Il y a un an, Marc Brys fêtait son plus grand succès, en remportant la Coupe de Belgique avec le Germinal Beerschot. Il était limogé quelques mois plus tard parce que le président Jos Verhaegen lui proposait le poste de directeur technique. Brys refusait, préférant tenter de sauver Deinze, en péril en D2. En vain. Deinze terminait lanterne rouge.
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Il y a un an, Marc Brys fêtait son plus grand succès, en remportant la Coupe de Belgique avec le Germinal Beerschot. Il était limogé quelques mois plus tard parce que le président Jos Verhaegen lui proposait le poste de directeur technique. Brys refusait, préférant tenter de sauver Deinze, en péril en D2. En vain. Deinze terminait lanterne rouge. Au Nouvel An déjà, on évoquait un retour possible de Brys comme coach. C'est fait, avec un directeur technique appelé Aimé Anthuenis. Mais comme les deux dernières années, la préparation est chahutée. Alors qu'une cargaison d'Argentins débarque au Kiel, plusieurs piliers le quittent. Marc Brys : Le noyau avec lequel je travaille ne me paraît pas encore complet. Notamment en attaque. Pour jouer avec deux attaquants, il en faut trois. Et je n'ai que Jurgen Cavens et François Sterchele. L'efficacité devant le but détermine la valeur de l'équipe mais quand un club français de D1 se manifeste, que faire ? Je suis content d'avoir Sterchele, que nous suivons depuis deux ans. Il a des atouts : il est jeune, Belge, ambitieux surtout, il a encore une large marge de progression. La différence par rapport avec la saison précédente réside dans la qualité. Nous avions embauché en nombre, cette fois, nous avons investi en qualité. J'ai eu des entretiens individuels avec les nouveaux Argentins, avec l'aide d'un interprète. Ils ont l'air plus motivés et déterminés que les Brésiliens que nous avons enrôlés il y a deux ans. J'avais donné un signal : il faut aider de son mieux les nouveaux à s'intégrer. Former un groupe pendant les heures d'entraînement ne suffit pas. L'initiative doit venir des deux côtés. La plupart des Brésiliens n'avaient pas assez de qualités et n'apportaient pas de plus. Les nouveaux actuels ont bien plus de talent, ce qui facilite déjà leur intégration. Je vais encore demander aux autres d'aller vers eux. Pourquoi exiger une intégration des seuls arrivants sans que le noyau fasse preuve d'ouverture à l'égard des nouveaux ? S'il n'est pas prêt à faire cette démarche, nous sommes mal barrés. La perte de Hoefkens a été plus lourde qu'on ne l'a pensé. Nous nous sommes retrouvés sans leader. Wim a assuré la relève petit à petit. D'autres vont devoir reprendre le flambeau. Jonas De Roeck sait parler et s'est bien intégré. J'attends aussi de Daniel Cruz qu'il devienne le leader du Germinal Beerschot. Je cherchais quelque chose en-dehors d'Anvers, pour fuir cet environnement et cette culture que je connaissais trop bien. Après mon renvoi, j'ai eu des touches avec des clubs de D1 et de D2 mais toujours de cette région que je connais comme ma poche. La proposition de Deinze m'a plu. Il était en bas de classement. Et puis, il est à proximité d'autres clubs : Gand, Lokeren, Zulte Waregem, Bruges. Ils m'auraient découvert et reconnu si j'avais réussi quelque chose de spectaculaire sous leur nez. Non. Ce fut une leçon de modestie. J'ai appris qu'un entraîneur n'a pas toutes les cartes en mains. Je reste content d'avoir fait cette expérience. J'ai appris davantage que si j'étais resté cinq mois à la maison ou sur ma terrasse. Mais je n'ai pas réussi à sortir l'équipe de sa spirale négative et à muer mes efforts en résultats. Le ballon n'a pas roulé pour nous à des moments décisifs ou sur des phases qui nous auraient donné un coup de fouet. Le premier match, nous avons fait un nul contre Dessel. Le deuxième, à l'Antwerp, a été bon mais nous n'avons pas marqué et en deuxième mi-temps, un éclair de Dong nous a été fatal. Une semaine plus tard, nous prenons la mesure de Courtrai, nous rendons au FC Malines où nous menons 0-1. Je nous crois lancés. En deuxième mi-temps, plusieurs erreurs individuelles nous valent des buts et nous revoilà au fond du trou. Nous n'avons jamais été balayés. Je comprends que ces gens, qui avaient embauché un coach de D1, aient été déçus, mais je ne suis pas le seul responsable. Ils doivent tirer une leçon de l'affaire : laisser partir chaque année ses meilleurs joueurs et se sauver in extremis chaque fois ne mène à rien, surtout quand le sauvetage est dû à des affaires extra sportives qui touchent des concurrents. Ce n'est pas un hasard si j'ai été le troisième entraîneur de Deinze en l'espace d'une saison. Si j'avais su que c'était une cause sans espoir, je n'aurais pas accepté. Je pensais que nous nous maintiendrions mais j'admets que je ne connaissais pas Deinze. Je ne l'avais jamais vu jouer. Les entraîneurs de D2 auxquels j'ai demandé conseil m'ont dit de refuser. C'était là le défi rêvé : j'espérais réussir quelque chose de spectaculaire. Nous n'avons jamais rompu les ponts. Pourquoi aurais-je été fâché sur Jos Verhaegen ou le Germinal Beerschot ? Etre limogé n'est pas marrant mais je comprends que Jos Verhaegen devait entreprendre quelque chose pour sauver le club. Avec un trois sur 24, je ne peux pas dire que j'ai bien travaillé. J'ai commis des erreurs et j'en ai assumé les conséquences. J'ai réussi au niveau du jeu mais pas des résultats. Et l'individu passe après le club. Depuis deux ans, j'insistais là-dessus auprès des joueurs du Germinal Beerschot : quand l'équipe tourne, l'individu en profite automatiquement. Devais-je abandonner mes principes parce que j'étais sacrifié par le club avec lequel j'avais vécu deux belles années, qui m'avaient donné ma chance alors que j'étais un parfait inconnu ? Je suis loyal, toujours, en toutes circonstances. Parce que je me sens mieux dans la peau d'un coach que d'un directeur sportif maintenant, même si je sais que cette fonction me tend les bras. Je ne voulais pas l'accepter simplement pour rester dans le milieu. Nous avons eu quelques réunions avant de dévoiler la nouvelle. J'ai énormément de respect pour l'homme et le connaisseur. Son nom va nous ouvrir des portes en Belgique et à l'étranger. Je pourrai personnellement toujours lui demander conseil. Non. J'en suis convaincu : l'arrivée d'Anthuenis est une bénédiction. Quand l'UB a invité les entraîneurs de D1 à faire connaissance avec les arbitres, je suis resté dans mon coin, près de l'entrée, mal à l'aise. Je ne connaissais personne. Aimé était là, en tant que sélectionneur. Il a traversé la salle pour venir me trouver et me mettre à l'aise. Il faut le faire ! Quand quelqu'un prouve, toute une saison, qu'il est un pilier, on ne le jette pas après deux matches moins bons. Je trouve humain d'accorder plus de crédit à une telle personne qu'à un transfert qui arrive en pleine préparation avec un retard de condition. Je ne voudrais surtout pas avoir l'étiquette d'un entraîneur inhumain. Avec cette méthode, j'ai été deux fois champion avec Berchem, j'ai terminé dans le ventre mou ma première saison au Germinal Beerschot, obtenu un point de plus et la Coupe de Belgique l'année suivante. Ces arguments m'incitent à poursuivre sur ma lancée plutôt que de changer de méthode. Si le Germinal Beerschot me voulait à nouveau, c'est qu'il apprécie mon travail. Je préférerais gagner chaque semaine 5-0 mais on doit faire avec les qualités de son noyau. Je n'ai pas entendu le moindre applaudissement quand, pendant des semaines, j'ai aligné trois attaquants et deux médians offensifs. Je n'ai pas changé de système faute d'audace mais parce que nous ne prenions pas assez de points. Il faut rectifier le tir quand on n'obtient pas le rendement escompté. Nous avons commencé défensivement, en signant des résultats, nous sommes devenus plus créatifs et en finale de la Coupe, nous avons pratiquement joué homme contre homme derrière. J'avais déjà la réputation d'un coach défensif. Je n'aime pas la mentalité de certains journalistes, trop prompts à vous cataloguer. Je veux que mes joueurs pensent positivement. Ils ne le feront pas si je répète cent fois ce que je n'ai pas ce qu'il faut. Je fais avec ce que j'ai. C'est plus constructif que d'être obsédé par ce qui nous manque. GEERT FOUTRÉ