Le mois dernier, quand les joueurs de Bahia sont montés sur le terrain, pour affronter Ceara, on a tout de suite remarqué leurs maillots. Les vareuses à lignes bleues, rouges et blanches étaient parsemées de taches noires, comme si on avait laissé un pot de peinture noire sur les équipements. Mais ce n'était pas un accident : Bahia posait un geste. Car depuis des mois, des centaines de milliers de litres de pétrole souillaient les plages du nord-est du Brésil sans qu'on sache d'où ...

Le mois dernier, quand les joueurs de Bahia sont montés sur le terrain, pour affronter Ceara, on a tout de suite remarqué leurs maillots. Les vareuses à lignes bleues, rouges et blanches étaient parsemées de taches noires, comme si on avait laissé un pot de peinture noire sur les équipements. Mais ce n'était pas un accident : Bahia posait un geste. Car depuis des mois, des centaines de milliers de litres de pétrole souillaient les plages du nord-est du Brésil sans qu'on sache d'où venait cette pollution. Les autorités faisaient comme si de rien n'était. Guilherme Bellintani, le président de Bahia, a jugé ça inacceptable et est donc passé à l'action. Ça n'a pas surpris les amateurs de footballeurs brésiliens car le club s'est forgé une certaine réputation ces deux dernières années. Bahia est considéré comme le club de football le plus démocratique et progressiste du pays. Il a déjà lancé des campagnes contre le racisme, pour les droits des homosexuels, en faveur des populations autochtones et sur le traitement des supportrices dans le stade. Le club a également diminué le prix de ses billets tout en augmentant ses rentrées et en remboursant ses dettes. Les résultats sportifs s'améliorent aussi. Bahia, champion du Brésil en 1959 et en 1988, reste sur une période agitée. Il a touché le fond en 2006 et 2007, des années passées en D3. " C'était la conséquences de la mauvaise gestion et des dettes ", explique Bellintani au Guardian. Depuis qu'un mouvement de supporters a repris le club en 2013, il va beaucoup mieux. Bellintani est déjà le troisième président de cette nouvelle ère. Sa gestion s'appuie sur trois piliers : garder le club en bonne santé, obtenir du succès sur le terrain et lancer des affirmatives actions, comme les taches de pétrole sur les maillots. Le club a même créé une cellule de réflexion spéciale pour ces actions. Nelson Barros Neto, le responsable de la communication de Bahia, a formé un groupe WhatsApp de 45 supporters : " anthropologues, sociologues, enseignants, avocats, femmes, hommes, noirs, représentants des indigènes, un sourd, un aveugle, un handicapé... " Ils décident des thèmes que le club va aborder. Par exemple, le jour de la fête des mères, les joueurs sont montés sur le terrain avec des posters d'enfants portés disparus en lançant un appel aux témoins potentiels. " Nous avons pu déterminer où se trouvait un enfant ", déclare Barros Neto. " C'est inestimable. "