Après un Mondial 1994 où il s'était mis tout particulièrement en évidence, face aux Pays-Bas notamment, Michel Preud'homme avait rejoint les rangs de Benfica. En septembre, j'avais été le témoin de ses débuts, avec le club lisboète, lors d'un déplacement à l'Uniao Leiria. Les Benfiquistes s'étaient alors imposés 0-1 et Preud,toujours en état de grâce manifestement, avait évité deux goals tout faits. Le titre qui barrait, le lendemain, la une du journal sportif A Bola, était d'ailleurs éloquent : Preud'homme evitou a humi...

Après un Mondial 1994 où il s'était mis tout particulièrement en évidence, face aux Pays-Bas notamment, Michel Preud'homme avait rejoint les rangs de Benfica. En septembre, j'avais été le témoin de ses débuts, avec le club lisboète, lors d'un déplacement à l'Uniao Leiria. Les Benfiquistes s'étaient alors imposés 0-1 et Preud,toujours en état de grâce manifestement, avait évité deux goals tout faits. Le titre qui barrait, le lendemain, la une du journal sportif A Bola, était d'ailleurs éloquent : Preud'homme evitou a humilhaçao. Traduction superflue, sans doute. Ce jour-là, après un décrassage matinal suivi d'une sieste réparatrice à laquelle notre homme ne dérogeait jamais, il avait été convenu qu'on se retrouve à l'hôtel Zurique, mon lieu de séjour, aux fins d'une interview, après quoi nous irions casser la graine ensemble. A 18 heures, coup de fil de Neto, le concurrent de notre compatriote dans les buts du géant du foot portugais, qui l'avise que des grévistes occupent le pont sur le Tage et qu'il lui sera dès lors impossible, le soir même, de rallier Estoril, où il s'était établi. " Pas de problème, je resterai dormir ici " avait été la réaction du portier belge n°1. Le hic, c'est que plusieurs congrès avaient lieu à l'époque dans la capitale lusitanienne et que ni au Zurique ni aux alentours il n'y avait la moindre place. Comme j'occupais une chambre double, j'avais proposé à Michel de l'héberger. Une invitation que, vu la situation, il s'était empressé d'accepter. Ce fut, pour moi, la seule et unique fois, en plus de 30 ans de carrière, que j'allais partager ma chambre avec un footballeur... Le lendemain, au petit déjeuner, Preud s'était félicité d'avoir eu affaire à un journaliste belge plutôt qu'à un plumitif travaillant pour la presse à sensation. " J'imagine déjà le titre : Ma nuit avec Preud'homme ", avait-il rigolé. C'est sûr qu'un reporter anglais, à l'imagination féconde, aurait eu de la matière. Et que son canard se serait vendu comme des petits pains. Mais chez nous, heureusement, nous n'avons jamais mangé de ce pain-là. Après coup, au gré de nos retrouvailles, Michel et moi, l'anecdote concernant cet épisode est souvent revenue sur le tapis. Suscitant inévitablement questions et froncements de sourcils de ceux qui n'étaient pas au parfum. Comme lors d'un reportage à Gand quand, au moment de prendre congé de celui qui y était alors entraîneur, il me dit. " Rappelle-moi le numéro de notre chambre. C'est bien la 328, hein ? ". Manu Ferrera, son adjoint, d'habitude toujours hilare, se demandait visiblement de quoi il retournait exactement entre nous... ?PAR BRUNO GOVERS