Les exploits de la star brésilienne Marta et la qualité technique des matches de la dernière Coupe du Monde féminine ont marqué les esprits. Il y avait un monde fou dans tous les stades allemands. Ce n'est pas encore le cas en Belgique mais les temps changent petit à petit. Ainsi les médias étaient bien représentés mardi passé pour la première manche des 16es de finale de la " Women Champion's League ", Standard-Brondby (0-2). Des caméras d'une télé régionale, RTC, et celle de Standard TV ont fixé l'événement pour la postérité. Ces télés font-elles £uvre de pionnières avant que d'autres chaînes, plus importantes, prennent le relais ?
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Les exploits de la star brésilienne Marta et la qualité technique des matches de la dernière Coupe du Monde féminine ont marqué les esprits. Il y avait un monde fou dans tous les stades allemands. Ce n'est pas encore le cas en Belgique mais les temps changent petit à petit. Ainsi les médias étaient bien représentés mardi passé pour la première manche des 16es de finale de la " Women Champion's League ", Standard-Brondby (0-2). Des caméras d'une télé régionale, RTC, et celle de Standard TV ont fixé l'événement pour la postérité. Ces télés font-elles £uvre de pionnières avant que d'autres chaînes, plus importantes, prennent le relais ? Jonathan Christodouléas, le jeune et dynamique attaché de presse du Standard Fémina, en est totalement persuadé : " Cela prendra du temps mais les perspectives existent et l'enthousiasme des filles tranche tellement par rapport à certaines attitudes blasées du côté des hommes. Les femmes ne songent jamais à l'argent, par exemple, et n'ont qu'une obsession : jouer. Même blessées, elles veulent rester sur la pelouse. Quand elles ne jouent pas ou sont remplacées, elles posent des questions, se fâchent, exigent des réponses. " Animateur d'un site internet dédié au football féminin ( vrouwenteam.be édité en néerlandais, visité quotidiennement par 2.000 internautes), Maryan Mahieu est formel : " Pour apprécier et comprendre le football féminin, il ne faut surtout pas le comparer au football masculin comme trop de journalistes le font. Ce n'est pas un autre sport, c'est tout simplement différent dans l'engagement, la vitesse d'exécution ou le trafic aérien. En tennis, Justine Henin n'a jamais servi comme Roger Federer mais les femmes sont populaires et leurs tournois sont très suivis. Elles misent plus sur la finesse que sur la puissance et cela plaît au public. Ce phénomène est désormais perceptible en football féminin. D'autre part, je constate aussi que les " footballeuses " ont changé physiquement : elles sont mieux préparées et affûtées. Je vois désormais des athlètes sur les terrains. Les clubs belges sont amateurs. Il faudra passer un jour à la vitesse supérieure pour réduire le gouffre qui nous sépare des clubs féminins professionnels comme c'est le cas dans le nord de l'Europe. " Lyon est le détenteur actuel de la " Women Champion's League " et Jean-Michel Aulas entend offrir de plus en plus de moyens à son équipe féminine. L'OL a engagé des stars internationales et elles touchent des salaires tournant autour des 15.000 euros par mois. Rien de tout cela en Belgique où les tops-joueuses devraient se contenter tout au plus de 10.000 euros par an. Dans le bas du classement, les filles perçoivent entre 20 et 50 euros par rencontre. Le Standard est le seul club wallon de D1. Son palmarès en fait le porte-drapeau du football féminin belge. Pourtant cette institution qu'est le Standard Fémina a vacillé sur ses bases. Sans l'incessante activité de Fery Ferraguzzi, il n'y aurait probablement plus de football féminin au Standard. Elle court partout, exige des progrès, contrôle la vente des billets, remplace une kiné s'il le faut, et a même dépanné la saison passée au poste de gardien de but. Cette pile électrique était une star du football européen. Elle avait déjà un magnifique palmarès italien et international en 1980. Elle faisait alors la pluie et le beau temps à la Lazio. Ferraguzzi fut une des vedettes du Tournoi de Menton où elle rencontra les dirigeants du Standard Féminin. Le courant passa bien et elle accepta une invitation à venir à Liège : plus de 30 ans plus tard, elle est toujours là et s'exprime désormais avec une délicieuse pointe d'accent au sirop de Liège. " J'ai découvert une autre planète ", dit-elle. " Tout était à faire ici. A tous les niveaux : terrains, entraînements, etc. Je me suis lancée dans cette aventure parce que j'ai été touchée par la gentillesse des gens. " Joueuse du Fémina, Ferraguzzi a décroché 10 titres et 5 Coupes de Belgique. Elle est passée de l'autre côté de la barrière et est devenue directrice technique avec un énorme enthousiasme. En 2008, le Fémina est à la croisée des chemins. La balance des finances penche du mauvais côté. Il faut réagir sous peine de disparaître. Ferraguzzi prend son courage à deux mains et contacte le top du Standard, le Fémina a besoin d'aide. Pierre François et Lucien D'Onofrio lui réservent toute leur attention. Ferraguzzi sait que la roue de l'histoire a tourné au Standard mais elle tient à préciser : " Lucien nous a sauvées ; il n'est plus là mais il est juste de dire que le Fémina n'existerait plus sans lui. Nous avons pu nous entraîner à l'Académie et quand une nouvelle venue découvre cet endroit, elle est aux anges. " Le Fémina n'aura jamais le budget de Lyon (4 millions d'euros ; entre 150 et 200.000 euros pour le top belge) mais nourrit des idées et des projets. Le Foot Etudes de l'IPES de Seraing en est un. Avec la compréhension de Julia Duchêne, Inspectrice de l'Enseignement provincial, des filles nées entre 1996 et 1998 y sont internes et y bénéficient de facilités d'horaires pour marier études et entraînements. " Il ne faut pas le cacher : les choses bougent en Wallonie mais le retard par rapport à la Flandre où il y a des foot-études à Genk, Gand, Bruges ou Louvain reste grand ", estime Ferraguzzi. " C'est dur mais on ne peut surtout pas se décourager. Le football féminin belge a de l'avenir si on bosse. " Au Standard, les filles sont assidues aux entraînements : ailleurs, ce n'est pas nécessairement le cas dans les petits clubs où les coaches doivent parfois se débrouiller avec sept ou huit joueuses, les autres étant retenues par leur métier, leur famille, etc.. Impossible de progresser si la D1 féminine n'opte pas pour le semi-professionnalisme et Ferraguzzi ajoute : " Il faut y croire même s'il reste du chemin à parcourir. " Elle regrette que le Standard Fémina soit le seul club francophone de D1. Maud Coutereels est un des pions les plus importants de son équipe. Elle boucle la défense avec autorité. Internationale, ce professeur d'éducation physique jongle avec les horaires et jours de congé pour vivre sa passion. Avant le match de la " Women Champion's League " contre Brondby, elle a pris part à deux matches de l'équipe nationale contre l'Islande et la Hongrie. Inutile de dire que ce ne fut pas de tout repos alors que l'heure du rendez-vous avec Brondby approchait à grands pas. A trois jours de ce choc, les Liégeoises atomisèrent le Fémina White Star Woluwé (6-1) avant de partir au vert. " Je suis arrivé au Standard Fémina en 2003, en provenance de l'Etoile Rouge de Belgrade, près de Namur. ", raconte Coutereels. " Quand on voit la réussite internationale de Femke Maes (ex-Willem II Tilburg, Djurgarden, Duisbourg avec qui elle remporta la Coupe d'Europe de l'UEFA en 2009 et disputa la demi-finale de la Ligue des champions, 11 titres nationaux), je constate qu'il y a du talent chez nous. Le football féminin est en pleine évolution et notre D1 subira une intéressante cure d'amaigrissement. L'écart est trop grand entre le top et le bas du panier : quand il suffit de paraître pour gagner, on ne progresse pas. " Maes avait été très directe quand elle déclara à la presse en mettant un terme à sa brillante carrière : " Le retard de la Belgique est énorme par rapport à d'autres pays. Je songe au manque de professionnalisme, de structures et même, notamment, de respect envers l'équipe nationale féminine. Tout cela me gênait beaucoup à chacun de mes retours en Belgique. L'Union Belge ne s'intéresse pas à nous et nous laisse jouer dans des villages où personne ne vient regarder le football. De telles choses m'énervent et cette situation a hypothéqué ma motivation. "L'UEFA subventionne le football féminin. " J'ose espérer que ces subsides sont bien entièrement ristournés à ce sport ", signifie Mahieu (vrouwenteam.be). " Il faut tout moderniser. Moi, je ne crois pas à un championat belgo-néerlandais. Des huiles, dont le président fédéral, François De Keersmaecker, ont signé un projet d'intention. Il faut savoir que le football féminin hollandais vit une terrible crise depuis le départ de Vera Pauw qui a coaché l'équipe nationale de ce pays avec succès. J'espère me tromper mais l'idée d'un championnat commun ne se réalisera pas de si tôt. " Le Standard y est pourtant favorable et, en attendant, croise les doigts pour que la modernisation du championnat féminin soit une réussite. La WEL, Women Elite League, comptera 8 équipes en 2012-13, au lieu de 14 pour le moment, et le niveau sera forcément plus élevé. Le championnat se terminera par des play-offs (qualification des quatre premières équipes après la phase classique) et play-downs (quatre dernières). Les huit premiers de la saison 2011-2012 seront qualifiés pour la WEL. Pour l'intégrer, les clubs devront disposer d'une licence. Le règlement prévoit que les clubs féminins soient amarrés à un club masculin de foot rémunéré (D1 ou D2). Aline Zeler, une des meilleures joueuses belges, partage le point de vue de Coutereels. Elle a joué jusqu'à 14 ans avec les garçons à Bercheux, près de Bastogne, avant de se retrouver à Tenneville Sports. Son palmarès vaut le coup d'£il : championne en 2010 avec Saint-Trond puis avec le Standard Fémina un an plus tard. Elle a gagné la Coupe de Belgique et a été couronnée meilleure buteuse de D1 en 2009-10 (35 goals) et en 2010-11 avec 32 réalisations. Fait remarquable : en 2010, elle avait déjà signé au Standard quand son club, Saint-Trond, disputa un test match décisif pour le titre contre les Rouchettes. Zeler frappa un grand coup en marquant trois buts. L'attaquante privait ainsi son prochain club du titre et d'une participation à la Ligue des Champions. Aline Zeler est un peu la... Uwe Seeler (un des plus grands buteurs de l'histoire du football masculin allemand) de la D1 belge. Très volontaire, Zeler suit le football masculin et est une des admiratrices de Michael Ballack : " Je ne jure que par le jeu offensif et Ballack n'était pas du style à ralentir le jeu. Moi aussi, je cherche à porter le plus souvent possible le ballon dans le camp adverse. Avoir joué avec les garçons a constitué un avantage pour moi car il faut réagir plus vite et se faire respecter. Les générations suivantes connaîtront certainement la professionnalisation. C'est indispensable si on veut compter au niveau international. Brondby nous a battues 0-2 mais ce score ne reflète pas la physionomie de la rencontre, surtout pas de la deuxième mi-temps. La différence s'est exprimée dans la maturité des Danoises, leurs automatismes et même leurs atouts athlétiques. Comment acquérir cette maîtrise ? C'est simple : elles s'entraînent tous les jours. Comme d'autres, je n'habite pas à Liège. Je me suis fixée à Bruxelles et cela m'impose évidemment de longs déplacements. Les professionnelles peuvent se consacrer entièrement à leur job. " La serial-buteuse du Standard Fémina connaît son sujet sur le bout des doigts. Le Standard Fémina a fait le choix de la jeunesse comme le rappelle souvent Ingrid Van Herle, le T2 d' Henri Depireux. Le cap est pris et ce n'est pas pour déplaire au King, un de quatre coaches masculins en vue du football féminin avec Georges Heylens (Fémina White Star Woluwé), Guy Kiala (Zulte Waregem) et Yves Serneels, entraîneur de l'équipe nationale. Les jeunes joueuses n'avaient jamais entendu parler de l'ex-enfant terrible du football liégeois. Elles se sont probablement renseignées auprès de leurs parents. Le King coache le Fémina comme une équipe d'hommes. Et ce regard est intéressant comme le souligne Ferraguzzi : " Il a forcement une analyse différente et des angles de vue typiquement masculins. A Twente, en BeNe SuperCup, il n'a pas hésité à bouleverser le schéma tactique et cela a surpris le champion de Hollande. " Fair-play, Depireux tient à féliciter son prédécesseur (" Mohamed Ayed a fait du très bon travail ") avant d'ajouter : " Les Hollandaises s'y croyaient déjà, nous ont pris de haut mais, à 1-4, la fête était liégeoise. A malin, malin et demi. " Henri demandait s'il n'allait pas tenter sa chance à l'étranger quand Lucien D'Onofrio l'engagea pour des missions de scouting et le coaching du Fémina. " Je ne m'y attendais pas du tout ", dit-il. " C'est un autre monde car les dames exigent plus d'explications. Je veux apporter ma pierre à l'édifice et j'ai été étonné par le sérieux d'un club qui sait où il veut aller. A ce niveau, quand on n'avance pas, on recule. Je suis absolument admiratif devant la force de travail de Fery : elle incarne le Standard Fémina. " Le King a retrouvé l'ambiance européenne contre Brondby : " Les Danoises sont plus loin que nous. Elles ont tout compris de nos idées et aucune variation de notre plan ne les a surprises. Cela signifie que nous devons remettre l'ouvrage sur le métier pour hausser notre niveau de jeu. Au match aller, j'étais privé de Julie Biesmans et de Riete Loos et cela a limité ma marge de manoeuvre. De plus, nous avons encaissé un premier but gag... " L'arbitrage fut excellent, ce qui change par rapport à ce qu'on voit en D1 et cela énerve le King : " Là, il y a un énorme problème, c'est la plaie du foot féminin. La conduite des matches est régulièrement confiée à des hommes originaires du coin des clubs que nous visitons. Et vous devinez ce que cela donne : c'est insupportable... " Il y avait 2400 spectateurs à Sclessin pour le match de " Women Champion's League " et même si les entrées étaient gratuites, cela a fait plaisir à Zeler qui est sous le charme de la Ligue des Champions : " Nous jouons souvent devant... 50 spectateurs. Là, il y a eu du monde et c'est peut-être le début d'une ère nouvelle. " Le lendemain, elle reprenait le chemin de son travail dans l'enseignement, d'autres étudient, Imke Courtois est mannequin, Anne Radermacher, la préparatrice physique est médecin. " La presse sportive semble s'intéresser de plus près au sport féminin ", dit Depireux. " C'est bien. " On notera que le football féminin est plus suivi en Flandre même si le Standard Fémina est de loin le meilleur club belge. PAR PIERRE BILIC - PHOTOS : REPORTERS/ GOUVERNEUR Aline Zeler admire Michael Ballack " Pour apprécier le football féminin, il ne faut pas le comparer au foot masculin "" Ferraguzzi incarne le Standard Fémina "