En octobre dernier, Canelas 2010, une équipe de football amateur portugaise, a entamé une série remarquable de dix succès d'affilée sans encaisser le moindre but. Du coup, le club a même tenu la montée en division trois dans sa mire. Un phénomène qui, dans des conditions normales, attirerait une foule de scouts. Il n'y en a pas eu, pour une simple raison : il n'y avait rien à voir.
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En octobre dernier, Canelas 2010, une équipe de football amateur portugaise, a entamé une série remarquable de dix succès d'affilée sans encaisser le moindre but. Du coup, le club a même tenu la montée en division trois dans sa mire. Un phénomène qui, dans des conditions normales, attirerait une foule de scouts. Il n'y en a pas eu, pour une simple raison : il n'y avait rien à voir. Les dix matches remportés sur le score de 3-0 ne se sont jamais déroulés, aucune équipe de la série ne voulant encore affronter Canelas 2010, jugeant ses joueurs trop brutaux, trop violents. En octobre, donc, les présidents des autres clubs se sont rencontrés clandestinement. Ils sont tombés d'accord, à la quasi-unanimité, pour refuser de jouer contre Canelas, malgré l'amende de 750 euros et du revers par 3-0 qui sanctionnent pareil refus. Manuel Gomes, le président de Grijo, un de ces clubs, a déclaré : " Il y a menace, intimidation et les arbitres n'ont pas le courage d'écrire ce qui s'est réellement passé dans leurs rapports. Ces problèmes sont très graves et durent depuis plusieurs années. Nous avons donc décidé de passer à l'action. " Tapez Canela sur YouTube et vous comprendrez immédiatement ce que veut dire Gomes. Ceci dit, Canelas 2010 n'est pas n'importe quelle équipe, a appris le New York Times. Fernando Madureira, son capitaine, est également le leader des Super Dragons, les ultras les plus puissants et les plus redoutés du FC Porto. La majorité de ses coéquipiers occupe d'ailleurs des postes élevés dans les rangs des Ultras. Quand ils signalent à un adversaire ou à un arbitre qu'ils " savent où vit sa famille ", ce n'est donc pas une menace en l'air. Le New York Times a rencontré Madureira à Porto. Le leader des Super Dragons se défend : " Il y a des good guys et des bad guys chez les ultras. Des trafiquants de drogue, des criminels mais aussi de braves gens. En fait, les Super Dragons sont le reflet de la société. " Il estime aussi impensable de ne plus pouvoir jouer, à cause du boycott de ses adversaires. " Si on ne permettait pas à un Africain, un Tzigane ou un Chinois de jouer, ce serait de la discrimination. Pourquoi peut-on interdire aux Ultras de jouer ? " Peut-être à cause de la violence sur le terrain, avance prudemment le reporter américain. " Les vidéos de YouTube datent déjà de deux ans et sont issues d'un seul match. La presse ne s'y intéresse que parce que je joue pour Canelas. " Steve Van Herpe