui ne devait s'occuper que de la récupération du ballon. Maintenant, les supporters attendent de toi que tu marques, délivres des assists, fasses le jeu et reconquières le ballon. TREBEL : Tu sais pourquoi on a placé la barre plus haut ? Parce que Sofiane Hanni n'est plus là. C'est une façon de parler, mais je n'avais qu'à récupérer le ballon et à le lui passer... Les supporters peuvent exiger beaucoup de moi. La pression me procure même une injection d'adrénaline. Mais personne ne peut s'attendre à ce que je dribble dix joueurs avant de déposer proprement le ballon dans le but, comme Sofiane. Je ne suis pas non plus un Bakkali, capable d'éliminer une demi-équipe par sa vitesse. Je dois faire tourner l'équipe, lui insuffler du rythme, trouver des espaces entre les lignes et opérer la liaison entre milieu et attaque. Je dois travailler mes statistiques de toute urgence. Ne dois-tu pas être plus sobre ? TREBEL : Si. Je prends des risques dans des zones où il faut normalement chercher les solutions les plus évidentes. Mais l'entraîneur veut aussi que je crée des situations qui démantèlent le bloc adverse. J'ai lu une interview d'Andrés Iniesta. Il disait, littéralement : " Je suis un joueur qui prend beaucoup de risques dans des endroits où ce n'est pas nécessaire. Mais quand je sors, il ne reste généralement que quatre défenseurs. " Voilà ! Tu t'en tires bien neuf fois sur dix mais contre le Cercle, ta perte de balle dans l'axe a été à la base du deuxième but encaissé. TREBEL : ( il opine). Je perds rarement le ballon à cet endroit mais j'aurais dû me méfier. Le score était de 4-1, le match était quasi joué. Mon action a mis mon équipe en difficulté et c'était surtout dommage pour Thomas Didillon. Tout le monde m'a regardé et on a beaucoup crié. À juste titre. Il aurait été anormal que personne ne dise rien. J'en ai tiré des leçons, ce qui ne veut pas dire que j'hésiterai la prochaine fois. Le risque fait partie de mon jeu. Tu es de ces capitaines que craint la jeune garde ? TREBEL : ( Rires) Non, les jeunes ne doivent pas avoir peur de moi. Je me plains sans arrêt, certes, mais ça ne date pas d'hier. Je suis arrivé à Nantes à onze ans et tous les entraîneurs que j'ai eus m'ont traité de râleur. Tout le monde sait, à Anderlecht, que j'en suis un. Si un joueur ne respecte pas les directives tactiques, c'est à moi de les lui rappeler mais je ne crie pas. Je ne donne pas non plus d'ordres. De ce point de vue, je prends exemple sur Kara. En cours de match, il n'enguirlande jamais un coéquipier. Même quand le PSG menait 0-3, il a continué à encourager tous les autres. C'est ce qu'un entraîneur attend de ses chefs de file. Je ne demande qu'une chose : que les jeunes prennent leurs responsabilités. Si Amuzu a quelque chose à dire, il doit le faire. En tant que capitaine, que dis-tu à quelqu'un comme Ognjen Vranjes, qui a déjà été exclu à deux reprises ? TREBEL : Que dire ? On savait dès le départ qu'Ognjen est un excité et qu'il a du mal à contrôler son impulsivité. Ses cartes rouges ne souffrent aucune discussion. Il s'en serait sans doute sorti avec une carte jaune en Grèce, où les arbitres laissent manifestement autant jouer qu'en Premier League, mais il doit comprendre que les arbitres belges sont moins tolérants. Il doit s'adapter au championnat et pas l'inverse. Sinon, il se mettra lui-même hors-jeu. Fin août, on t'a vu à Nantes avec Kara. Il était sur le point de signer un contrat dans ce club. TREBEL : Ça se mettait bien, puisque nous avions deux jours de congé. Je suis passé dire bonjour à mon ancienne famille d'accueil, j'ai revu quelques entraîneurs et j'ai rendu visite à mes amis. J'ai aussi accompagné Kara, qui devait passer un scanner. C'est tout. Il ne faut pas imaginer que j'ai participé à une quelconque négociation. Quel rôle as-tu donc joué dans le transfert de Kara dans ton ancien club ? TREBEL : ( Silence) Rien, si ce n'est transmettre des informations à quelques journalistes et à mes entraîneurs de jeunes. Je ne veux pas donner l'impression que Kara me doit son transfert à Nantes car c'est faux. Kara est venu me trouver un beau matin. " Adri, Anderlecht, c'est un chapitre clos pour moi. Il n'est pas convaincu que mon genou va guérir. Nantes m'a contacté et je voudrais des informations sur ce club. " Je lui ai conseillé de foncer car le club et la ville lui conviennent parfaitement. Je savais aussi que le staff médical suivrait bien son problème de genou. Il voulait un club qui ait une pleine confiance en lui. Et Nantes avait besoin d'un défenseur comme Kara. Il est maintenant très heureux de son choix. Anderlecht a besoin d'un patron comme Kara en défense mais aussi d'un médian créatif style Alejandro Pozuelo ou Hans Vanaken, non ? TREBEL : On vient de trouver notre nouveau distributeur : Bakkali. Allez, on l'appelle Zico. Il est capable d'assumer le rôle de numéro dix. En interne, on lui a d'ailleurs dit qu'il devrait remplacer Hanni, même s'il est meilleur quand il peut foncer, à toute vitesse, du flanc à l'axe. Il est impossible de le suivre quand il accélère. Laissons-lui un peu de temps pour retrouver sa forme. Il a bataillé pour revenir. L'entraîneur lui a même concocté des séances supplémentaires. Mais on n'efface pas d'un coup deux saisons sans temps de jeu régulier. Ce n'est certainement pas un problème de motivation. En parlant d'Hanni, on dit qu'il t'aurait contacté pour revenir à Anderlecht. TREBEL : ( Rires) On se téléphone tous les jours. On parle de sa vie à Moscou, de sa fille et de sa femme, de ses projets de vacances... Mais il ne m'a pas contacté à propos d'Anderlecht. Il a choisi le Spartak Moscou et il s'y tient. Je ne dis pas qu'il a définitivement tourné la page d'Anderlecht mais quand il se lance dans un projet, c'est toujours jusqu'au bout. Ce n'est pas son genre de revenir après six mois sous prétexte que ça ne va pas trop bien. Si le Spartak ne comptait plus sur lui, il envisagerait peut-être un retour mais pour le moment, il n'en est pas question. On ne le reverra donc pas à Anderlecht en janvier ? TREBEL : Le monde du football est tellement imprévisible que tout est possible. Beaucoup de clubs suivent Sofiane. Si un retour à Anderlecht ne peut pas se faire, il peut être embauché ailleurs. Je le verrai peut-être en fin d'année. Je le connais depuis notre passage à Nantes et il est bien plus qu'un camarade de football. Je suis très attaché à lui, ainsi qu'à sa famille. Il m'a montré le chemin à suivre à Anderlecht et quand j'étais à l'hôtel, il m'invitait tous les soirs à dîner chez lui. Je compte donc aller lui rendre visite en Russie.