Le Tivoli vit des heures sombres. Lundi, on s'orientait vers une séparation " de commun accord " entre les dirigeants et l'entraîneur Emilio Ferrera. Samedi, à l'issue de la rencontre opposant La Louvière au Brussels, et après avoir rencontré les journalistes, Emilio Ferrera a provoqué une entrevue avec les dirigeants.
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Le Tivoli vit des heures sombres. Lundi, on s'orientait vers une séparation " de commun accord " entre les dirigeants et l'entraîneur Emilio Ferrera. Samedi, à l'issue de la rencontre opposant La Louvière au Brussels, et après avoir rencontré les journalistes, Emilio Ferrera a provoqué une entrevue avec les dirigeants. Filippo Gaone, Chris Benoît, David Delferrière et Marc Van Cauwenberghe, membre du conseil d'administration, ont discuté une bonne heure avec l'entraîneur, débouchant sur une confiance renouvelée pour deux jours supplémentaires. Forcé par la situation sportive mais aussi pressé par les supporters et certains dirigeants, le président Gaone pourrait se séparer de son entraîneur qui ne disposait plus du soutien global nécessaire dans de telles situations. Ainsi, à la fin de la rencontre, avant même qu'une décision soit prise, le secrétaire général du club, José Lambert n'hésitait pas à se démarquer du patron sportif. " Je comprends la colère des supporters et je partage leur opinion. C'est au président et au directeur sportif à prendre leurs responsabilités. Et qu'on ne vienne pas me dire que la mauvaise prestation est due à la jeunesse de certains éléments. Soit les joueurs n'étaient pas bien mis en place, soit ils n'étaient tout simplement pas motivés ". Curieux propos de la part de quelqu'un censé soutenir son entraîneur et s'en tenir au discours d'usage. Quant au président Gaone, malgré la déception, il semble qu'il n'ait pas été le premier à évoquer le départ de Ferrera : " On a touché le fond mais j'ai laissé plus de temps à d'autres coaches qui n'avaient pas ramené plus de points ". De plus, Gaone sait aussi que la venue d'un autre visage ne garantirait pas de meilleurs résultats. " Dites-moi s'il y a en Belgique un entraîneur libre, compétent et qui réponde à nos moyens ? Emilio Ferrera est un bon coach avec de bonnes bases tactiques ". En cas de départ de Ferrera et en attendant de se doter éventuellement d'un nouvel entraîneur en chef, le président confiera ses troupes à l'adjoint Frédéric Tilmant. Inexorablement, le club s'enfonce. Après avoir stabilisé la RAAL en D1, le président Gaone la voit glisser vers les profondeurs de notre élite. La sixième saison au plus haut niveau sera-t-elle la dernière ? Les signaux ne sont pas positifs. Samedi, La Louvière a livré une prestation médiocre avec des joueurs empruntés moralement, crispés par cette lanterne rouge trop lourde à porter pour ce groupe inexpérimenté. Les supporters qui, ces dernières semaines, criaient déjà leur courroux à qui voulaient l'entendre, ont encore plus enfoncé le clou. A une demi-heure de la fin de la rencontre, alors que le score indiquait déjà 0-3, ils ont déserté en masse les tribunes pour rallier la porte des vestiaires. Plus de 300 personnes sont venues clamer leur mécontentement au pied de la tribune principale. Les banderoles d'avant match annonçaient déjà la couleur : - Nous n'accepterons que la victoire ou Ce soir, victoire obligatoire. Leur cible : Emilio Ferrera. Pour eux, il ne soutenait pas la comparaison avec l'entraîneur précédent, Albert Cartier. " Les supporters se sentent floués par le jeu proposé ", explique David Considerant, président de l'association des supporters de la RAAL. " Pour nous, Ferrera n'est pas l'homme de la situation. Jusqu'ici, il n'est pas parvenu à insuffler une âme à son équipe, ni à créer le liant nécessaire. Il ne faut pas oublier que de nombreux joueurs ont rallié le club à sa demande ", argumente-t-il. Mais était- il l'unique responsable du marasme actuel ? Le match entre La Louvière et le Brussels a fait couler beaucoup d'encre bien avant le coup de sifflet initial. La presse s'en était saisi, trouvant dans les protagonistes de la rencontre, sujet à débat : le retour d'Albert Cartier au Tivoli, les retrouvailles entre Emilio Ferrera et son ancien employeur, le contexte sportif peu favorable aux Loups. Tout cela était digne d'un vrai western-spaghetti. Et tout a enflé encore avec la venue d'Albert Cartier et de Mario Espartero dans les travées du Tivoli, en visionnage, au soir de la venue de Genk à La Louvière. La défaite 2-3 conjuguée à la présence de l'ancien mentor à succès des Loups avaient suffi à réveiller les supporters déjà prêts à imaginer le Vosgien revenir aux commandes du Titanic vert et blanc. Une visite de courtoisie auprès des VIP ne faisait qu'alimenter la rumeur d'un retour. Pourtant, il n'en fut jamais question. Cartier, bien qu'ayant beaucoup d'estime pour son ancien club et de bons souvenirs de son séjour dans le Centre, est une personne assez intelligente pour également se remémorer une fin de collaboration chahutée. Mais le fantôme de Cartier pesait sur les épaules de son successeur. Difficile pour lui de se concentrer sur son travail quand tous ses collaborateurs taillent une bavette avec son prédécesseur. Difficile également d'évoluer dans la sérénité quand il doit sans cesse comparer son bilan avec celui de Cartier. Non seulement son bilan actuel mais également passé puisque le bon départ du Brussels de Cartier fait fureur par rapport à la pâleur des troupes coalisées à la même époque la saison passée. Même le Vert et Blanc, gazette officielle des Loups en remettait une couche. Et Ferrera de s'exécuter en défendant bec et ongle ses réalisations. " Le plus dur, c'est toujours la construction mais les fondations étaient préparées ", répond-il lorsqu'on lui demande si les bons résultats d'Albert Cartier avec le Brussels l'étonnent. Cette comparaison l'agaçait d'autant plus que pour lui, il fallait quitter cet impressionnisme pour attaquer les causes véritables des piètres résultats actuels. Avant la rencontre, il tentait de replacer l'église au milieu du village : " On parle de crise chez nous et de bons résultats au Brussels, une des bonnes surprises du championnat. Si on gagne contre eux, je tiens à signaler qu'on reviendrait à leur hauteur ". A la fin du match de samedi, il ne cherchait pourtant pas d'excuses, se rendant compte d'avoir perdu une bataille décisive face à un Cartier, modeste extérieurement, mais jubilant intérieurement comme en atteste sa joie à chaque but des siens. La bataille psychologique avait été remportée par le Français et le fantôme de flâner encore longtemps à l'om- bre de Duferco. Samedi, à l'issue du match, Ferrera adoptait un profil bas. Son équipe, dernière avec seulement quatre points à son compteur et aucune victoire à son actif, n'avait rien montré et il aurait été malhonnête de chercher la petite bête : " Contrairement aux autres rencontres, on n'a pas à se montrer frustré. Les plus forts ont gagné même si en football, ce n'est pas toujours le cas. Je suis un peu désolé de rien n'avoir offert comme résistance. On n'a tout simplement pas vu d'équipe et on n'a pas vu cet élan, cette réaction entraperçue à chaque match. Le mental n'est pas bon. Il faut évaluer maintenant la situation. Je ne sais pas quelle sera la décision du club mais je ne m'attends pas à ce que le président me félicite ". Pourtant est-il le seul coupable ? " Non, je ne crois pas. Responsable oui, car c'est moi qui gère cette équipe mais le seul coupable de cette situation, non. On ne fait que continuer dans la spirale négative de l'année passée ". Et par cette petite phrase, Emilio remettait une nouvelle fois les pendules à l'heure. Car si tout le monde reste sur l'opinion générale favorable dégagée par la saison réalisée l'année dernière par les Loups (record de points dans l'histoire du club), il ne faut pas oublier que La Louvière n'avait pris que 14 points lors du deuxième tour, terminant celui-ci à l'avant-dernière place. Le mercato hivernal début 2005 prédisait le chaos actuel. Quand il ajoute " ceux qui croyaient qu'on changerait une équipe en un tour de main avec un budget minime sans faire de dégâts se trompaient lourdement ", il pointe du doigt un deuxième problème. Filippo Gaone croyait-il possible de chambouler son noyau une nouvelle fois sans connaître certains problèmes à l'heure où c'est la stabilité d'un groupe le principal garant de ses succès ? Ceux qui avancent que " ce qu' Albert Cartier a réalisé avec un noyau bouleversé, Emilio pourrait également l'accomplir ", oublient que Cartier avait pu construire sur une base déjà visible sous Ariel Jacobs. Si Fadel Brahami, Geoffray Toyes et Mario Espartero avaient constitué autant de bonnes surprises, les Silvio Proto, Olivier Guilmot, George Blay, Gunther Van Handenhoven, Michael Klukowski, Mathieu Assou-Ekotto ou Manaseh Ishiaku étaient déjà présents au club. Ferrera, lui, n'a pu bâtir que sur Guilmot et Brahami. C'est un peu maigre. " Je ne vais pas dire que je renie cette campagne de transferts. Je l'assume totalement. J'ai eu les joueurs que je demandais mais pas ceux que je voulais. Il a fallu composer avec le plus petit budget de l'histoire du club en D1 ", assène Ferrera. Une façon d'assumer ses responsabilités tout en limitant la force de son groupe : " Le problème, c'est le recrutement ", continue le manager sportif Chris Benoît. " On ne l'a pas terminé. Cela fait plusieurs mois que je dis qu'il nous faut un défenseur central capable de sortir le ballon de la tête car Alexandre Teklak et Guilmot se ressemblent trop. Il faut également quelqu'un pour bouger l'attaque. Le président dit qu'il faut faire confiance aux jeunes mais il est indispensable alors qu'il nous protège en cas d'échec car tout le monde sait que ce n'est pas la voie la plus facile ". Un lourd héritage à porter, un groupe qui glisse sur la pente descendante depuis Noël, un noyau incomplet et inexpérimenté, autant d'arguments à valoir. Pourtant, le championnat en est déjà à la neuvième journée. L'équipe aurait dû commencer à se connaître et à se trouver. Mais au vu du match contre le Brussels, on est loin du compte. Les joueurs auraient voulu saborder leur entraîneur, ils ne s'y seraient pas pris autrement. Aucune combativité, peu de duels remportés, pas d'imagination, un manque de rigueur défensive, une attaque privée de ballons. " Tout le monde était motivé avant la rencontre. On travaille pourtant bien en semaine ", explique Nordin Jbari qui voyait ses propos corroborés par un autre ancien. Alex Teklak : " Je peux vous assurer qu'il n'y a aucun joueur qui a voulu tuer l'entraîneur. La révolte doit venir de l'intérieur mais je me demande si le groupe en est capable. Il est trop jeune ". La semaine précédant la rencontre, Guilmot, Teklak et Jbari avaient rencontré la plupart des joueurs du noyau pour remonter les troupes : " On a effectué cette démarche parce qu'on était dernier, pas parce qu'il y avait de quelconques problèmes dans le noyau ", se défend Jbari. " Parler ne sert à rien, il faut agir maintenant ", ajoute Teklak. Pourtant samedi, si les joueurs tiennent un discours fédérateur, peut-on dire qu'ils marchaient comme un seul homme derrière Ferrera. L'ancien coach du Brussels tenait-il encore les rênes et possédait-t-il des solutions ? Tout le monde connaît la méthode Ferrera. Elle plaît à certains mais provoque des grincements de dents chez d'autres. On lui reproche une nouvelle fois son manque de communication. Il réplique qu'il n'est pas le relations publiques du club et que quelqu'un occupe déjà cette fonction. On critique sa gestion des jeunes faite d'un mélange de dureté et d'arrogance, il défend sa méthode. " Ils ont déjà beaucoup de chance d'être là. Il ne faut pas oublier que c'est moi qui ai insisté pour donner sa chance à Michaël Cordier et qui ai replacé Julien Pinelli à un poste d'attaquant ". Et puis, Steve Colpaert secoué par Ferrera la saison passée au Brussels, vient d'affirmer dans La Gazette des Sports " qu'il était content de l'avoir eu comme coach (...). C'est sa manière de travailler avec les jeunes. A la dure. Il faut être fort pour résister. Il veut durcir le caractère des jeunes. Certains s'en sortent, d'autres craquent ". Preuve que cela peut porter ses fruits. Cependant devant des joueurs qui n'en veulent plus, il est difficile de continuer sans effectuer un électrochoc. Cela passe souvent par le limogeage de l'entraîneur. L'homme d'affaires de Courcelles connaît cette donne mais cela ne l'empêche pas d'espérer que comme le phénix, son équipe renaîtra de ses cendres. " On a de la qualité dans ce noyau même si je n'ai pas vu certains joueurs samedi... sauf lors de leur sortie du terrain. Et puis, nous ne sommes que le 1er octobre, ce n'est pas encore la fête des morts ", conclut Gaone. STéPHANE VANDE VELDE " NOUS NE SOMMES QUE LE 1er octobre. Ce n'est pas encore la fête des morts " (Gaone) " Parler ne sert à Rien. Il faut agir " (Teklak)