Souvent les rivalités footballistiques ont une résonance sociale. Un quartier riche contre un quartier pauvre, un club fondé par des aristocrates contre un club qui se veut plus populaire ou alors la ville contre la campagne. Mais dans la plupart des cas, ce critère social s'estompe avec le temps. Pas toujours. Pas dans la vallée du Rhône qui compte un fameux derby entre deux villes distantes de 60 kilomètres. Derby dont les débordements récents démontrent qu'il n'a rien perdu de son côté sulfureux.
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Souvent les rivalités footballistiques ont une résonance sociale. Un quartier riche contre un quartier pauvre, un club fondé par des aristocrates contre un club qui se veut plus populaire ou alors la ville contre la campagne. Mais dans la plupart des cas, ce critère social s'estompe avec le temps. Pas toujours. Pas dans la vallée du Rhône qui compte un fameux derby entre deux villes distantes de 60 kilomètres. Derby dont les débordements récents démontrent qu'il n'a rien perdu de son côté sulfureux. Et de ce côté-là de la France, les clichés ont la peau dure. D'un côté, Lyon-la-bourgeoise ; de l'autre, Saint-Etienne-l'ouvrière. Voilà comment a longtemps été perçu le derby entre l'OL et l'ASSE. La domination des Verts dans les années 70 n'était finalement qu'une revanche des petites gens sur la bourgeoisie. Sauf que, depuis lors, Saint-Etienne a été délesté de ses victoires en même temps que de ses usines alors que Lyon-la-discrète s'ouvrait sur le monde, en même temps que son équipe sous la présidence de Jean-Michel Aulas. Tout cela sans vraiment modifier l'image d'Epinal. Ce derby devenait finalement l'arrogance de la métropole toute puissante (Lyon) face aux misères d'une ville en crise, plombée par un chômage galopant (Saint-Etienne). Le cliché avait légèrement changé mais la lutte des classes était maintenue. Voilà pour le décor. Sur le plan sportif, il n'y a jamais vraiment eu match. A chacun sa période. Si Saint-Etienne dominait les seventies, Lyon écrasait le début du millénaire, s'inscrivant en place forte du foot français entre 2000 et 2010. Pourtant, malgré des dominations sans partage et à tour de rôle, le derby n'a jamais manqué de saveur et d'anecdotes. En 1967, l'entraîneur de Lyon, Jean Snella avait gagné de manière très défensive et avait avoué " avoir joué la carotte ". Au retour, à Geoffroy-Guichard, le stade de Saint-Etienne, les supporters avaient lancé des carottes. L'une d'elles avait atteint l'attaquant des Verts, Georges Bereta qui n'avait pas hésité à la manger. Plus récemment, c'est souvent le président de Lyon, Aulas, qui allume la mèche. En 2010, il n'a pas hésité à lancer : " La Ligue des Champions, les Stéphanois la jouent eux sur PlayStation. " Lors du match retour, un supporter stéphanois n'hésita pas à déranger le président sur son fauteuil pour lui offrir... une PlayStation. Ce jour-là, Aulas avait cru qu'on lui apportait une bombe. " J'ai juste eu peur que ça éclate en plein vol, un peu comme les Stéphanois ce soir ", avait-il affirmé après la rencontre perdue par les Verts sur le score sévère de 1-4. Cette saison, les Verts n'ont qu'à pointer le classement général à Aulas pour se venger : Saint-Etienne est en effet devant Lyon ! ? PAR STÉPHANE VANDE VELDE