Les habitants de Bargny suivent notre championnat avec un regain d'intérêt cette saison. La ville natale d'Ibrahima Seck, sise à une trentaine de kilomètres de Dakar, fait partie de ce qu'on appelle le Grand-Dakar. Tôt ou tard, la bourgade sera engloutie par la capitale sénégalaise. Ce n'est pas la seule menace à laquelle la cité balnéaire, au bord de l'Atlantique, est confrontée. Au sud, les habitants sont empoisonnés par les fumées de la centrale à charbon et à l'ouest, c'est l'usine de ciment Sococim, le principal employeur de la région, qui pollue les plages. " J'ai vu les plus grands aller travailler pour Sococim, les uns après les autres ", raconte Seck. " Sococim est un monument, connu largement au-delà des frontières du Sénégal. Dans une grande partie de l'Afrique de l'Ouest, on construit les maisons avec le ciment de cette usine. Si on n'avait pas de boulot à Sococim, on devenait pêcheur. Mes parents étaient une exception à Bargny : mon père était employé au port de Dakar et ma mère enseignante. C'est sans doute pour ça que ...

Les habitants de Bargny suivent notre championnat avec un regain d'intérêt cette saison. La ville natale d'Ibrahima Seck, sise à une trentaine de kilomètres de Dakar, fait partie de ce qu'on appelle le Grand-Dakar. Tôt ou tard, la bourgade sera engloutie par la capitale sénégalaise. Ce n'est pas la seule menace à laquelle la cité balnéaire, au bord de l'Atlantique, est confrontée. Au sud, les habitants sont empoisonnés par les fumées de la centrale à charbon et à l'ouest, c'est l'usine de ciment Sococim, le principal employeur de la région, qui pollue les plages. " J'ai vu les plus grands aller travailler pour Sococim, les uns après les autres ", raconte Seck. " Sococim est un monument, connu largement au-delà des frontières du Sénégal. Dans une grande partie de l'Afrique de l'Ouest, on construit les maisons avec le ciment de cette usine. Si on n'avait pas de boulot à Sococim, on devenait pêcheur. Mes parents étaient une exception à Bargny : mon père était employé au port de Dakar et ma mère enseignante. C'est sans doute pour ça que j'ai eu une vie plus confortable que mes copains. " IBRAHIMA SECK : Il a grandi à Rufisque, qui n'est pas très loin de Bargny. C'est comme d'aller d'Haasdonk à Beveren. Cheikhou est donc une vieille connaissance. Tous les Sénégalais qui ont grandi au pays se connaissent. Quand nous allons en vacances au Sénégal, nous nous retrouvons et nous organisons des petits tournois de football. Il arrive souvent que je croise des homonymes. Beaucoup de gens s'appellent Seck, en particulier des footballeurs. Quand vous rencontrez un Seck, vous pouvez être sûr qu'il ne vient pas du Mali ni de Guinée mais du Sénégal. SECK : Ça ne me dit rien. Il n'y a rien de tel qu'un match de foot ! Pourtant, le basket devient très populaire au Sénégal. Notre équipe nationale est une des trois meilleures d'Afrique. Quelques compatriotes se produisent même en NBA. Gorgui Sy Dieng, qui joue aux Minnesota Timberwolves, est le plus connu. Je peux encore me promener en paix dans les rues de Dakar mais pas lui. SECK : J'en retire plus d'avantages que d'inconvénients. Pourquoi croyez-vous que j'ai toujours deux hommes sur moi sur les coups de coin ? Je peux le comprendre : il faut tout mettre en oeuvre pour neutraliser les atouts d'un adversaire. Ce qui me dérange, c'est que les joueurs de grande taille ne sont pas bien traités par les arbitres. SECK : Voilà. Ça a toujours l'air pire que ça n'est. Je ne peux pas entrer en duel sans être sifflé. Inversement, on ne siffle pas les petites fautes qui sont commises sur moi. Les arbitres se disent probablement qu'un type de ma taille est en mesure d'encaisser plus qu'un autre. Mais c'est deux poids, deux mesures. Prenez mon exclusion contre Ostende. J'arrive un rien trop tard et Yassine El Ghanassy crie comme si je l'avais tué. Résultat : une carte rouge et deux journées de suspension. Si j'avais vingt centimètres de moins, je m'en tirais sans doute avec un avertissement. Finalement, Yassine n'avait pas grand-chose puisqu'il s'est redressé au bout de quelques secondes. SECK : J'avais signé un contrat d'un an, avec une clause prévoyant le prolongement automatique en cas de montée en Ligue 1. Auxerre n'a pas fait de difficultés. Vous savez comment ça va pendant les négociations : chacun pose ses conditions puis on cherche un compromis. Le club n'était donc pas obligé d'accepter cette clause... Nous avons terminé en sixième place et Auxerre était donc obligé de me laisser partir librement. Il m'a offert un nouveau contrat mais je n'avais pas envie de passer un an de plus en division deux. SECK : Je n'aime pas les petits jeux... Je discutais avec Angers depuis janvier et ça traînait. Selon moi, quand on veut vraiment un joueur, on n'a pas besoin de quatre rendez-vous pour se décider. Waasland-Beveren a été concret d'emblée. Je n'ai pas hésité. Je ne connaissais absolument pas le club mais j'ai fait confiance à mon conseiller Salif Diao et à mon agent belge, Jacques Liechtenstein. Diao est comme un grand frère pour moi et il sait de quoi il parle. Parcourez sa carrière : d'abord capitaine de Sedan puis pilier de l'équipe qui a battu la France au Mondial 2002. Ensuite, il a été transféré à Liverpool. Il a été un des premiers Africains à rejoindre la Premier League. On doit écouter quelqu'un comme lui. SECK : En effet, ça a duré longtemps. Ce n'est pas par manque de qualité car sinon, Waasland-Beveren ne m'aurait pas pris. Peut-être n'ai-je pas bénéficié de la confiance des bonnes personnes. Je n'ai pourtant jamais douté de ma réussite. Vous savez, je fais partie des bien lotis. Pas mal de joueurs ne dépasseront jamais le stade du football amateur. SECK : Je ne fonctionne pas comme ça. Je me concentre sur le présent et c'est Waasland-Beveren. J'ai délibérément signé un contrat de deux ans, ce qui n'est d'ailleurs pas très long. Mon objectif est de découvrir le championnat cette saison et de me distinguer l'année prochaine. SECK : C'est lié à mon caractère mais aussi à mon rôle d'ambassadeur du Sénégal. Avant mon transfert à Waasland-Beveren, personne ne connaissait le club. Maintenant bien. Si j'y mets le bordel, ça fera la une des journaux au Sénégal demain. Donc, je dois me tenir. PAR ALAIN ELIASY - PHOTO BELGAIMAGE