En voyant Gert Verheyen analyser un match sur Belgacom TV, je me suis rappelé son père, Jan, avec qui j'ai joué quelques années à Anderlecht. Je le connaissais déjà superficiellement par le truchement de l'équipe nationale, mais nous avons fait plus ample connaissance quand il a été transféré du Beerschot à Anderlecht en 1971. Jan avait 27 ans à l'époque et moi tout juste 21. Il n'empêche que nous avions fait chambre commune, lui et moi, pendant le stage estival à Papendal, un trou perdu quelque part aux Pays-Bas. Jan était un gentleman, sur le terrain comme en dehors. Originaire de Hoogstraten, au nord de la province d'Anvers, il n'a jamais quitté cette ville tout au long de sa carrière. Quand j'ai sonné, un homme bronzé, débordant de santé, sans un gramme de graisse, m'a ouvert la porte. J'ai fait de mon mieux pour rentrer mon ventre, histoire de ne pas détonner. Jan revenait d'un mois de vacances en Espagne et il s'était adonné au cyclisme sans retenue.
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En voyant Gert Verheyen analyser un match sur Belgacom TV, je me suis rappelé son père, Jan, avec qui j'ai joué quelques années à Anderlecht. Je le connaissais déjà superficiellement par le truchement de l'équipe nationale, mais nous avons fait plus ample connaissance quand il a été transféré du Beerschot à Anderlecht en 1971. Jan avait 27 ans à l'époque et moi tout juste 21. Il n'empêche que nous avions fait chambre commune, lui et moi, pendant le stage estival à Papendal, un trou perdu quelque part aux Pays-Bas. Jan était un gentleman, sur le terrain comme en dehors. Originaire de Hoogstraten, au nord de la province d'Anvers, il n'a jamais quitté cette ville tout au long de sa carrière. Quand j'ai sonné, un homme bronzé, débordant de santé, sans un gramme de graisse, m'a ouvert la porte. J'ai fait de mon mieux pour rentrer mon ventre, histoire de ne pas détonner. Jan revenait d'un mois de vacances en Espagne et il s'était adonné au cyclisme sans retenue. Jan Verheyen : En principe, j'aurais dû débuter à Wortel, non loin de là, où mes parents avaient élu domicile. Mais comme ce patelin n'avait pas de catégorie minimes, il fallait bien que j'aille voir ailleurs. Mon père, un laitier, effectuait la majeure partie de sa tournée à Hoogstraten. Il y connaissait beaucoup de monde, dont le responsable des jeunes, qui lui a demandé pourquoi je ne rejoindrais pas Hoogstraten VV. C'est ainsi que je m'y suis affilié. A seize ans, j'ai joué une saison en équipe première, en P2. Au bout d'une saison, le Beerschot m'a alors recruté. J'ai d'abord joué deux mois en réserves avant d'être incorporé à l'équipe-fanion, qui était entraînée par Bert D'Hollander. Il m'a donné ma chance. Au début, nous nous entraînions quatre fois par semaine, le soir. Au terme de mon service militaire, j'ai travaillé pour le président du Beerschot, André Deckers, qui avait un bureau de change. J'étais déjà semi-professionnel : je travaillais le matin et je m'entraînais l'après-midi. J'ai vécu dix ans comme ça, puis le Beerschot a commencé à enrôler des étrangers comme Lothar Emmerich, international allemand, Rudi Belin, international yougoslave, Arto Tolsa, international finlandais, etc. Ces joueurs avaient de sérieux contrats et j'estimais qu'après dix ans de service, j'avais droit à une reconsidération salariale, d'autant plus que j'étais devenu international entre-temps. Je me suis adressé à la direction, qui m'a demandé ce que je voulais gagner. J'ai répondu : " Donnez-moi la même chose qu'à Belin et ce sera bon. " Ils en sont tombés de leur chaise, criant en choeur : " Mais ça ne va pas ! " J'ai décidé de partir. Il avait effectivement neigé à cette occasion et le terrain était gelé. Notre attaquant allemand avait eu la lumineuse idée de limer ses crampons en cuir, pour en faire ressortir les pointes, et obtenir ainsi une meilleure adhérence. A un moment donné, il a toutefois perdu son équilibre et touché Jean Thissen au genou. Inutile de dire que ces clous causèrent une plaie ouverte chez le défenseur des Rouches. Le sang giclait de partout. Au repos, Emma, comme on le surnommait, a dû se rendre aux toilettes. À l'issue de la pause, nous sommes remontés sur le terrain mais pas la moindre trace d'Emmerich. Nous l'avons retrouvé au WC, à moitié groggy. Thissen l'avait sans doute suivi pour lui infliger une raclée ! Il ne savait même plus de quelle commune il était originaire. Non, pas vraiment. Bruges était le grandissime favori. Au terme des prolongations, c'était l'égalité. Nous avions mené 1-0 la quasi-totalité du match mais le Club avait réussi à égaliser in extremis. La Coupe devait donc se disputer aux tirs au but. J'ai dû botter le penalty décisif et j'étais assez sûr de mon coup. Fernand Boone défendait le but brugeois. Il a choisi son côté et j'ai botté le ballon au milieu mais il est parvenu à l'atteindre du bout du pied. Adieu, la Coupe ! Nous étions tous très déçus. Que dis-je : c'était un drame ! J'ai râlé toute la semaine. En effet. Ce qui est arrivé à mon père est vraiment un drame. Il est décédé d'un infarctus dans la tribune du Beerschot. Quand on t'annonce ça dans le vestiaire, à la fin du match, tu te sens... Bref, rater un penalty est une futilité. Via un journaliste néerlandais qui travaillait pour Constant Vanden Stock mais c'est avec Albert Roossens, l'ancien président d'Anderlecht, que j'ai eu un contact sérieux, dans un café quelque part entre Boom et Aartselaar. Lydie m'a accompagné car j'avais peur d'accepter un prix trop bas. Elle savait que je voulais à tout prix jouer pour les Mauves et que l'argent n'était pas très important à mes yeux. Roosens a fait quelques propositions. Lydie a fini par accepter et le transfert a été réglé. Je l'ai trouvé très hautain. Après une défaite 0-4 au Standard, il m'a écarté un moment. J'ai dû m'adapter à Kessler pour revenir. Au lieu d'être meneur, je suis devenu un larbin au service de Paul Van Himst. J'étais chargé de récupérer le ballon puis de le passer le plus vite possible à Polle. Sir George savait tout ! Nos femmes étaient côte à côte dans la tribune et pendant un match, Lydie a dit : " Tant qu'on ne limoge pas cet entraîneur, ça n'ira jamais mieux. " Le match suivant, j'étais écarté - sans doute une des femmes avait-elle cafté. Quand j'ai enfin réintégré l'équipe, il m'a dit : " Ta femme doit être contente, maintenant ! " Malgré tout, j'ai eu un pincement au coeur en le voyant passer avec ses valises, après son limogeage. Jan était spécial ! Il l'est toujours. Le soir, je regarde toujours Studio Voetbal à la télé néerlandaise, rien que pour l'entendre. Il pouvait parfois être très désagréable : le café était froid, les chaussettes trop petites, les shorts tiraient etc... Mais il jouait bien ! Il courait aussi beaucoup. Une fois, Kessler nous a infligé un 15 x 100 mètres. J'étais dans son groupe. On aurait dit un cheval. J'ai essayé de le suivre, tant bien que mal, mais avec mes petites jambes, c'était impossible. Lors de cette fête, il voulait à tout prix qu'on joue au chapeau. Tout le monde devait s'asseoir à terre, en cercle, et se passer le chapeau tant que la musique jouait. Celui qui tenait le chapeau quand elle s'arrêtait devait ôter un vêtement. Certaines femmes ont vigoureusement protesté et nous avons eu la sagesse d'arrêter. Mes beaux-parents sont arrivés plus tard ce soir-là. Tout le monde était affalé, à moitié ivre. Qu'est-ce qu'ils ont bien dû penser... Je devenais superflu. Je n'étais plus un titulaire à part entière car des talents émergeaient : Ludo Coeck et François Van der Elst. En plus, ces longues navettes entre Hoogstraten et Bruxelles commençaient à me lasser. Je n'aurais plus tenu le coup longtemps si c'était pour jouer le samedi avec les réserves ou prendre place sur le banc le dimanche. J'ai donc demandé à Constant Vanden Stock la permission de partir. Après quelques tergiversations, il a accepté. Ça a commencé par un grand show. Le stade avait été complètement rénové, la pelouse était neuve, nous jouions un match de gala contre le PSV. On en jetait tant et plus. Attention, l'Union avait recruté une bonne équipe, en ne faisant appel qu'à des joueurs de Division Un ! Georges Heylens avait établi un système de primes spécial : chaque fois que nous ne perdions pas, une somme s'ajoutait à notre compte. Nous n'avons perdu qu'un match, le premier, à l'Eendracht Zele. Nous avons enlevé presque tous les autres matches et nous avons gagné de ces primes, incroyable ! Les problèmes ont commencé en décembre : l'argent était épuisé. Je ne sais pas comment le club s'en est sorti mais nous avons touché tout notre argent la première année, lors de notre accession à la Division Deux. Indépendamment de ces tracas, j'ai tout de même conservé de bons souvenirs de cette période. Je faisais partie des incontournables du sélectionneur, Raymond Goethals, et il n'avait pas hésité à continuer à m'appeler en équipe nationale, malgré ma présence en D3. Je suis le seul joueur d'après-guerre à avoir connu cet honeur. C'est quand même une fierté. Les problèmes financiers se sont vraiment fait sentir la saison suivante. Le club a eu du mal à nous payer. Ghislain Bayet, l'investisseur et le soi-disant patron, a organisé une grande fête. Il a annoncé que tout était en ordre, que nous pouvions même emmener nos femmes en voyage. Évidemment, ce n'étaient que des belles paroles. Quelques mois plus tard, il avait filé, la queue entre les jambes. Pour certains joueurs, c'était une catastrophe. Ils n'ont pas été payés pendant des mois, leur loyer n'a pas été versé par le club, leur téléphone a été coupé. C'était grave ! Georges Heylens a démissionné après six mois. J'ai repris son poste et j'ai travaillé comme joueur-entraîneur jusqu'à la fin de la saison. Je n'ai jamais été payé pour ce travail d'entraîneur. Ne me demandez pas comment mais l'Union a réussi à garder la tête hors de l'eau. La troisième année, je suis redevenu joueur, sous la direction de Jean Cornelis. Le calme était revenu au parc Duden. J'y étais encore sous contrat pour un an mais j'en avais marre. J'étais prêt à laisser tomber la somme que le club me devait, environ 7.500 euros, s'il me laissait partir. Il a accepté. A 35 ans, je suis retourné à mes racines, à Hoogstraten. J'y ai joué encore un an avant de raccrocher. Oui. Si cet arbitre russe n'avait pas annulé mon but pour hors-jeu dans les ultimes minutes du match contre les Pays-Bas, à Amsterdam, c'était 0-1 et nous étions qualifiés pour le Mondial de 1974 alors que les Hollandais devaient rester à la maison. Il n'y avait pas hors-jeu, comme les images TV l'ont démontré. Après, chaque fois que je voyais Raymond Goethals, il me disait : " Si ton but avait compté, on aurait bâti un monument à ta gloire ! " Nous n'avons pas eu le temps de protester car leur gardien, Piet Schrijvers, a vite repêché le ballon dans les filets, l'a replacé à l'endroit du délit et a relancé le jeu. Nous n'étions pas qualifiés mais nous étions déjà contents de ne pas avoir encaissé trois ou quatre buts. En première mi-temps, Christian Piot avait effectué quelques sauvetages miraculeux. Les Pays-Bas possédaient une équipe de niveau mondial, emmenée par Johan Cruyff. Les joueurs du Club Bruges nous avaient abandonnés à notre sort cette fois-là. Ils devaient disputer la finale de la Coupe de l'UEFA face à Liverpool quelques jours plus tard et n'en ont pas touché une. J'ai accompagné l'équipe mais sans jouer. Je partageais la chambre de Jean Dockx et d'Odilon Polleunis. On a toujours affirmé qu'on s'ennuyait à mort là. Eh bien, sûrement pas Lon. Il sortait tous les soirs. Il rentrait en plein milieu de la nuit et réveillait tout le monde. Ce n'était pas grave : nous pouvions récupérer nos heures de sommeil en journée, puisqu'il n'y avait rien à faire. Oui, nous faisions toujours chambre commune. Avant un match en Islande, Jean m'a dit : " On va faire une farce à Gille Van Binst. Il t'a téléphoné, se présentant comme quelqu'un d'Iceland Television, et t'a demandé une interview. Tu as répondu : " Êtes-vous certain de vouloir me parler, plutôt qu'à Van Himst ? " Jean a rétorqué : " Non, non, the right back, Van Binst ! " Vous avez pris rendez-vous dans le lobby de l'hôtel. Tu as poireauté là une heure ! Quand nous sommes allés au restaurant, Jean t'a demandé si tu attendais quelqu'un. Tu as répondu, sérieusement, " Oui, la télévision islandaise. " Je n'ai plus pu me retenir de rigoler ! Tu le méritais, hein, Gille ? Tu avais charrié tellement de monde ! PAR GILLE VAN BINST - PHOTOS: IMAGEGLOBE/ WAEM " Je regarde toujours la télé hollandaise rien que pour entendre mon ex-coéquipier Jan Mulder. " " Si l'arbitre n'avait pas annulé injustement mon but, nous aurions joué la phase finale de la Coupe du Monde 1974 à la place de la Hollande. "