Sur un des courts du club de tennis de Jambes, Justine Henin enchaîne les frappes de mule. Son coach, Carlos Rodriguez, éprouve bien du mal à retourner ces obus. Coups droits, revers, services, volées : tout l'arsenal de la championne défile. Elle est en pleine préparation du tournoi de Filderstadt, où elle peut ravir la place de numéro 1 mondiale à Kim Clijsters. Sur le terrain d'à côté, deux braves pensionnés, au style plus qu'hésitant, sont admiratifs. Comme le sont les spectateurs qui suivent son entraînement depuis la cafétéria.
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Sur un des courts du club de tennis de Jambes, Justine Henin enchaîne les frappes de mule. Son coach, Carlos Rodriguez, éprouve bien du mal à retourner ces obus. Coups droits, revers, services, volées : tout l'arsenal de la championne défile. Elle est en pleine préparation du tournoi de Filderstadt, où elle peut ravir la place de numéro 1 mondiale à Kim Clijsters. Sur le terrain d'à côté, deux braves pensionnés, au style plus qu'hésitant, sont admiratifs. Comme le sont les spectateurs qui suivent son entraînement depuis la cafétéria. Un visage connu circule au milieu de ces admirateurs : Pierre-Yves Hardenne. Le mari de Justine. Tous les quarts d'heure, en moyenne, il descend dans la salle pour demander l'une ou l'autre chose à sa moitié. La complicité saute aux yeux. Un bisou par-ci, un sourire par-là. Entre-temps, Pierre-Yves Hardenne (23 ans) gère les rendez-vous de Justine. Une équipe de France 2 est en Belgique et souhaite réaliser un reportage sur la championne dans son nouvel appartement de Marloie. Le mari accepte d'abord du bout du lèvres, avant que l'épouse ne refuse catégoriquement. Estimant û à raison û qu'on a déjà suffisamment violé son intimité depuis les victoires à Roland Garros et à l'US Open. Pierre-Yves Hardenne est devenu incontournable dans le paysage médiatique. Belge et d'ailleurs. Les téléspectateurs l'aperçoivent lors de chaque match de Justine, installé à côté de Carlos Rodriguez. Dans les journaux aussi, il apparaît régulièrement. Qui est-il ? Simplement le garçon qui mène une vie dorée et ne doit même pas se retrousser les manches pour pouvoir s'offrir l'une ou l'autre Ferrari ? Le mari qui profite honteusement de la fortune qu'accumule son épouse ? Il ne ressent même pas le besoin de combattre ces clichés. " Il y a pas mal de temps que nous ne prenons plus la peine de lire les journaux et tout ce qu'on peut raconter sur nous ", lance-t-il. " Les commentaires négatifs proviennent de la jalousie des gens, ça saute aux yeux. Moi, j'ai la conscience tout à fait tranquille. Je suis heureux avec Justine et û plus important encore û elle est heureuse avec moi. C'est tout ce qui compte. Justine et moi, nous savons où nous allons. On sait tout ce que Justine a déjà obtenu et ce qu'elle veut encore atteindre. A côté de tout cela, les critiques ne représentent pas grand-chose ". Pierre-Yves Hardenne : Bien sûr. C'est une grande fierté. Si on disait que son mariage avait fichu sa carrière en l'air, je serais mal (il rit)... Oui. C'est frappant. Notre mariage lui a permis de trouver de la stabilité dans la vie de tous les jours. Or, quand Justine est stable dans la vie, elle est stable dans son jeu. Tout le monde sait ce que Justine a connu dans le passé : le décès de sa mère, les problèmes avec son père. C'est très difficile, voire impossible d'être complètement épanoui quand on est confronté à des problèmes aussi graves à un âge aussi précoce. En se mariant, Justine a eu l'impression de construire quelque chose de solide, de concret. Aujourd'hui, elle a un ménage et enfin une maison à elle. Quand elle se lève le matin, elle a la conviction qu'elle pourra penser exclusivement à ses entraînements ou à son match d'un bout à l'autre de la journée. Qu'elle ne devra plus se torturer l'esprit avec des problèmes extra-sportifs. Depuis un an, Justine n'a plus d'idées noires qui la perturbent. C'est clair qu'elle a un caractère extrêmement fort. Mais il y a des limites à tout. Même si elle cherchait toujours à donner l'image d'une fille parfaitement bien dans sa tête, il y avait des moments où elle craquait, en privé. Elle disait devant les caméras que tout allait bien, et elle voulait s'en persuader, mais une fois qu'elle arrivait sur le terrain pour un entraînement ou un match, elle ratait les coups les plus faciles. Parce qu'elle avait la tête à autre chose qu'au tennis. Nous ne souhaitons plus nous étendre sur le sujet. Justine en a trop souffert. Oui. Non. Non. Je fais tout pour qu'elle soit bien, et donc je ne suis jamais intervenu pour qu'elle retourne vers son père. Si j'étais persuadé qu'une réconciliation était une bonne chose pour sa carrière, je l'aurais poussée dans ce sens-là. Ce n'est pas le cas. Justine a fait un choix : écarter les gens qui l'empêchent d'avancer et donc poursuivre sans une bonne partie de son entourage familial. Justine se pose parfois la question. Oui. Chacun en tirera les conclusions qu'il veut. Je n'ai pas eu cette impression. Toutes les personnes qu'elle souhaitait voir étaient là. Non. Non. Vraiment pas. Si elle souffrait, elle ne ferait pas des résultats pareils. Le plus important, c'est que la relation entre Justine et Kim n'ait pas souffert de cette histoire, de toutes ces rumeurs. Mais qu'on arrête de dire que les accusations de dopage ont brisé leur amitié. Il ne faut pas déconner : Justine et Kim n'ont jamais été amies. C'est impossible à partir du moment où elles visent les mêmes objectifs : des victoires dans les grands tournois, la place de première joueuse mondiale. Elles sont rivales avant d'être copines. Justine sait en tout cas que Kim n'était pas responsable des propos de son père et de Dewulf. Et elles sont assez mûres pour bien gérer la suite des événements. C'est vrai que ce sont des situations déroutantes à première vue. Et je ne sais pas s'il faut simplement parler de coïncidences. Le succès peut faire perdre les pédales à pas mal de personnes, dont les parents. Bien souvent, on observe le même phénomène : le père fait des sacrifices humains et financiers énormes pour sa fille, et quand elle est arrivée au sommet, il s'octroie les victoires et veut continuer à la diriger. Il ne comprend pas qu'à ce moment-là, il doit lui rendre sa liberté. Un joueur français m'a dit un jour : -Les joueuses de tennis devraient naître orphelines ! Ce n'est pas idiot du tout. Je ne vais pas passer mon temps à essayer de convaincre les gens que c'est dur pour moi d'être le mari de Justine Henin ! Mais il n'y a pas que de bons côtés dans ce que je fais. Je suis par exemple régulièrement privé de mes passions : les cours d'aviation, la moto, le karting. Parce que Justine tient à ce que je sois le plus possible avec elle sur les tournois. Donc, je suis à l'étranger durant une bonne partie de l'année. L'an dernier, Justine n'a passé que 13 semaines en Belgique. Mais, évidemment, je ne vais pas me plaindre. Quand je vois quelqu'un qui doit travailler dur pour gagner sa croûte, quand je croise des gens malades ou des handicapés, je me dis que j'ai une existence formidable. J'ai eu un choc récemment, pendant la finale du tournoi de Leipzig. Carlos et moi, nous étions assis près d'un tétraplégique d'une trentaine d'années. Il demandait sans arrêt à boire à sa mère. Ouvrir la bouche, c'était la seule chose qu'il savait encore faire. Quand on voit ça... Evidemment. Au début, j'expliquais que j'avais rencontré Justine quand elle était encore inconnue. Aujourd'hui, je ne perds même plus mon temps à me justifier. Les gens pensent ce qu'ils veulent. Moi, je sais pourquoi je suis avec elle. Mais, surtout, elle sait pourquoi elle est avec moi. C'est Justine qui l'a souhaité. Pour moi, ce n'était pas important. Il y a longtemps qu'on me l'a volée. J'ai l'habitude de ne pas l'avoir pour moi tout seul. C'est l'inconvénient de vivre avec un personnage public. Mais figurez-vous qu'elle n'aime plus trop ce surnom. Pour elle, Juju, c'était la gamine de neuf ou dix ans qui avait un beau revers... Elle estime que c'est dépassé. Elle préfère de loin qu'on l'appelle Madame Henin. Ou Madame Hardenne ! Moi, je l'appelle plus simplement Ma belle... Rassurez-vous : nous nous réservons des moments à deux. Je le considère surtout comme notre protecteur. C'est nécessaire car nous sommes tous les deux très jeunes. Carlos donne très régulièrement son avis et nous avons la grande chance qu'il connaisse très bien le milieu du tennis pro. Je ne reste pas inactif, hein... Je fais tout ce que je peux faire pour que Justine puisse se concentrer sur son tennis. Je gère ses contacts avec la WTA et la presse, je rencontre ses sponsors, je planifie ses apparitions publicitaires et dans les différentes réceptions. Est-ce malsain ? Evidemment, l'épouse qui rapporte tout l'argent à la maison, c'est inhabituel. Ça va surtout à l'encontre de la mentalité belge. Ici, on ne veut apparemment pas comprendre la façon de fonctionner de notre couple. Justine a une dizaine d'années pour réussir la plus belle carrière possible. Tout son entourage doit donc se serrer les coudes, être solidaire avec elle pour que tout se passe comme elle le demande. Elle veut que je sois souvent près d'elle, il est donc normal que je la suive. On ne le comprend peut-être pas aussi facilement en Belgique que dans d'autres pays. Ici, on juge, on critique, on veut savoir ce que le voisin a dans son portefeuille. C'est tout le contraire aux Etats-Unis, par exemple : l'Américain se fout de savoir ce que le voisin a sur son compte en banque, comment il s'habille, avec quelle voiture il roule. C'était très dérangeant. Encore une fois, on nous a volé notre intimité. Des journalistes sont venus interroger les architectes, des hommes de métier, ils ont publié les plans du bâtiment. Pas normal. Quel plat on a pu faire avec cette Ferrari ! On en a presque oublié le parcours de Justine. En plus, cette Ferrari, on n'y a jamais pensé sérieusement. Evidemment. Ça n'arrête pas. Il y a des requins dans chaque coin. J'essaye de tenir Justine à l'écart de toutes les discussions qui tournent autour des gros sous. Adidas a essayé mais n'y est pas parvenu. On lui a proposé de remplacer sa casquette par une penne, plus légère. Mais il n'en était pas question pour Justine. Aujourd'hui, c'est un vrai signe distinctif et elle ne doit surtout plus changer d'avis. " Depuis le mariage, Justine n'a plus d'idées noires qui la perturbent "