J oseph Akpala est là. Il doit remplacer François Sterchele mais à l'entraînement, il souffle le chaud et le froid lors d'une séance de centres. Parfois, il conclut brillamment, parfois, il rate l'impensable. C'est une constante : tous ne sont pas concentrés ou heureux. Quand la passe de Michael Klukowski est mauvaise, Wesley Sonck prend ce dernier à partie.
...

J oseph Akpala est là. Il doit remplacer François Sterchele mais à l'entraînement, il souffle le chaud et le froid lors d'une séance de centres. Parfois, il conclut brillamment, parfois, il rate l'impensable. C'est une constante : tous ne sont pas concentrés ou heureux. Quand la passe de Michael Klukowski est mauvaise, Wesley Sonck prend ce dernier à partie. Son site personnel, www.joseph-akpala.com, montre des photos de Sterchele, dont il a été le coéquipier à Charleroi pendant six mois et qui l'a aidé à trouver ses marques en championnat de Belgique. Maintenant, il prend sa place à Bruges... Akpala : " Ce qui est arrivé est triste mais de là à dire que je prends sa place, non " Sage, il ajoute : " J'ai acheté ma belle voiture grâce à l'argent gagné en football. Celui-ci constitue donc ma priorité. Pour acheter d'autres véhicules, je dois veiller à rester bon et donc à être prudent. Mieux vaut parfois arriver en retard. Je pense que beaucoup ont retenu la leçon ". Il n'est pas surpris d'avoir été le meilleur buteur de l'exercice précédent : " C'était mon objectif en début de saison, à l'image de Malki et de Barda. Je briguais déjà ce titre au Nigeria et j'ai réussi. Cela aurait pu engendrer un stress néfaste mais je n'en ai jamais souffert. Je m'amuse toujours autant sur un terrain ". Il est jeune mais sérieux, professionnel. Discrètement religieux aussi. Quand un membre de son entourage a rigolé, en disant qu'apparemment, Patrick Ogunsoto demandait l'avis de Dieu avant de prendre une décision, il a partagé les rires des autres mais il a une Bible dans son appartement. La religion est une affaire privée et il ne lâchera pas un mot sur Dieu durant notre entretien, ce qui est rare dans le chef d'un Africain. Il ne parlera pas de son amie non plus : cela relève aussi de sa vie privée. Encore que : " J'habite toujours à l'hôtel mais je cherche une maison pour pouvoir recevoir de la visite. Mon père et peut-être mon amie ". Le Nigérian profite de ses plages de repos à Bruges pour chercher une maison. Il refuse une première : elle comporte assez de chambres mais les hôtes doivent traverser la chambre du joueur pour aller à la salle de bains ! Akpala doit s'habituer à ses partenaires et au style de jeu. Il est arrivé après le stage de Coxyde, quittant le camp marocain de Charleroi pour signer son contrat : " Je m'intègre rapidement, sur le terrain comme en-dehors. J'ai l'habitude de vivre seul à l'hôtel. Dans quelques semaines, je connaîtrai tout le monde. Il aurait mieux valu arriver deux ou trois semaines plus tôt mais je ne cherche aucune excuse ". On est curieux de voir comment le Nigérian réagira au manque d'espaces. " La pression est répartie sur les épaules de tous les joueurs. Quand on fait de son mieux, on ne peut rien se reprocher. On verra si je réussis. Il me semble évident que j'aurai moins d'espaces mais mon lieu de travail se situe devant le but. C'est là que s'expriment mes qualités. Je suis un avant, je suis rapide, je dispose d'une bonne technique et je suis capable de marquer. Le reste est du travail d'équipe ". Au téléphone, Jacky Mathijssen affirme ne pas vouloir un duo d'attaque fixe. Akpala le comprend : " Chaque match requiert une autre approche. Tout dépend des qualités de l'adversaire. L'entraîneur a le dernier mot, voilà mon crédo. Et je l'accepterai toujours ". Il connaît son coach depuis janvier 2006. Mathijssen a été son premier entraîneur en Belgique. " Il n'a pas changé. Tout est plus professionnel mais l'homme reste lui-même. Il faut travailler mais il sait plaisanter ". Il a passé son premier Noël belge au foyer de l'entraîneur. " J'étais blessé. Les autres sont rentrés mais je devais poursuivre ma revalidation et je peinais ", rappelle Akpala. " En cours de saison, une blessure n'est pas dramatique : on peut bavarder avec les autres. Mais quand ils sont tous partis... Surtout à Noël, une fête importante pour moi. J'étais seul dans mon appartement, le 23 décembre, au bord des larmes. Je me suis retenu : j'étais venu en Belgique pour jouer, je devais vivre en conséquence. L'entraîneur avait perçu ma tristesse : il m'a invité chez lui, il m'a aidé à accomplir mon programme et j'ai passé du temps avec le spécialiste de revalidation à son domicile ". La délégation olympique belge s'est envolée pour Pékin avec deux Brugeois. Akpala aurait dû participer aux Jeux aussi mais il ignore pourquoi il n'a pas été convié par le Nigeria : " J'en avais envie mais de là à dire que je suis très déçu... "Samson Siasia, un ancien joueur de Lokeren, est le coach olympique et Peter Odemwingie (ex-La Louvière) un de ses atouts en attaque. La sélection est-elle une affaire de copinage, comme souvent en Afrique ? Akpala sourit : " I wish them well ". Les sélections dépendent parfois de l'origine ethnique des joueurs. Daniel Amokachi s'en est souvent énervé. " Cette pratique semble s'estomper lentement ", prétend le nouvel attaquant brugeois. " Quand j'étais gamin, c'était différent. Certaines parties du pays étaient à peine représentées. Le fait est qu'il faut faire ses preuves sur le terrain. On peut être sélectionné sur base de son origine mais si on passe à côté de son match... " Le Nigeria a toujours produit beaucoup d'attaquants. " Je pense que c'est surtout dû à la taille du pays. Il est plus grand que le Ghana. Il y a donc plus de chances d'y dénicher des attaquants de valeur ". Il a d'ailleurs toujours voulu être aux avants postes. " Je ne sais plus quand cette idée a germé mais j'étais très petit. Mon entraîneur a essayé de me poster en défense mais cela n'a duré que quelques semaines. Cela ne marchait pas. Je voulais évoluer en pointe ". Il a grandi à Jos, une des villes les plus froides d'Afrique occidentale, située sur un plateau, dans une région rocheuse dont montagnes et cascades attirent les touristes. " Le climat est comparable au belge quand il fait froid. 15°, c'est froid selon les normes africaines ". Comme nos étés... Akpala sourit : " Nos hivers sont comparables à vos étés. Il fait bon y vivre. On compte un demi-million d'habitants. La ville est paisible. En 2001, une crise religieuse a opposé musulmans et chrétiens. C'était une première dans l'histoire de Jos. Des bâtiments ont été brûlés, des gens tués. Les musulmans s'en sont pris aux églises, les chrétiens aux mosquées ". Il ne comprend pas qu'on s'entretue au nom d'une religion. " Si on croit en Dieu, qu'importe qu'on soit chrétien ou musulman ? Il n'y a qu'un seul Dieu. Le Nigeria n'impose pas de religion particulière ". Akpala s'exprime dans un anglais brillant. " La communication est importante. J'ai achevé mes humanités. J'ai même songé à poursuivre des études universitaires mais le football était déjà devenu trop important. Comme mes parents n'étaient pas très à l'aise, j'ai tout misé sur le football. J'ai reçu un coup de téléphone de Pepsi Cola, me permettant d'intégrer son académie et j'ai rejoint Lagos ". Pepsi subsidie des centres de formation dans 30 des 36 villes du pays. " On nous visionne très tôt, parfois à quatre ou cinq ans. Les clefs : la technique et l'amour du football. Il faut savoir délivrer des passes, conserver le ballon en l'air, etc. On inscrit ceux qui en sont capables sur une liste. Un screening plus sérieux a lieu entre dix et treize ans. On admet les jeunes en fonction du nombre de places disponibles ". Le football était leur vie. " J'ai beaucoup joué en rue. Mes parents ont failli me l'interdire. Il fallait nettoyer la maison, entretenir le jardin, aller chercher de l'eau, parfois à deux kilomètres. Mais je n'étais jamais là : à 9 heures, j'étais déjà en train de jouer et je ne revenais pas avant 16 heures. Nous organisions souvent des matches rue contre rue. Tous les enfants apportaient un peu d'argent, dix cents. Nous versions tout dans un pot commun. Nous achetions des boissons et des bonbons, que nous disposions sur le sol. Il fallait donc jouer pour les gagner. Il m'arrive de regarder ces matches et j'ai l'impression que je viens de quitter le quartier ". Son frère cadet a 14 ans. Il est dingue de football. Et a la chance de recevoir les chaussures et les maillots de son aîné. " Je ne puis le forcer à jouer, c'est à lui d'effectuer ce choix, mais j'ai tenté de l'inscrire à l'académie Pepsi ". Il rit en se remémorant une autre anecdote qui illustre leur amour du football. " Quand l'équipe nationale jouait, nous nous rassemblions pour suivre le match. C'est toujours un événement très populaire mais le Nigeria est souvent en proie à des pannes de courant ". Les téléspectateurs s'énervent-ils ? " Non ! Nous sortons dans la rue et courons pour trouver un quartier qui a toujours du courant. Avec un peu de chance, on tombait sur quelqu'un qui possédait un générateur ". Il se rappelle un match amical contre les Pays-Bas. Une fois de plus, la rue était privée d'électricité. Il sortit donc en rue avec son père, à la recherche d'une TV qui fonctionne. Là aussi, panne. Pendant tout le match, les gens couraient d'un quartier à l'autre. " Nous avons dû voir vingt minutes du match. Pourtant, nous nous sommes amusés. Nous acceptons ces choses avec fatalisme mais je me souviens qu'une fois, nous nous sommes rendus en masse à la centrale et que des gens l'ont bombardée de pierres. Le Nigeria est fou de football. Les matches internationaux sont pris très au sérieux. Les commerçants ferment boutique et perdent de l'argent pour assister aux rencontres ". Récemment, il est parti à Paris. En deux ans, il n'avait guère visité de villes. Dans la capitale française, il a réfléchi à la direction qu'il devait prendre. " J'avais des possibilités en Europe de l'Est mais je n'en voulais pas. Je devais déterminer le cours de ma carrière. J'aurais opéré un choix différent si l'argent avait primé mais en fait, si vous progressez, vous en gagnez automatiquement ". C'est bien beau en théorie mais c'est moins évident quand votre famille vous observe et qu'une partie d'elle dépend de vous. Il rit : " Je réfléchis beaucoup, de concert avec mes oncles. Un club de l'Est me voulait à tout prix. Quand un de mes oncles l'a appris, il m'a conseillé de laisser tomber. Puis, j'ai cité les chiffres. Ses yeux se sont agrandis et il a crié : Yeah ! " Akpala n'a pas cédé. " Il s'agit de ma carrière, de mon avenir ". Son oncle a malgré tout insisté : s'il essayait quand même ? Mais Akpala a un plan de carrière : " Je veux progresser, avoir un impact. Je veux atteindre un niveau supérieur ". Amokachi est passé de Bruges à Everton, Obafemi Martins joue en Angleterre comme ses compatriotes Victor Anichebe et John Utaka : la Premier League doit être le rêve ultime d'un attaquant nigérian : " C'est le meilleur championnat mais pour y être admis, il faut avoir disputé 80 % des matches de son équipe nationale ou posséder un passeport européen. Je n'ai plus joué pour l'équipe nationale depuis un an et demi. Cette option est donc provisoirement exclue mais je n'en fais pas une obsession. Je veux prester là où je suis. Certes, je rêve de l'Angleterre depuis mon enfance. J'ai tenté d'être incorporé dans une école de jeunes car alors, la règle des matches internationaux ne compte plus mais je n'y suis pas parvenu. Je trouverai peut-être une autre voie ". La Belgique constituait-elle une étape logique ? Quelque part oui car son jeune passé est jalonné de fils belges. Maurice Cooreman était le directeur technique de son dernier club nigérian. Il l'a encouragé à tenter sa chance en Belgique et a perfectionné sa technique. En sa qualité de meilleur buteur de son pays, il a été repris dans une large sélection nationale pour un stage au Portugal. Là, il a discuté de la suite de sa carrière avec Amokachi, Egu Augustine et Odemwingie. Son oncle avait déjà envoyé un email à Anderlecht pour vanter ses qualités mais il n'a obtenu aucune réponse. Finalement, Charleroi, Gand et, dans une moindre mesure, le Standard se sont intéressés à lui. Il a jeté son dévolu sur les Carolos en janvier 2005. " Le pas ne devait pas être trop conséquent. La Belgique était donc un choix logique. L'Allemagne ou l'Espagne étaient trop fortes. Beaucoup de compatriotes se sont épanouis ici : Amokachi, Siasia, Yobo, Odemwingie, Babayaro. Les clubs belges ne retiennent pas les joueurs contre leur gré, en plus. Ils permettent à ceux-ci de réaliser leurs ambitions ". par peter t'kint