Si un match devait être un film, Nenad Jestrovic n'opterait pas pour la pellicule d'un cinéaste. Il préférerait celle d'un photographe puisant son message dans la force d'un instantané, d'un document qui dirait tout.
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Si un match devait être un film, Nenad Jestrovic n'opterait pas pour la pellicule d'un cinéaste. Il préférerait celle d'un photographe puisant son message dans la force d'un instantané, d'un document qui dirait tout. Le buteur bruxellois serait un correspondant de guerre réglant son objectif entre les lignes adverses : pas le temps de faire un long métrage. Déclencheur et flash : la vérité en une fraction de seconde. Jestrogoal développa deux fois, à sa façon, cette spécialité lors des deux dernières séances au stade Constant Vanden Stock. Après une minute de jeu face au Betis Séville en Ligue des Champions, il fit tomber la foudre sur la barre transversale du gardien de but espagnol. Quelques jours tard, il fixa la défense de Saint-Trond en championnat (1-0) et ajouta une photo victorieuse, la septième cette saison, dans l'album de ses buts. Nenad Jestrovic : Il ne fait aucun doute que la volonté de réaliser un résultat positif était présente dans la tête de tous les joueurs. Personne ne voulait encaisser un neuvième revers consécutif dans le cadre de cette formidable compétition. C'est une triste série que nous ne méritons pas car elle ne représente pas les atouts et l'histoire de notre club. Si j'avais pu ouvrir la marque contre le Betis au lieu de percuter la latte, nous aurions vécu une tout autre rencontre. Anderlecht aurait pu resserrer son tissu défensif et miser sur le contre. Séville a étalé sa classe technique mais aurait été plus hésitant en étant mené à la marque. J'avais deux options après m'être défait d'un arrière : centrer ou tenter ma chance même si je n'étais plus dans l'axe du but. En une fraction de seconde, je me suis rendu compte qu'il n'y avait personne pour exploiter un bon service et j'ai frappé. Je voulais surprendre le gardien et marquer un but à la Marco van Basten en finale de l'Euro 88. Avec un zeste de chance, cela aurait pu être un des plus beaux buts de ma carrière. Le Betis ne m'a pas étonné. Nous en connaissions tous les contours. C'est une équipe de la Liga et elle a un énorme fonds de jeu. Ses joueurs ne sont jamais en difficulté. C'est une équipe mûre qui joue toujours sérieusement. Même si son début de championnat n'est pas brillant, cette équipe reviendra progressivement vers le top espagnol. Elle a dominé Liverpool en Ligue des Champions et les tenants du titre ont gagné avec de la veine en Andalousie. Je n'ai jamais sous-estimé cette équipe. En première mi-temps, elle a bien coupé nos lignes de ravitaillement. Il n'y avait plus de contacts entre les attaquants et les médians. Or, Mbo et moi, nous avons besoin de liaisons, de débordements, de centres, etc. Après le repos, cependant, le ton changea. Notre équipe a joué haut et de façon plus serrée : nous n'étions plus obligés de procéder par contres et cela me convenait mieux. J'ai même cru, à un moment, qu'Anderlecht allait gagner cette rencontre. Notre vécu européen aurait dû nous permettre d'émerger à ce moment-là. Le gardien a sauvé deux buts (une sortie devant Mbo, un sauvetage sur la ligne sur un de mes tirs) avant qu'un contre ne tue nos espoirs. Le Betis a donné l'impression de survoler le débat technique mais, si nous avons eu moins de possession du ballon, je prétends que les Espagnols ont surtout profité de nos erreurs ". Frankie Vercauteren nous avait mis en garde à propos de leur aisance sur les phases arrêtées. Même si leur spécialiste, Marcos Assunção, était sur le banc, ils se sont amusés sur les coups francs. Anderlecht leur a offert trop d'espace. Nous avons commis beaucoup de fautes évitables devant le rectangle. Séville en a profité afin de régler ses angles de tir. Dans le foot moderne, la différence se fait souvent sur les balles arrêtées. A 0-1, Anderlecht a tenté de secouer le cocotier. Mais c'est toujours difficile : je savais que l'équipe qui marquerait la première remporterait le match. A 0-1, l'équipe ne s'est pas désunie mais les têtes se sont baissées : la neuvième défaite dans les poules de la LC se profilait à l'horizon et j'ai senti que c'était dur à gérer mentalement. Le coach a redistribué les cartes mais les Espagnols n'ont rien lâché. Ils se sont accrochés à leur but d'avance. Nous avons entamé le match en 4-4-2. C'est le système que je préfère car je le pratique depuis de nombreuses années. J'y ai mes repères. Il me semble que le 4-3-3 ou le 3-4-3 présentent quelques difficultés dans la pratique mais il ne m'appartient pas de choisir entre l'une ou l'autre occupation. Ce n'est pas mon boulot et un footballeur doit s'adapter aux visions et plans de son entraîneur. Cette variété est, de toute façon, une source de richesse. Elle suscite des discussions, des mises au point, un travail tactique varié et précis : c'est ce que j'appelle la culture tactique. A l'heure actuelle, la variété est aussi une arme. Si une équipe est sans cesse prévisible, ce n'est pas bon non plus. Non, je ne pense pas. Je ne suis pas au courant de ce que vous dites à propos de Serhat Akin. Et quand je dis - Je dois jouer, c'est une pression sur mes épaules, un objectif personnel, pas une obligation pour ceux qui décident. Je ne me le permettrais pas. A chacun son boulot. Je ne suis pas le coach qui m'a même dit à un moment : -Ton problème, c'est pas de jouer ou de ne pas jouer mais de marquer. Il a raison. Je me motive moi-même en plaçant la barre très haut comme je l'ai toujours fait au cours de ma carrière. Celui qui n'est pas ambitieux et exigeant recule, ne joue pas à Anderlecht et en Ligue des Champions. Je suis un compétiteur. Il n'y a qu'une chose qui m'intéresse : gagner. Quand je dis quelque chose, je dois le justifier sur le terrain. Et je le fais. Ce ne sera jamais du vent et puis plouf rien sur la pelouse. Même si nous avons perdu contre le Betis, j'ai été à la hauteur de mes mots. Je me suis donné à fond même si je n'ai pas marqué. Je n'ai pas peur de mes responsabilités. J'ai des ambitions, je les dévoile et je les assume. C'est une preuve de confiance en moi mais je ne suis pas une vedette qui a des exigences. J'ai des objectifs, c'est différent. Le noyau tourne et il faut être encore plus fort. Je n'exige rien de personne si ce n'est de moi-même et, à mon avis, c'est une preuve de force mentale. Mais il faut l'accepter. Le football a évolué, est de plus en plus exigeant. On joue de plus en plus et il est impossible de jouer 60 rencontres par an à du 200 km par heure. Il y a la Ligue des Champions, le championnat, la Coupe de Belgique, les matches de l'équipe nationale, etc. On joue tous les trois jours. J'accepte le turnover, cela ne me pose pas de problèmes mais j'aimerais que toutes les lignes soient soumises au même régime. Il n'y a pas que les gardiens de but et les attaquants qui doivent le subir. Le milieu de terrain ne peut pas non plus résister à un rythme de cinq matches en quinze jours. Je n'ai pas joué au Lierse et cela ne m'a pas perturbé. C'est pour cela que j'ai été plus saignant face au Betis. On voit la différence car ceux qui n'ont pas pu lever le pied en championnat ont manqué de fraîcheur en Ligue des Champions. Le coach est correct dans cette gestion de la fatigue et de la rotation de l'effectif que cela génère. Il m'a toujours expliqué pourquoi je ne jouerais pas tel ou tel match. Je trouve cela super. C'est évident. La ligne arrière a besoin d'un gars tel que lui. Vincent Kompany y prend beaucoup de place. Ce sera de plus en plus le cas mais, vu l'importance de ce forfait, je trouve que Mark Deman a bien rempli son rôle. Mais il en va sur un terrain comme dans la vie : on n'a pas besoin de celui qui n'est pas là. C'est une réalité qui est parfois difficile à accepter. Je sais ce que c'est pour avoir été souvent et longtemps blessé. Tout le monde connaissait sa facilité. J'adorais jouer avec lui mais c'est déjà le passé. Mbo Mpenza le remplace à merveille et a atteint un formidable rythme de croisière. Nous nous complétons parfaitement bien. Aruna est un dribbleur, Mbo est plus collectif. Serhat Akin est extra aussi. Je m'entends bien avec lui. Il y a aussi Grégory Pujol et les autres : cela fait du monde devant. Ce compartiment est dense. Oui. Ce ne sera pas rien. Les Anglais ont étonné l'Europe entière la saison passée en s'emparant de la Ligue des Champions après avoir été menés 3-0 par l'AC Milan. Cela en dit long sur leurs qualités sportives et leur force de caractère. J'aimerais prouver aux gens en Belgique, souvent assez négatifs quand on parle des clubs de leur pays dans le cadre européen, qu'il y a ici des atouts. Tout n'est pas gris quand même ; si nous y parvenons contre Liverpool, ce serait une force de joie et de fierté. Ce sera un débat différent et j'ai le sentiment que ce sera moins compliqué que face aux Espagnols. Leur niveau est plus élevé mais différent d'Andalous très techniques, ce qui ne nous convient pas trop. Mais ils ont baissé le pied après le repos. C'est un élément de réflexion pour les Diables Rouges. L'équipe d'Espagne a aussi débuté en force et éprouvé des difficultés en seconde mi-temps contre la Serbie & Monténégro. Liverpool sait garder un résultat, être excellent sur le plan défensif ou très offensif. C'est très british dans l'engagement et son jeu sera plus direct, plus profond que celui du Betis. C'est Liverpool maintenant mais... so what ? Quand Anderlecht rencontre une équipe de D3 ou de Promotion, ce n'est pas facile si l'adversaire est rugueux, décidé, organisé, concentré à 200 %. Si Anderlecht est bien dans le combat, il y a moyen de forger un exploit : pourquoi pas ? Evidemment. Pourquoi douter tout le temps ? Même les petites équipes comme Saint-Trond, Mouscron ou Westerlo ont leur utilité, sont un territoire d'expression pour des jeunes joueurs qui peuvent ensuite passer un cap. L'élimination du Germinal Beerschot en Coupe de l'UEFA à Marseille m'a peiné. La formation anversoise a failli sortir un club dont le budget est infiniment plus important que le sien. Hélas, Genk a trébuché de façon incompréhensible. Avec un peu de réussite, la Belgique aurait eu deux clubs dans les poules de la Coupe de l'UEFA. Cela ne tient à rien. Si cela avait été le cas, qui aurait dit que la D1 belge est pauvre avec quatre clubs sur la scène européenne ? Je ne sais pas s'il faut dégraisser la D1 ou pas mais ce qu'il faut surtout c'est un bouquet final via des playoffs. Ce serait bien et cela correspondrait à un besoin, je crois. Le stade est déjà sold out pour Anderlecht-Bruges, m'a-t-on dit : c'est un signe. Il faut plus de qualités, plus de moyens pour former des jeunes et bien recruter. Mais aucun championnat au monde ne se dispute sans petites équipes. En Espagne, Getafe tutoie les cinq ou six grands. C'est pas mal quand même. Là aussi, il y a des petits : Osasuna, Alavés, Getafe, Cadix, etc. En Angleterre, il y a aussi des seconds couteaux. Moi, et tous les autres, nous voulons le titre. Je vais vous le dire : je suis amoureux d'Anderlecht. Quand j'ai signé à Mouscron, j'ai vu un match amical entre Metz où j'ai joué et Anderlecht. Ce fut le coup de foudre : -Ah... si je pouvais jouer un jour dans un tel club. Je ne savais pas que le rêve deviendrait réalité. J'en suis fier. Je me sens bien ici. Quand je suis sur le terrain, j'apprécie la chaleur du public à mon égard. C'est comme des baisers de ma femme. Entre les supporters et moi, il n'y a pas de secrets. Ils savent que je donne tout, que je travaille, qu'il y a eu beaucoup de sueur derrière chacun de mes buts. On peut le dire. Je n'oublierai jamais ces supporters. Je veux laisser une trace dans l'histoire du club, d'abord pour eux. En été, il avait été question d'un départ à Monaco. Didier Deschamps me voulait mais Anderlecht a dit non, ce que j'ai compris. Anderlecht, c'est ma maison, je la quitterai un jour (je suis sous contrat jusqu'en juin 2007) en me disant que je dois tout à des coaches de qualité : Aimé Anthuenis très fin psychologue qui m'a fait venir à Anderlecht, Hugo Broos sans qui je ne serais peut-être pas venu en Belgique, Frankie Vercauteren et son coaching moderne. Je n'ai pas toujours été d'accord avec Broos, j'ai oublié, mais il m'a beaucoup apporté et j'ai justifié sa confiance en lui offrant pas mal de buts. Non, aux supporters d'Anderlecht. Vandenbergh est jeune et parle trop. Ce n'est pas grave mais pourquoi a-t-il contesté mon titre de meilleur buteur la saison passée ? Faut pas rire. J'étais en vacances durant les test-matches entre Genk et le Standard. On n'a pas décompté les matches que j'ai ratés pour blessure. Le meilleur buteur de la saison passée, c'était moi : point final. Du respect. C'est bien et j'avais prévu cette bonne saison liégeoise. L'équipe forme un bloc même si elle a perdu un chef de file, Ivica Dragutinovic. A la longue, cela pourrait lui coûter cher. Le Standard n'a qu'un objectif, un front sur lequel les joueurs sont concentrés : le championnat. C'est solide avec Sergio Conceição, Oguchi Onyewu, Mémé Tchité, Vedran Runje, etc. Le groupe n'a pas trop bougé, ce qui n'est pas le cas de Bruges qui se cherche. C'est un avantage mais Anderlecht ne doit pas regarder dans le jardin du voisin. Nous devons nous occuper de nous-mêmes. Anderlecht sera champion cette saison, pas le Standard ou Bruges. PIERRE BILIC " la chaleur du public, C'est comme des baisers de ma femme "