Deux monuments de l'histoire du football belge se croisent dans ce magazine: Luc Nilis et Johnny Bosman. Réunis un temps à Anderlecht , ils formaient avec Marc Degryse un trio d'attaque de bonne qualité européenne. Ce n'était pas hyper-rapide ni hyper-efficace mais joli à voir. Ils ont remporté trois titres et une coupe nationale en jouant ensemble.
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Deux monuments de l'histoire du football belge se croisent dans ce magazine: Luc Nilis et Johnny Bosman. Réunis un temps à Anderlecht , ils formaient avec Marc Degryse un trio d'attaque de bonne qualité européenne. Ce n'était pas hyper-rapide ni hyper-efficace mais joli à voir. Ils ont remporté trois titres et une coupe nationale en jouant ensemble. Nilis a joué à Genk samedi dernier son match d'adieux au foot, tout heureux de pouvoir encore lifter la balle vers des filets et - surtout - ne plus craindre de finir ses jours en traînant une jambe raidie par une horrible fracture ouverte, subie un samedi après-midi, à l'heure du thé, sur un gazon de la Premier League. Tout finit bien pour lui: il meuble ses loisirs en pratiquant tennis et golf et s'en tire mieux que pas mal de ses collègues qui terminent leur carrière vraiment diminués. De nos jours, rares sont les footballeurs en fin de parcours à ne pas avoir subi une grosse intervention aux ligaments du genou, par exemple.Les footballeurs meurent par les genoux, des articulations pas si bien adaptées à ce qu'on en demande selon pas mal d'orthopédistes. Il y a trente ans, un ménisque abîmé pouvait encore signifier la fin de carrière. Aujourd'hui, les pros se font opérer des ligaments croisés des deux genoux et continuent. Quand ils arrêtent, leur taux d'arthrose est aussi élevé que leur compte en banque. On sait que le sport de compétition n'est pas bon pour la santé, mais on ne peut pas s'en passer. Tout comme on chasse les excès (qu'un Mohamed Mourhit va payer pour s'être laissé tenter par l'EPO), on devrait arrêter de considérer toutes ces opérations comme signes de la fatalité sportive. L'apanage du joueur professionnel n'est pas de s'entraîner et de jouer de plus en plus, mais de s'entraîner et de jouer de mieux en mieux. Si les blessures et les accidents deviennent de plus en plus nombreux, c'est le signe d'un problème. On n'avait que deux excuses à la bouche en cas de défaite à la dernière Coupe du Monde: l'arbitrage et le surmenage. Le premier est moins brutal pour l'organisme que le second...Le public averti souligne, d'ailleurs, autant le manque de résultats de son équipe favorite que le nombre de blessés qu'elle compte. Genk a été champion sans pratiquement enregistrer de blessés graves. Est-ce grâce à cela qu'il a été champion, ou bien a-t-il été champion parce que Sef Vergoossen a si bien entraîné et ménagé ses troupes? Cela restera un des mystères éternels du sport, mais la médecine sportive n'aime pas les coïncidences. La vraie fatalité a fait irruption dans la vie de Johnny Bosman la saison dernière en lui enlevant un fils. Le drame absolu: le gosse qui joue en rue et qui est renversé par un autobus. Avant de lire la dernière interview de Johnny en page 62, regardez quelques instants ce dernier portrait de l'avant-centre. Lui qui a toujours été le premier à sourire et rire a désormais un autre regard. Il fait son deuil en devenant philosophe et en se posant pas mal de questions existentielles. Quant à savoir si son sport l'a aidé à affronter la situation, il dit que c'est mieux que rien. Mais il devra faire sans foot puisqu'il arrête sa belle carrière. On aurait voulu qu'elle se termine d'une autre façon, évidemment. PS qui n'a rien à voir: La saison continue de reprendre dans un climat qui n'a rien à voir avec de l'euphorie. L 'économie mondiale souffre toujours d'une stagnation et les Bourses font grise mine. Résultat: les clubs font des économies drastiques et engagent des petits salaires étrangers plutôt que des jeunes Belges. Philippe Lenglois et Manu Godfroid ont trouvé de l'embauche à Bucarest! En Roumanie! Le monde à l'envers si on avait évoqué cette possibilité il y a dix ans. La mondialisation des problèmes touche différemment les footballs riches ou pauvres. A l'Inter Milan, Ronaldo, Vieri et Recoba ont reversé une partie de leur salaire annuel pour aider le club. Le Real Madrid n'a fait aucune acquisition. Ce sont d'autres planètes. Mais en Autriche, le FC Tyrol a mis la clé sous le paillasson et de plus en plus de footballeurs allemands et anglais vont au chômage depuis que les droits de télés ne sont plus acquittés. On est loin de la fête du Mondial. John Baete,