Champion de la célébrité sur internet, Michel Daerden (57 ans, grand argentier de la Région wallonne et de la Communauté française, ministre wallon en charge de l'Equipement et du Patrimoine, etc.) est un buteur courtisé par les médias. Alertés par sa popularité, des journalistes du monde entier espèrent lui proposer des grappes de questions. Certains devront probablement attendre les prochaines vendanges car l'agenda de Papa est bourré.
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Champion de la célébrité sur internet, Michel Daerden (57 ans, grand argentier de la Région wallonne et de la Communauté française, ministre wallon en charge de l'Equipement et du Patrimoine, etc.) est un buteur courtisé par les médias. Alertés par sa popularité, des journalistes du monde entier espèrent lui proposer des grappes de questions. Certains devront probablement attendre les prochaines vendanges car l'agenda de Papa est bourré. " C'est inouï : nous avons notamment des demandes d'interviews d'Australie et du Canada ", affirme son attachée de presse. " Michel Daerden est un bourreau du travail. Il lui suffit de trois ou quatre heures de sommeil et c'est reparti. Je n'ai jamais connu cela. C'est épuisant mais intéressant ". Cet homme pressé mais timide, qui avoue avoir longtemps perdu une grande partie de ses moyens devant les caméras, aime autant le rouge que le blanc mais n'est pourtant pas né près de Château Sclessin. Il a vu le jour dans un autre terroir : Baudour. Y a-t-il eu erreur d'étiquetage ? " En fait, ma mère était originaire de ce coin du Borinage ", révèle Papa. " Elle a préféré me mettre au monde près de chez ses parents. Et après la naissance, ma maman et mon père sont revenus à Ans. Mais j'ai gardé des attaches familiales et amicales avec cette région. Je garde le souvenir de ses terrils, de ses corons, de la solidarité avec mon coin natal. J'ai d'ailleurs décroché deux licences à l'Université de Mons " Les supporters des Rouches sont nombreux dans le chef-lieu du Hainaut ou dans le Borinage. Mais ce n'est donc pas là que Michel Daerden a éprouvé ses premières émotions pour le ballon rond : " Comme tout le monde, j'ai joué au foot dans la cour de mon école et j'ai vite compris que ce ne serait pas du tout ma tasse de thé. Mais à Ans, il y avait des jeunes qui savaient y faire. Un rien plus âgé que moi, Léon Jeck était la grande promesse d'Ans. Il disposait du talent nécessaire pour s'imposer au Standard. La jeunesse d'Ans se retrouvait gentiment dans l'un ou l'autre café et la maman de Léon débarquait certains soirs afin de venir chercher le fiston qui devait se reposer et jouer le lendemain. Nous nous amusions à taper le carton durant des heures : whist, chasse c£ur, rami bridge, etc. Je me souviens aussi de mémorables parties de kicker. Dominique et Lucien D'Onofrio étaient tous les deux très doués. Ans brillait vraiment dans cette discipline. Ah, le kicker... " Ensuite, les adolescents d'Ans suivirent chacun leur chemin dans un pays liégeois déchiré par les conflits sociaux, la fermeture des charbonnages, les grandes grèves des années 60, la reconversion du bassin sidérurgique liégeois. " Durant mes études, je n'ai pas souvent eu l'occasion de me rendre au stade ", avance Michel Daerden. " Mais je me suis vite rendu compte que l'importance d'un grand club de football dépasse largement le terrain. La presse analyse des résultats, publie des reportages et c'est toute une région qui est concernée par le parcours de son équipe favorite. L'impact est sportif, sociologique, économique, etc. Des leaders syndicaux m'ont régulièrement dit : - Quand le Standard gagne le week-end, la production est plus élevée le lundi dans les usines. On s'identifie à son porte-drapeau. Et, toujours dans ce contexte économique, le Standard se redéfinit actuellement à l'image de tout son hinterland. C'est sur une source de motivation. Une métropole a besoin d'un club de football d'avant-plan. Je n'oublie pas non plus que ce sport a joué un rôle très important dans l'intégration des populations étrangères venues travailler chez nous. Je me suis évidemment intéressé aux grandes campagnes européennes du Standard. Je n'étais pas nécessairement au stade mais l'engouement était tel que je suivais tout cela via la presse ". Le temps n'a pas rouillé l'amitié qui unissait les amis d'Ans. Les Donofrio ont fait leur trou dans le football. Daerden, leur brillant équipier au kicker ou au whist, a collectionné les diplômes universitaires, est devenu réviseur d'entreprises, professeur, auteur de quelques livres aux accents économiques et politiques, conseiller communal, échevin puis bourgmestre d'Ans, député, sénateur, ministre fédéral ou régional, champion socialiste des voix de préférence au fil des élections. Les infrastructures sportives relèvent régulièrement de ses compétences. Au niveau fédéral, il intervient dans le financement des travaux de modernisation du stade Roi Baudouin avant l'Euro 2000. Michel Daerden trouvera aussi la formule adéquate afin de subventionner la construction du nouveau Sclessin. Ce ne fut pas toujours aisé car le Standard était déjà une société privée. " Ce ne sont jamais des dossiers faciles ", commente Michel Daerden. " A un moment, tout le monde désirait avoir de nouvelles installations dans chaque ville ou commune des quatre coins de la Wallonie, de Virton à Mouscron. Le motif était toujours le même : la sécurité. C'était impossible évidement et, à un moment, j'ai dit : -Pour satisfaire toutes les demandes, il faudrait peut-être construire un stade à roulettes. On le déplacerait à gauche et à droite au gré des matches. Cette boutade a eu son petit succès. J'ai également soutenu la construction du centre sportif de l'Union Belge à Tubize ". Fils de cheminot, le Boris Eltsine du monde politique belge a été entre autres ministre des Transports. Sur les rails de sa vie, il a retrouvé quelques TGV comme Eddy Merckx et Luciano D'Onofrio. " Mon grand-père s'intéressait beaucoup au cyclisme ", se souvient Daerden. " Mais il n'avait qu'une idole : Eddy Merckx. Durant les années 60 et 70, il y avait régulièrement des critériums sur la piste du stade de Rocourt. Mon grand-père m'y emmenait et il y régnait une ambiance assez extraordinaire. Je suis un grand admirateur du Cannibale que j'ai eu l'occasion de rencontrer et de bien connaître plus tard. Il a tout gagné, tout vécu et repart encore tous les matins avec le même désir d'avancer dans la vie. D'autres, fortune faite, se reposeraient sur leurs lauriers. C'est pour cela que cet homme charmant a été et est toujours un champion hors normes ". Ans a un peu repris le rôle du site sportif de Rocourt. Et ce n'est pas du cinéma. Au fil des années, l'arrivée de Liège-Bastogne, la plus ancienne des classiques du calendrier cycliste, a été déplacée vers le centre de la Cité ardente. Le regretté Arsène Van Haeren, du Pesant Club Liégeois, a pris un jour son bâton de pèlerin afin de planter le dernier kilomètre de la Doyenne ailleurs. Il s'est adressé au prédécesseur de Michel Daerden au poste de bourgmestre d'Ans. " A Ans, Liège-Bastogne-Liège trouva une dernière côte spectaculaire où les meilleurs peuvent forger une différence gagnante ", souligne Daerden. " Chez nous, il y a moins de problèmes de circulation que dans le centre de Liège. La course est organisée par la Société du Tour de France où j'ai fait la connaissance d'un homme formidable : Jean-Marie Leblanc. Le sport est synonyme de dynamisme. Plus tard, les dirigeants du FC Liégeois se sont adressés à nous afin de s'installer dans un stade moderne. Liège a beaucoup voyagé au fil de ses problèmes, de ses fusions, de ses reprises, etc. J'ai rencontré quelques fois son président, Jules Dethier. Nous avons trouvé un site, en dehors du centre afin d'éviter les embarras automobiles. Les plans sont prêts, les dossiers de demandes de subsides ont été introduits : j'espère que tout sera en ordre en 2008 ". Même s'il avoue ne jamais pratiquer de sport, le Roi d'Ans en cerne bien toutes les importances et précise : " Je favorise la philosophie du sport pour tous ". Quand il arrive sur les rives de la Meuse avec le sourire d'un empereur romain, heureux, goûtant les frites des supporters, s'adressant en néerlandais aux fans rouches du nord du pays, on peut penser que son c£ur bat plus fort là-bas qu'ailleurs. Il rétorque tout de suite : " Il faut nuancer : j'aime bien venir à Sclessin. Je m'y sens bien mais je ne suis pas supporter du Standard en particulier. Il y en a d'autres qui connaissent mieux le football que moi et peuvent porter cette étiquette de supporters. Je suis au service de tous... " Oui, mais quand Papa embrasse Michel Preud'homme et Sergio Conceiçao, ne peut-on pas penser le contraire ? " Non ", réplique Daerden. " Je connais le coach du Standard depuis des années. Quant à Sergio c'est un artiste. Je l'aime bien. Moi, je ne suis pas du tout un artiste ". Mais n'est-il pas un peu le Serge Gainsbourg de la scène politique belge ? " J'ai dit un jour que j'avais rêvé de devenir chanteur ", précise-t-il. " C'était une blague, rien qu'une blague. Tout le monde aime bien chanter mais cela s'arrête là. Les artistes sont à Sclessin, un endroit merveilleux ". Un stade de football n'est-il pas comparable à un parlement avec les élus sur la pelouse, les électeurs sur les gradins ? " Non, je ne crois pas ", intervient Daerden. " Mais un stade est un forum, une agora où toutes les couches de la société se rencontrent. On voit tout le monde à Sclessin ". Il y a 30 ans, Michel Daerden, Luciano et Dominique D'Onoforio avaient peut-être écrit des paroles semblables à celles d'un tube de Patrick Bruel : " On s'était dit rendez-vous dans 10 ans. / Même jour, même heure, mêmes pommes. / On verra quand on aura 30 ans. / Sur les marches de la place des grands hommes ". Avec quelles impressions Michel Daerden a-t-il retrouvé après des lustres ses amis de kicker à Ans ? Luciano D'Onofrio était devenu un agent de joueurs en vue, le patron sportif du grand Porto, le nouveau maître du Standard. " Nous sommes unis par cette vieille amitié ansoise ", rappelle-t-il. " Il y a eu de belles réussites pour des jeunes partis de loin, de rien. Lucien est un génie. Ce n'est pas moi qui avance cela mais tous ceux qui le connaissent bien dans le milieu du football. Et pourtant il ne doit pas être facile de diriger un club de football. Il faut unir toute ces vedettes dans le même moule : quelle affaire parfois... " Oufti ! ce n'est pas à Dominique D'Onofrio qu'on doit le dire. Daerden a apprécié ses présences sur le podium de la D1 ces trois dernières années : " Ce n'est pas facile car le Standard est loin d'avoir le plus gros budget de Belgique. A l'échelle européenne, les écarts avec les grands clubs riches sont encore plus importants. Le Standard a une dimension liégeoise, régionale, wallonne et nationale. A mon avis, ce club doit être présent chaque année sur la scène européenne. C'est son destin. A force d'être actif à ce niveau, d'y rester le plus longtemps possible, il est parfois possible d'aller jusqu'au bout ". Comme en 1982 quand les Rouches se mesurèrent au Barça en finale de la Coupe des Coupes (2-1 au Camp Nou) et que Michel Daerden marqua son premier but politique en devenant conseiller communal d'Ans. Tant qu'on a la santé... PIERRE BILIC