Une rédaction qui ne cache pas son chagrin et même ses larmes, c'est rare mais c'est pourtant ce qui est arrivé chez nous, le 9 octobre 1985. Ce jour-là, souvent moqueur sous sa barbe rousse, mon ancien collègue Roger De Maertelaere est revenu vers nous : " Il est mort ". Roger a pris place derrière son bureau, n'a pas allumé son habituelle cibiche mais a enlevé ses lunettes et s'est emparé de son mouchoir. Un silence pesant paralysait toute notre petite équipe, chacun se réfugiait dans ses silences et ses émotions pour rendre ...

Une rédaction qui ne cache pas son chagrin et même ses larmes, c'est rare mais c'est pourtant ce qui est arrivé chez nous, le 9 octobre 1985. Ce jour-là, souvent moqueur sous sa barbe rousse, mon ancien collègue Roger De Maertelaere est revenu vers nous : " Il est mort ". Roger a pris place derrière son bureau, n'a pas allumé son habituelle cibiche mais a enlevé ses lunettes et s'est emparé de son mouchoir. Un silence pesant paralysait toute notre petite équipe, chacun se réfugiait dans ses silences et ses émotions pour rendre hommage à une belle personnalité : Ludo Coeck. Quelques jours plus tôt, un lundi soir, l'Anversois avait perdu le contrôle de sa BMW à Rumst avant de s'encastrer sous un camion. Il avait fêté ses 30 ans le 25 septembre. Rencontrer Coeck, que ce soit à Anderlecht, au Stade Roi Baudouin (photo) ou au Cederhof, sa taverne préférée à Wilrijk, où il passait régulièrement avec son ami Juan Lozano, c'était toujours un moment de bonheur. Tiré à quatre épingles, polyglotte, il respirait l'élégance, la gentillesse et tout simplement la grande classe. Arrivé de Berchem Sport en 1972, à 17 ans, ce gentleman ne tarde pas à s'installer en équipe première. Un an plus tard, en 1973-1974, c'était fait : on n'imaginait plus la ligne médiane mauve sans cet athlète élancé, doté d'une magnifique technique mais aussi d'un tir à distance d'une puissance inouïe. Ainsi, durant le Mondial 82, à Elche, il alluma une bombe à 35 mètres contre le Salvador (1-0) : un tir victorieux qui reste gravé dans les annales. Ludo a collectionné les titres (1974, 1981), les Coupes de Belgique (1973, 1975, 1976), les Coupes d'Europe (C2 en 1976, 1978, C3 en 1983, Super Coupe d'Europe en 1976, 1978), 46 caps avec les Diables Rouges, etc. En avril 1982, après le match aller des demi-finale de la C1 contre Aston Villa, il m'a fait part de ses projets : " Il est temps de penser à moi. J'ai 26 ans et il ne me déplairait pas de tenter ma chance à l'étranger. Il n'est pas exclu que je joue un jour en France, en Espagne ou en Italie. " Fin 1982-1983, Coeck signa à l'Inter de Milan où des blessures l'ont empêché de décoller. Son passage à Ascoli (1984-1985) a été compliqué par des pépins à la cheville. Le grand Ludo a tiré sa révérence le 9 octobre 1985, à une semaine de la première manche des barrages entre la Belgique et les Pays-Bas pour le Mondial 86. Guy Thys écourta une conférence de presse en apprenant la nouvelle de l'accident : " Aujourd'hui, le football ne compte pas. " Coeck aurait tant aimé vivre ces grandes heures de gloire contre la Hollande. Le stade de Berchem Sport, l'ancien Rooi, porte son nom depuis 2008-2009. PAR PIERRE BILIC