Une perche et une caméra en guise d'apéro. Jason Denayer est accueilli comme il se doit quand il débarque au Sippelberg de Molenbeek pour venir assister à un petit tournoi de détection de talents organisé par ses proches. Un accueil de rock star au milieu des siens, tout ce que déteste un joueur qui a toujours préféré se la jouer discret.
...

Une perche et une caméra en guise d'apéro. Jason Denayer est accueilli comme il se doit quand il débarque au Sippelberg de Molenbeek pour venir assister à un petit tournoi de détection de talents organisé par ses proches. Un accueil de rock star au milieu des siens, tout ce que déteste un joueur qui a toujours préféré se la jouer discret. Difficile, voire impossible quand on est suivi par une délégation de journalistes de la FOX, autorisés à suivre notre homme dans le cadre d'un documentaire s'intéressant aux années pré-mondial de quatre jeunes joueurs que la chaîne américaine espère voir en Russie l'été prochain. Ce qui serait un honneur pour beaucoup est tout simplement un calvaire pour Jason. Pas franchement du genre démonstratif, le garçon offre le service minimum avant de finalement nous proposer de nous attabler en sa compagnie. Au calme et loin de l'agitation médiatique propre à la Premier League, le Bruxellois accepte de faire le point un peu plus d'un an après le fiasco gallois. JASON DENAYER : On ne peut pas dire qu'elle a été perdue, parce qu'il y a toujours des enseignements à en tirer. Mais c'est clair que si on fait la balance, il y a peut-être plus de négatif que de positif sur l'année écoulée. Quelque part, le fait d'avoir connu des hauts et des bas, avec des petites blessures et des changements de position, a contribué à faire de moi un joueur et un homme différents. Aujourd'hui, j'ai l'impression de m'être blindé. J'ai très vite été habitué au succès. Finalement, je me dis que cette saison à Sunderland, c'était peut-être un passage obligé dans ma formation. DENAYER : Personnellement, quand je rentre sur le terrain, c'est avec l'ambition de me faire plaisir en me disant que ce n'est que du football. Mais tout le monde n'a pas cette approche-là. Le problème, c'est que quand tu subis, tu ne prends pas de plaisir. DENAYER : Le tempo, la qualité intrinsèque de chaque joueur. Rien de très étonnant, ça confirme ce que tout le monde pense, c'est-à-dire que la Premier League est le meilleur championnat du monde. DENAYER : OK, il y a deux, voire trois clubs espagnols - si on tient compte de l'Atlético en plus du Real Madrid et du Barça - qui raflent tout ou presque depuis quelques années. En Angleterre, par contre, il y a 20 équipes avec des budgets conséquents qui leur permettent d'attirer les meilleurs. Même d'Espagne, qu'il s'agisse de joueurs ou d'entraîneurs. Dans ces conditions, tôt ou tard, les clubs anglais vont se remettre à gagner en Europe. Et je ne dis pas ça parce que j'appartiens encore à Manchester City. Je n'ai jamais eu de championnat préféré, de club de coeur ou quoi que ce soit. DENAYER : Rien de comparable, non. L'Angleterre, c'est le stress, tout doit être vite fait. La Turquie me convenait mieux, les gens sont plus relax, il y a moins de prises de tête aussi. Et puis, Istanbul est une ville magnifique, il y a la plage tout près, c'est le pied. Rien à avoir avec Sunderland où c'était difficile par moments. Il n'y a rien là-bas : à part un centre commercial, c'est vraiment tout petit. DENAYER : On était le dernier jour du mercato, il y avait comme une ambiance de fin d'année scolaire. Chacun repartait avec sa destination pour l'an prochain. Hart au Torino, untel en Espagne et finalement tu apprends que toi, tu dois aller à Sunderland où tu sais que tu vas devoir te battre toute la saison contre la relégation. Ce n'était clairement pas la joie, mais je n'allais pas bouder toute la saison. Ça aurait été encore pire et ça n'aurait servi à rien. DENAYER : Je me rappelle de tout. À commencer par le moment où Wilmots annonce le matin du match que je vais jouer. J'étais tellement heureux, je n'attendais que ça. C'était un stress évidemment, mais quelque chose de positif. Personnellement, je ne suis pas du genre à mal dormir la veille d'un match, par exemple. Donc, dans les heures qui précèdent le match, je suis serein, tranquille. Comme d'habitude, en fait. DENAYER : En termes de tension pure, c'était en dessous. L'atmosphère n'est pas la même, pour une simple question de rivalité. À Istanbul, à Glasgow, c'est inimaginable ce qu'il peut y avoir comme agressivité quand on joue le derby. Que ce soit en tribune, comme à Glasgow, ou sur le terrain à Istanbul. C'est tout un contexte qu'on ne retrouve pas dans un match entre deux équipes que rien n'oppose, si ce n'est le sportif à un moment donné. DENAYER : Non, parce que j'avais plus que tout envie de jouer ce match et de bien faire. Pour un cycliste, j'imagine que le but ultime d'une carrière, c'est le Tour. Pour nous, footballeurs professionnels, c'est ce genre de rendez-vous. Une carrière, cela passe par ce genre de match. Si tu vas à l'EURO, c'est pour jouer, donc à partir du moment où tu reçois ta chance, tu veux prouver. Jordan et moi, on savait tous les deux ce qu'on avait à faire. On n'en a même pas parlé avant le match. Même chose avec Wilmots, il m'a dit de faire ce que je savais faire, comme d'habitude, mais rien de spécial hormis les habituelles séances tactiques de la veille. J'ai déjà vu des gens dormir lors de la vidéo d'avant match, mais là je peux vous jurer que ce n'était pas le cas. On était tous concernés, vu qu'on ne connaissait pas encore le onze. DENAYER : J'ai parlé avec le coach au moment de partir pour Bordeaux. Il m'a bien expliqué les choses, j'ai compris et j'ai accepté ses choix. Il m'avait trouvé un peu court physiquement contre la Finlande et la Norvège et il n'avait pas tort, j'étais à sec. C'était ça mon problème en France, j'étais cuit ! Je revenais d'une saison très longue avec Galatasaray et le fait d'avoir pris la préparation pour l'EURO en cours après la finale de la Coupe de Turquie ne m'a pas aidé. Ce n'est pas une excuse, mais cet EURO, ça a été dur physiquement. DENAYER : Ce n'était pas facile, d'accord. Mais ce n'est pas tout à fait vrai de dire que je n'avais pas connu ça auparavant. J'ai toujours eu l'habitude d'être critiqué étant petit. Que ce soit à l'école, alors que j'étais pourtant très bon élève (rires), ou au foot quand je devais apporter mon bulletin (rires). Mais c'est la première fois que ça m'arrivait en tant que personnalité publique. Dans ces moments-là, il ne faut pas trop porter attention à tout ce qui se dit ou s'écrit. Le plus important, c'est de pouvoir reposer sur ses proches. Mon père m'avait prévenu qu'un jour les mêmes personnes qui me félicitaient allaient me tomber dessus. Il avait raison, mais le plus important, c'est que les gens qui te connaissent te disent la vérité. Et c'est clair, ils me l'ont dit : le Pays de Galles, ce n'était pas mon meilleur match. Mais la vie et ma carrière ne s'arrêtent pas là pour autant. Je comprends les gens qui critiquent, parce qu'on a tous le droit d'avoir un avis sur quelque chose. J'accepte les commentaires, pas de souci. Mais quand ils sont tous négatifs, tu te crées ta carapace, tu essayes de moins y porter attention. 24 heures après le match, j'étais en famille à Bruxelles avec tous mes petits cousins. Personne ne m'a parlé du match. L'ambiance était à la franche rigolade, ça m'a fait du bien. DENAYER : Bien, parce qu'il a pris la peine de m'appeler au mois d'août dernier pour justifier son choix et qu'il est en outre régulièrement en contact avec mon agent. Ces raisons, je les connais : il veut que je joue et surtout que je joue à mon poste, c'est-à-dire en défense centrale. À partir du moment où ce n'était pas le cas cette saison, je ne peux pas lui en vouloir, il est cohérent. DENAYER : Oui, et de préférence pas Girona, la filiale espagnole de Manchester City. Pas parce que j'ai envie de compliquer les choses, mais parce que j'aspire à être dans une équipe qui fait le jeu, qui ne le subit pas. Et ce, pour avoir l'occasion de me montrer, mais aussi de me développer. J'ai toujours eu un ordre de priorité dans mes choix de carrière. Le plus important, pour moi, c'est d'évoluer au sein d'un club qui joue le haut du tableau dans un cadre et une ville agréables, avec de vrais supporters capables de mettre une belle ambiance à domicile. L'aspect financier vient vraiment en dernier lieu. Le problème de Girona, c'est que c'est un club promu en Liga, dans une petite ville. Ce n'est pas franchement ce que je recherche. DENAYER : Le problème, c'est que City ne veut pas me vendre. Ou alors à des conditions impossibles pour les clubs acquéreurs, avec une clause de rachat quasiment identique au prix de vente. Concrètement, cela signifie que les Mancuniens ne sont pas trop chauds pour un transfert définitif et qu'ils préféreraient un prêt. Je ne suis pas contre, mais alors j'aimerais pouvoir choisir. Et Lyon, ce serait le point de chute idéal pour moi. Un club ambitieux dans un championnat attractif. Le club et moi étions d'accord, mais City a opposé son véto et insiste pour que j'aille en prêt à Girona... On verra ce qui se passera dans les prochaines semaines. Si la situation ne se décante pas, j'irai à Girona, mais ce ne sera pas de gaieté de coeur. DENAYER : Je pourrai donner un pronostic plus précis quand je connaîtrai mon prochain port d'attache. Là, je dirais 42 % à tout hasard (rires). Je connais mes concurrents, on est quelques-uns à espérer aller en Russie, tout se jouera sur les choix de chacun cet été. C'est pour ça que j'ai hâte de savoir de quoi sera fait mon avenir. PAR MARTIN GRIMBERGHS - PHOTOS BELGAIMAGE - CHRISTOPHE KETELS" Martinez veut que je joue à mon poste, en défense centrale. Comme ce n'était pas le cas cette saison, je ne peux pas lui en vouloir, il est cohérent. " - Jason Denayer " Si je ne fais pas partie des plans de Guardiola, j'ose espérer que c'est avant tout pour des raisons sportives. " - Jason Denayer " Pourquoi back droit, back gauche ou milieu défensif ? On ne crache pas sur une titularisation en Premier League. " - Jason Denayer