En livrant ses considérations juridiques à propos du choc Mavinga/ Carcela (*), Luc Misson déclarait vouloir soulever un problème général, alors soulevons ! Je sais, notre avocat est abonné au Standard, et c'eût été plus neutre qu'il nous stimule le ciboulot après un accident défavorable à d'autres que les Rouches... ce ne sont pourtant pas les agressions qui manquent ! Tandis qu'ici, ça fiche un peu la gêne, comme si le gars incitait son club (jusqu'ici stoïque) à protester juridiquement, avec une réelle chance d'obtenir réparation. Mais bon. Passons, c'est dit.
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En livrant ses considérations juridiques à propos du choc Mavinga/ Carcela (*), Luc Misson déclarait vouloir soulever un problème général, alors soulevons ! Je sais, notre avocat est abonné au Standard, et c'eût été plus neutre qu'il nous stimule le ciboulot après un accident défavorable à d'autres que les Rouches... ce ne sont pourtant pas les agressions qui manquent ! Tandis qu'ici, ça fiche un peu la gêne, comme si le gars incitait son club (jusqu'ici stoïque) à protester juridiquement, avec une réelle chance d'obtenir réparation. Mais bon. Passons, c'est dit. Première assertion missonienne : suite à la sortie de Mehdi Carcela et au repositionnement dès lors nécessaire (?) d' Axel Witsel, le Standard a subi ce que le droit nomme une perte de chance, un préjudice pouvant valoir réparation en justice civile. Oufti ! Et si Aloïs Nong, alors entré au jeu, avait pété un but victorieux, ce serait Genk qui pourrait sanctionner pour faute professionnelle son employé Chris Mavinga, coupable d'avoir diminué les chances de son équipe en éliminant Carcela ? ! Non, là, faut pas charrier : si chaque mec sortant blessé suite à la faute d'un opposant permet à son club de porter plainte pour perte de chance, les matches de foot déborderont demain de vils simulateurs, évacués sur civière une fois leur équipe menée au score... Deuxième assertion : cette perte de chance est renforcée par la non-exclusion de Mavinga, erreur d'arbitrage empêchant les Rouches de poursuivre à onze contre dix, et autorisant à traîner en justice une URBSFA civilement responsable ! Voyons voir si, au sein de notre joli sport où l'interprétation des Lois permet fréquemment de noyer le poisson, il y eut ici erreur d'arbitrage objective. La réponse est oui. La Loi 12 accorde un coup franc direct en cas de coup de pied donné à l'adversaire... et chacun admettra que Carcela s'est chopé une savate d'anthologie ! Si le coup de pied est imprudent (texto), le coup franc se suffit à lui-même. S'il est téméraire (c'est-à-dire décoché sans tenir compte du caractère dangereux ou des conséquences de son acte), le coup franc est agrémenté d'un carton jaune. Et si le coup est donné avec excès d'engagement (c'est-à-dire avec usage excessif de force au risque de blesser l'adversaire), le carton sera rouge. Or ici, en considérant le faciès pas jojo de Carcela inanimé, l'arbitre devait au minimum conclure à la blessure effective plutôt qu'au risque de blessure, et à un usage de force plus excessif que cool Raoul... Troisième assertion : Frank De Bleeckere ne connaîtrait donc pas son règlement ! Concernant un arbitre du top mondial, c'est fortiche de l'avancer, mais c'est exact en l'occurrence. Notre sifflet n°1 a justifié son carton jaune en déclarant que la faute n'était pas intentionnelle. Et c'est vrai que Mavinga n'a pas eu l'intention de décapiter Carcela. Mais, écrit Misson, cette justification n'a pas de base réglementaire. Pour être précis, disons que cette base réglementaire a disparu des Lois du Jeu en 1995 : le Board enjoint alors d'accorder coup franc direct pour une faute, non plus intentionnelle, mais commise (cf. ci-dessus) par imprudence, témérité ou excès d'engagement ! Et tout le monde s'en fout depuis plus de quinze ans ! Car - et sans inclure ici le hands - des protagonistes aux commentateurs en passant par les spécialistes de l'arbitrage, que de fois n'explique-t-on pas un non-sifflet ou un non-carton, que de fois ne critique-t-on pas sifflet ou carton, en énonçant doctement que le geste n'était pas intentionnel ? ! Misson rappelle en outre qu'un joueur blessé (parfois gravement) peut poursuivre en justice celui qui l'a blessé fût-ce involontairement, lui réclamer des dommages... voire l'envoyer en tôle : d'où la nécessité d'assurances fédérales performantes. Mais le mérite de sa note est surtout d'avoir mis en évidence que, durant un match, un geste totalement involontaire peut néanmoins être fautif jusqu'à nécessiter l'exclusion. D'où sa demande d'un durcissement des sanctions sportives vis-à-vis des gestes involontairement dangereux : ce faisant, Luc Misson ne fait que plaider pour un règlement de foot clairement moins permissif quant aux contacts. Moi, ça me va. (*)http://sportmagazine.rnews.be/fr/sport/actualite/retour-juridique-sur-le-match-genk- PAR BERNARD JEUNEJEANAffaire Carcela : De Bleeckere ne connaîtrait pas son règlement ? C'est exact en l'occurrence.