Pour savoir pourquoi, il faut remonter à la fin des années '60 en Irlande du Nord. Derry est situé à la frontière avec l'Irlande. Le stade de Derry City, Brandywell, est dans l'enclave catholique de la ville. Au plus fort de la guerre entre protestants et catholiques, à la fin des années '60, les catholiques ont protesté avec une virulence accrue contre ce qu'ils considéraient comme une discrimination sur le marché du travail et de l'immobilier.
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Pour savoir pourquoi, il faut remonter à la fin des années '60 en Irlande du Nord. Derry est situé à la frontière avec l'Irlande. Le stade de Derry City, Brandywell, est dans l'enclave catholique de la ville. Au plus fort de la guerre entre protestants et catholiques, à la fin des années '60, les catholiques ont protesté avec une virulence accrue contre ce qu'ils considéraient comme une discrimination sur le marché du travail et de l'immobilier. Le football n'a pas échappé au conflit. Les matches ont dégénéré en bagarres, surtout quand les adversaires venaient de Linfield, longtemps le club le plus riche d'Irlande du Nord, de Glentoran ou de Portadown. En 1969, le match contre Linfield a dérapé et en 1971, un car de Ballymena a été incendié. Pas par des supporters, car c'est même arrivé assez loin du stade, mais l'incident a suffi : les clubs de l'élite ont refusé de jouer à Brandywell. Derry City a été contraint de disputer ses matches à Coleraine, une localité protestante à 40 kilomètres de là mais les supporters n'ont rien voulu entendre : ce serait Brandywell ou rien. En 1973, le club a tenté de revenir dans son stade mais les autres ont repoussé la motion. De facto, ils signaient la fin - provisoire - de City, qui s'est replié sur une équipe de jeunes. Durant treize saisons, Brandywell a tenté de se faire accepter. Année après année, sa motion a été refusée. En 1985, les Nord-Irlandais ont donc demandé à rallier le championnat irlandais, ce qui a été accepté immédiatement. Pendant des années, donc, équipe et supporters ont subi les files et les interminables contrôles à la frontière. Les fans étaient fous de joie quand ils ont été supprimés sur papier, en 1998, grâce aux accords, puis de facto en 2005. La frontière ne se distingue plus que par la couleur de l'asphalte. On peut la franchir en toute liberté. C'est pratique lors des matches en déplacement mais aussi pour les matches à domicile et les entraînements, car beaucoup de footballeurs de City résident en Irlande. En cas de Brexit dur, ces contrôles pourraient être rétablis, a appris l'envoyé spécial de France Football durant sa visite à la ville. Il ne faut pas s'étonner que les habitants de Derry se soient prononcés pour le remain à 78%. C'est que personne ne sait ce qu'implique un accord sur le Brexit en matière de transferts, de voyages, de paperasserie etc... Le bourgmestre de Derry, John Boyle, est toutefois raisonnablement optimiste : " J'espère que ça n'aura pas d'impact sur l'équipe. "