Des grosses basses de rap US quittent les vestiaires et s'offrent une échappée dans le dédale de couloirs des entrailles du Tivoli. Les bénévoles les plus réticents aux préférences musicales des joueurs de l'URLC se contentent de sourire et s'en vont prendre l'air sur la pelouse. La popularité de la table des victuailles, qui regroupe Petit Beurre, muesli, fruits secs et Red Bull, est inconstante.

Mohamed Dahmane n'y prête pas un oeil : il court dans tous les sens, un peu déçu d'ailleurs. Le match du jour face au RFC Liégeois est considéré "à risques", ce qui empêche les supporters adverses de venir au compte-gouttes. " Ils se sont déplacés en car ", sert l'ancien Montois. " Mais du coup je pense qu'ils seront moins nombreux, c'est dommage. "

Xavier Robert ne peut qu'abonder dans ce sens. C'est face au matricule 4 que le coach français a vécu ses premières vives émotions à la tête de La Louvière Centre au tour final de Division 2 amateur en fin de saison 2017-18. " Ça a été une déception sportive à cause de la défaite, mais un très beau moment chaleureux ", se souvient-il, installé dans son bureau, col roulé noir au cou.

" L'été qui a suivi, suite à de nombreux départs, on a dû compléter le noyau avec 15-16 nouveaux joueurs et reprendre plus tôt pour travailler les automatismes. On a enchaîné les victoires et on a fait un très gros championnat, qu'on a remporté. " Ce soir, l'URLC retrouve le RFC Liégeois en D1 amateur. Avec un nouveau président : Mohamed Dahmane.

Le réseau Dahmane

De l'aveu de l'attaquant, l'ancien homme fort du club, Huseyin Kazanci, l'a spécifiquement mandaté il y a quelques mois pour trouver des investisseurs étrangers intéressés par une reprise. " Je ne me suis pas levé un matin en me disant que ça ne le faisait plus avec Huseyin Kazanci. Tout est parti de lui ", précise Momo.

" Ses quatre ans de règne l'ont beaucoup fatigué et touché sur le plan professionnel, il voulait passer la main. " En piste, Dahmane épluche le réseau qu'il a tissé pendant ses dix ans dans le monde professionnel. C'est pourtant en prenant ses renseignements sur le médian de Châtelet Christy Manzinga (aujourd'hui à Motherwell en Écosse) en avril dernier qu'il retrouve Ousmane Sow, un ancien recruteur du FC Lorient rencontré lors de son passage à Poitiers, en 2003.

" On est allé chez lui, on a discuté, il nous a confié que son club avait des difficultés financières ", se souvient Sow, un grand bonhomme souriant emmitouflé dans des vêtements streetwear. " Momo voulait poursuivre le projet, mais il lui manquait des moyens pour officialiser la reprise. "

Le "on" d'Ousmane inclut son comparse Adrien Fuchs, un agent parisien issu de la finance également présent ce soir au Tivoli. " Dans ce genre de reprise, on est toujours tributaire du contexte ", souffle-t-il, visiblement peu protégé du froid par son manteau long croisé bleu. " On avait besoin d'une base solide et La Louvière la possède : c'est une vraie belle ville avec une population qui aime le football, des infrastructures qui permettent de faire beaucoup de choses, un magnifique centre de formation, etc. "

Le béton de la tribune Est n'est plus d'actualité. Les spectateurs prennent désormais place sur une structure métallique, surélevée et dotée de nouveaux sièges en plastique. Ce soir, les tambours du kop ne cessent pas une seconde, quitte à couvrir par moments la voix du speaker. Depuis leur parcage, les supporters liégeois plaisantent en proposant à un ramasseur de balle d'aller les faire taire.

Une reprise et des remous

Convaincus par le discours semble-t-il investi des autorités locales, Sow et Fuchs se sont rendus à plusieurs reprises au Tivoli pour se faire une idée de ce qui les attendait concrètement. " On est venu voir des matchs, l'ambiance dans les tribunes, l'équipe... tout allait dans la même direction. Pour nous, c'était incompréhensible qu'une ville comme La Louvière soit seulement à ce niveau-là ", reprend Adrien Fuchs.

Avec Ousmane Sow, il contribue à rassembler une dizaine d'autres investisseurs - dont les marques Macron et Schneider - de quoi rendre la reprise possible début septembre. " Tout est arrivé sans calcul ", commente Dahmane. " J'avais besoin de m'associer à des gens comme moi : dans l'humain mais qui donnent un investissement de 100, 300 voire 1000%. Des partenaires puissants sportivement et/ou financièrement pour pouvoir tenir la route, stabiliser le club et franchir les paliers petit à petit. "

© EMILIEN HOFMAN

Tous les éléments semblent être réunis pour une finalisation rapide, mais les rumeurs de désaccords se propagent tout aussi vite. Jusqu'à ce soir lunaire de fin octobre. À son arrivée à Dessel dans le cadre de la 8e journée de championnat, la délégation de La Louvière Centre est accueillie par un représentant du club qui bouleverse le cours de la soirée.

" Il a affirmé que Kazanci allait organiser une conférence de presse deux jours plus tard pour virer tous les joueurs ", rembobine le coach Xavier Robert. " C'était peut-être sur un coup de colère, vu que la reprise traînait, mais les joueurs, qui mordaient déjà sur leur chique ( ils n'étaient plus payés depuis avril, ndlr) ont pris un coup de massue derrière la tête. "

Sur la pelouse, les Loups tiennent approximativement une mi-temps avant de craquer et de s'incliner 5-2. En coulisses, Adrien Fuchs certifie n'avoir jamais douté, mais fustige ce représentant du club à ce jour gardé secret. " À un moment donné, l'ancien président n'était plus vraiment là et nous n'étions pas encore présents : quand il y a un vide quelque part, il y a toujours quelqu'un pour le combler en parlant fort. "

Reprise officialisée le 22 octobre

" Ça s'est un peu embrouillé vers la fin des négociations ", concède toutefois Dahmane. " D'abord parce que l'on n'a pas eu l'opportunité de faire l'audit complet ( le contrôle de la comptabilité et de la gestion d'une société, ndlr) demandé et ensuite parce le président de la RAAL, Salvatore Curaba, a fait une offre supérieure à la nôtre à Kazanci pour racheter le club. Mais on avait déjà signé la LOI ( Lettre d'intention, ndlr) donc ça ne pouvait pas être changé. "

© EMILIEN HOFMAN

Contacté par téléphone, Curaba nuance en précisant qu'il a été informé de la stagnation des négociations par un contact. " Je me suis demandé si c'était l'occasion de faire une énième tentative de reprise ", confirme-t-il. " J'ai eu des contacts avec Huseyin puis en accord avec le CA de la RAAL, je me suis dit que ça n'avait pas de sens : les deux clubs étaient déjà trop loin dans leur développement. "

La pression à l'URLC est retombée une fois que tout a été payé ( les repreneurs avaient auparavant réglé les salaires de septembre aux entraîneurs et aux joueurs, ndlr) et la reprise s'est officialisée le 22 octobre.

Alors que le RFC Liégeois a pris l'avance en début de partie, l'URLC renverse la vapeur et c'est Dahmane en personne qui inscrit le but du 2-1. Le vétéran fonce alors sur la piste d'athlétisme qui encercle le terrain pour enflammer les deux bonnes centaines de supporters présents et faire passer par le geste son message rassembleur.

" Président-joueur, c'est un peu spécial ", reconnaît le Français. " Je sens que c'est plus compliqué depuis la reprise du club et les deux entraînements ne suffisent pas pour être au top, mais le coach a envie que je continue sur le terrain. " En dehors, Dahmane s'active pour régler au plus vite les impératifs administratifs liés à la reprise et la professionnalisation progressive de la structure.

Plan Horizon 2022

" On veut être clean dans tous les sens du terme ", soutient-il. À ce propos, Momo n'a pas de crainte concernant le statut de ses deux co-investisseurs. Ousmane Sow est dirigeant de Total Football, une structure d'agents de joueurs dont Adrien Fuchs est un associé.

" Adrien est agent mais n'est pas officiellement dans la structure, c'est lui qui nous a permis d'avoir les contacts et l'apport de gros investisseurs étrangers ", détaille Mohamed Dahmane. " Ousmane est dans la structure ( il est manager général, ndlr) mais n'est pas agent. Il a travaillé sur des dossiers avec Adrien, mais c'est ce dernier qui faisait office d'agent. "

Bousculés par les Liégeois jusque dans les derniers instants, les Louviérois émergent finalement 3-2 et s'offrent un peu de répit dans la deuxième partie d'un classement d'une D2 amateur à laquelle ils s'acclimatent progressivement. " On a envie d'offrir du spectacle à la ville ", pose Ousmane Sow.

" On a envie d'être plus haut, d'être en Ligue 2 ( sic), en Ligue 1 peut-être un jour. Forcément, on a l'ambition d'être professionnel, mais pour y arriver, il faut utiliser les forces et les moyens locaux, sinon on construit sur du sable. "

Les deux comparses français prennent en exemple le cas de l'Olympique Lyonnais, "forcé" de faire appel à ses jeunes une fois la vanne financière refermée et qui se rengorge aujourd'hui de cette politique. " En France, 90% des jeunes des centres de formation ne signent pas professionnels dans leur club ", chiffre Adrien Fuchs. " Un jeune doit donc savoir s'il préfère les meilleurs joueurs et installations du pays avec une chance sur dix de réussir ou un club plus proche où il reçoit l'opportunité d'évoluer en réserve puis en équipe première. " Pour se rapprocher de ce deuxième statut, La Louvière Centre développe actuellement son plan "Horizon 2022".

Un gagnant : le Tivoli

D'ici deux ans, les dirigeants du club hennuyer espèrent disposer sur le site de Dienne d'un centre de formation " à la française " avec des hébergements, des terrains couverts, des synthétiques dernière génération, etc. " Le logement, la scolarité en interne ou en externe, la nutrition, la convivialité et deux entraînements par jour, voilà ce qui a permis à la France de devenir un pays formateur qui produit beaucoup de joueurs pour les championnats européens ", souligne Ousmane Sow.

" Quand Momo était en jeunes à Lens, il s'entraînait 10, 12 ou 15 heures par semaine, ce qui fait 750 heures sur une saison alors qu'avec trois séances hebdomadaires d'une heure, on arrive à 150 heures. Il n'y a pas de comparaison. " En plus de constituer une source d'emplois - cuisiniers, intendants, magasiniers, éducateurs, préparateurs physiques, kinés... - le but du projet est d'attirer tous les jeunes dans un diamètre de 50 à 60 kilomètres. Qu'ils soient capables et désireux de devenir professionnels ou qu'ils veuillent simplement s'amuser.

Vitorio fume tranquillement sa cigarette en se dirigeant vers la tribune occupée par le petit kop louviérois. Il ne promène jamais sa doudoune grise et sa moustache aux matchs de l'URLC sans penser à l'ancien président Kazanci. " C'est grâce à lui qu'on a pu sauver le football dans le Centre ", lance ce sexagénaire.

" Je supporte l'URLC parce que la RAAL, c'est Couillet et donc Charleroi, ce n'est pas la même chose ! C'est vrai que ce serait l'idéal si les deux clubs de la ville se rassemblaient, mais je pense que ça ne se fera pas. " L'URLC comme la RAAL ont en effet décidé de faire cavalier seul et d'avoir pour rare point commun ce rêve d'atteindre le monde professionnel.

" Cela prouve que La Louvière est une ville de football, qu'il y a des passionnés, sportifs comme dirigeants ", avance Ousmane Sow, politiquement correct parce que conscient que les deux parties reviennent de très loin. " On ne veut qu'une chose : une bonne cohabitation... et des derbies. La saison dernière, les plus grosses affluences en D2 amateur, c'était contre la RAAL. "

Jusqu'ici, le grand gagnant n'est autre que le Tivoli, propriété de la Ville et occupé chaque semaine. " Sans l'URLC, le Tivoli serait aujourd'hui désert ", affirme Dahmane. " Ce club mérite tout ce qu'il vit aujourd'hui parce qu'il a été attaqué de tous les côtés, comme ce jour où on a été sali en direct dans La Tribune par rapport à l'ONSS ( l'auditeur du travail du Hainaut Charles-Eric Clesse avait émis de sérieux soupçons de fraude sur l'URLC, ndlr) alors qu'il n'y a eu ni condamnation, ni convocation de joueurs, encore moins de descente au sein du club. " Dans un peu plus de deux ans, le Matricule 213 fêtera ses 100 ans d'existence. En pro ?

© EMILIEN HOFMAN
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© EMILIEN HOFMAN
L'URLC et son kop, toujours bien en voix face aux Sang et Marine. Le Tivoli est gâté, lui qui abrite à la fois l'URLC et la RAAL., EMILIEN HOFMAN
L'URLC et son kop, toujours bien en voix face aux Sang et Marine. Le Tivoli est gâté, lui qui abrite à la fois l'URLC et la RAAL. © EMILIEN HOFMAN
© EMILIEN HOFMAN
© EMILIEN HOFMAN
© EMILIEN HOFMAN
© EMILIEN HOFMAN
© EMILIEN HOFMAN
Des grosses basses de rap US quittent les vestiaires et s'offrent une échappée dans le dédale de couloirs des entrailles du Tivoli. Les bénévoles les plus réticents aux préférences musicales des joueurs de l'URLC se contentent de sourire et s'en vont prendre l'air sur la pelouse. La popularité de la table des victuailles, qui regroupe Petit Beurre, muesli, fruits secs et Red Bull, est inconstante. Mohamed Dahmane n'y prête pas un oeil : il court dans tous les sens, un peu déçu d'ailleurs. Le match du jour face au RFC Liégeois est considéré "à risques", ce qui empêche les supporters adverses de venir au compte-gouttes. " Ils se sont déplacés en car ", sert l'ancien Montois. " Mais du coup je pense qu'ils seront moins nombreux, c'est dommage. " Xavier Robert ne peut qu'abonder dans ce sens. C'est face au matricule 4 que le coach français a vécu ses premières vives émotions à la tête de La Louvière Centre au tour final de Division 2 amateur en fin de saison 2017-18. " Ça a été une déception sportive à cause de la défaite, mais un très beau moment chaleureux ", se souvient-il, installé dans son bureau, col roulé noir au cou. " L'été qui a suivi, suite à de nombreux départs, on a dû compléter le noyau avec 15-16 nouveaux joueurs et reprendre plus tôt pour travailler les automatismes. On a enchaîné les victoires et on a fait un très gros championnat, qu'on a remporté. " Ce soir, l'URLC retrouve le RFC Liégeois en D1 amateur. Avec un nouveau président : Mohamed Dahmane. De l'aveu de l'attaquant, l'ancien homme fort du club, Huseyin Kazanci, l'a spécifiquement mandaté il y a quelques mois pour trouver des investisseurs étrangers intéressés par une reprise. " Je ne me suis pas levé un matin en me disant que ça ne le faisait plus avec Huseyin Kazanci. Tout est parti de lui ", précise Momo. " Ses quatre ans de règne l'ont beaucoup fatigué et touché sur le plan professionnel, il voulait passer la main. " En piste, Dahmane épluche le réseau qu'il a tissé pendant ses dix ans dans le monde professionnel. C'est pourtant en prenant ses renseignements sur le médian de Châtelet Christy Manzinga (aujourd'hui à Motherwell en Écosse) en avril dernier qu'il retrouve Ousmane Sow, un ancien recruteur du FC Lorient rencontré lors de son passage à Poitiers, en 2003. " On est allé chez lui, on a discuté, il nous a confié que son club avait des difficultés financières ", se souvient Sow, un grand bonhomme souriant emmitouflé dans des vêtements streetwear. " Momo voulait poursuivre le projet, mais il lui manquait des moyens pour officialiser la reprise. " Le "on" d'Ousmane inclut son comparse Adrien Fuchs, un agent parisien issu de la finance également présent ce soir au Tivoli. " Dans ce genre de reprise, on est toujours tributaire du contexte ", souffle-t-il, visiblement peu protégé du froid par son manteau long croisé bleu. " On avait besoin d'une base solide et La Louvière la possède : c'est une vraie belle ville avec une population qui aime le football, des infrastructures qui permettent de faire beaucoup de choses, un magnifique centre de formation, etc. " Le béton de la tribune Est n'est plus d'actualité. Les spectateurs prennent désormais place sur une structure métallique, surélevée et dotée de nouveaux sièges en plastique. Ce soir, les tambours du kop ne cessent pas une seconde, quitte à couvrir par moments la voix du speaker. Depuis leur parcage, les supporters liégeois plaisantent en proposant à un ramasseur de balle d'aller les faire taire. Convaincus par le discours semble-t-il investi des autorités locales, Sow et Fuchs se sont rendus à plusieurs reprises au Tivoli pour se faire une idée de ce qui les attendait concrètement. " On est venu voir des matchs, l'ambiance dans les tribunes, l'équipe... tout allait dans la même direction. Pour nous, c'était incompréhensible qu'une ville comme La Louvière soit seulement à ce niveau-là ", reprend Adrien Fuchs. Avec Ousmane Sow, il contribue à rassembler une dizaine d'autres investisseurs - dont les marques Macron et Schneider - de quoi rendre la reprise possible début septembre. " Tout est arrivé sans calcul ", commente Dahmane. " J'avais besoin de m'associer à des gens comme moi : dans l'humain mais qui donnent un investissement de 100, 300 voire 1000%. Des partenaires puissants sportivement et/ou financièrement pour pouvoir tenir la route, stabiliser le club et franchir les paliers petit à petit. " Tous les éléments semblent être réunis pour une finalisation rapide, mais les rumeurs de désaccords se propagent tout aussi vite. Jusqu'à ce soir lunaire de fin octobre. À son arrivée à Dessel dans le cadre de la 8e journée de championnat, la délégation de La Louvière Centre est accueillie par un représentant du club qui bouleverse le cours de la soirée. " Il a affirmé que Kazanci allait organiser une conférence de presse deux jours plus tard pour virer tous les joueurs ", rembobine le coach Xavier Robert. " C'était peut-être sur un coup de colère, vu que la reprise traînait, mais les joueurs, qui mordaient déjà sur leur chique ( ils n'étaient plus payés depuis avril, ndlr) ont pris un coup de massue derrière la tête. " Sur la pelouse, les Loups tiennent approximativement une mi-temps avant de craquer et de s'incliner 5-2. En coulisses, Adrien Fuchs certifie n'avoir jamais douté, mais fustige ce représentant du club à ce jour gardé secret. " À un moment donné, l'ancien président n'était plus vraiment là et nous n'étions pas encore présents : quand il y a un vide quelque part, il y a toujours quelqu'un pour le combler en parlant fort. " " Ça s'est un peu embrouillé vers la fin des négociations ", concède toutefois Dahmane. " D'abord parce que l'on n'a pas eu l'opportunité de faire l'audit complet ( le contrôle de la comptabilité et de la gestion d'une société, ndlr) demandé et ensuite parce le président de la RAAL, Salvatore Curaba, a fait une offre supérieure à la nôtre à Kazanci pour racheter le club. Mais on avait déjà signé la LOI ( Lettre d'intention, ndlr) donc ça ne pouvait pas être changé. " Contacté par téléphone, Curaba nuance en précisant qu'il a été informé de la stagnation des négociations par un contact. " Je me suis demandé si c'était l'occasion de faire une énième tentative de reprise ", confirme-t-il. " J'ai eu des contacts avec Huseyin puis en accord avec le CA de la RAAL, je me suis dit que ça n'avait pas de sens : les deux clubs étaient déjà trop loin dans leur développement. " La pression à l'URLC est retombée une fois que tout a été payé ( les repreneurs avaient auparavant réglé les salaires de septembre aux entraîneurs et aux joueurs, ndlr) et la reprise s'est officialisée le 22 octobre. Alors que le RFC Liégeois a pris l'avance en début de partie, l'URLC renverse la vapeur et c'est Dahmane en personne qui inscrit le but du 2-1. Le vétéran fonce alors sur la piste d'athlétisme qui encercle le terrain pour enflammer les deux bonnes centaines de supporters présents et faire passer par le geste son message rassembleur. " Président-joueur, c'est un peu spécial ", reconnaît le Français. " Je sens que c'est plus compliqué depuis la reprise du club et les deux entraînements ne suffisent pas pour être au top, mais le coach a envie que je continue sur le terrain. " En dehors, Dahmane s'active pour régler au plus vite les impératifs administratifs liés à la reprise et la professionnalisation progressive de la structure. " On veut être clean dans tous les sens du terme ", soutient-il. À ce propos, Momo n'a pas de crainte concernant le statut de ses deux co-investisseurs. Ousmane Sow est dirigeant de Total Football, une structure d'agents de joueurs dont Adrien Fuchs est un associé. " Adrien est agent mais n'est pas officiellement dans la structure, c'est lui qui nous a permis d'avoir les contacts et l'apport de gros investisseurs étrangers ", détaille Mohamed Dahmane. " Ousmane est dans la structure ( il est manager général, ndlr) mais n'est pas agent. Il a travaillé sur des dossiers avec Adrien, mais c'est ce dernier qui faisait office d'agent. " Bousculés par les Liégeois jusque dans les derniers instants, les Louviérois émergent finalement 3-2 et s'offrent un peu de répit dans la deuxième partie d'un classement d'une D2 amateur à laquelle ils s'acclimatent progressivement. " On a envie d'offrir du spectacle à la ville ", pose Ousmane Sow. " On a envie d'être plus haut, d'être en Ligue 2 ( sic), en Ligue 1 peut-être un jour. Forcément, on a l'ambition d'être professionnel, mais pour y arriver, il faut utiliser les forces et les moyens locaux, sinon on construit sur du sable. " Les deux comparses français prennent en exemple le cas de l'Olympique Lyonnais, "forcé" de faire appel à ses jeunes une fois la vanne financière refermée et qui se rengorge aujourd'hui de cette politique. " En France, 90% des jeunes des centres de formation ne signent pas professionnels dans leur club ", chiffre Adrien Fuchs. " Un jeune doit donc savoir s'il préfère les meilleurs joueurs et installations du pays avec une chance sur dix de réussir ou un club plus proche où il reçoit l'opportunité d'évoluer en réserve puis en équipe première. " Pour se rapprocher de ce deuxième statut, La Louvière Centre développe actuellement son plan "Horizon 2022". D'ici deux ans, les dirigeants du club hennuyer espèrent disposer sur le site de Dienne d'un centre de formation " à la française " avec des hébergements, des terrains couverts, des synthétiques dernière génération, etc. " Le logement, la scolarité en interne ou en externe, la nutrition, la convivialité et deux entraînements par jour, voilà ce qui a permis à la France de devenir un pays formateur qui produit beaucoup de joueurs pour les championnats européens ", souligne Ousmane Sow. " Quand Momo était en jeunes à Lens, il s'entraînait 10, 12 ou 15 heures par semaine, ce qui fait 750 heures sur une saison alors qu'avec trois séances hebdomadaires d'une heure, on arrive à 150 heures. Il n'y a pas de comparaison. " En plus de constituer une source d'emplois - cuisiniers, intendants, magasiniers, éducateurs, préparateurs physiques, kinés... - le but du projet est d'attirer tous les jeunes dans un diamètre de 50 à 60 kilomètres. Qu'ils soient capables et désireux de devenir professionnels ou qu'ils veuillent simplement s'amuser. Vitorio fume tranquillement sa cigarette en se dirigeant vers la tribune occupée par le petit kop louviérois. Il ne promène jamais sa doudoune grise et sa moustache aux matchs de l'URLC sans penser à l'ancien président Kazanci. " C'est grâce à lui qu'on a pu sauver le football dans le Centre ", lance ce sexagénaire. " Je supporte l'URLC parce que la RAAL, c'est Couillet et donc Charleroi, ce n'est pas la même chose ! C'est vrai que ce serait l'idéal si les deux clubs de la ville se rassemblaient, mais je pense que ça ne se fera pas. " L'URLC comme la RAAL ont en effet décidé de faire cavalier seul et d'avoir pour rare point commun ce rêve d'atteindre le monde professionnel. " Cela prouve que La Louvière est une ville de football, qu'il y a des passionnés, sportifs comme dirigeants ", avance Ousmane Sow, politiquement correct parce que conscient que les deux parties reviennent de très loin. " On ne veut qu'une chose : une bonne cohabitation... et des derbies. La saison dernière, les plus grosses affluences en D2 amateur, c'était contre la RAAL. " Jusqu'ici, le grand gagnant n'est autre que le Tivoli, propriété de la Ville et occupé chaque semaine. " Sans l'URLC, le Tivoli serait aujourd'hui désert ", affirme Dahmane. " Ce club mérite tout ce qu'il vit aujourd'hui parce qu'il a été attaqué de tous les côtés, comme ce jour où on a été sali en direct dans La Tribune par rapport à l'ONSS ( l'auditeur du travail du Hainaut Charles-Eric Clesse avait émis de sérieux soupçons de fraude sur l'URLC, ndlr) alors qu'il n'y a eu ni condamnation, ni convocation de joueurs, encore moins de descente au sein du club. " Dans un peu plus de deux ans, le Matricule 213 fêtera ses 100 ans d'existence. En pro ?