Sur les terres du compromis, là où la majorité alambiquée a été érigée en mode de vie, certaines choses parviennent encore à frôler l'unanimité. Le football de Genk en fait partie. Évoquer l'équipe d'Albert Stuivenberg avec l'un de ses confrères, c'est l'assurance d'un regard admiratif et d'une pluie de compliments pour un jeu où tout semble planifié dans les moindres détails. Forts d'un début d'année 2017 dominé ballon au pied, les Limbourgeois s'installent dans les starting-blocks de la nouvelle saison en arborant le costume d'outsider numéro un dans la course au titre. Même les rares sceptiques ont du mal à les imaginer passant un printemps supplémentaire dans le purgatoire des play-offs 2.
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Sur les terres du compromis, là où la majorité alambiquée a été érigée en mode de vie, certaines choses parviennent encore à frôler l'unanimité. Le football de Genk en fait partie. Évoquer l'équipe d'Albert Stuivenberg avec l'un de ses confrères, c'est l'assurance d'un regard admiratif et d'une pluie de compliments pour un jeu où tout semble planifié dans les moindres détails. Forts d'un début d'année 2017 dominé ballon au pied, les Limbourgeois s'installent dans les starting-blocks de la nouvelle saison en arborant le costume d'outsider numéro un dans la course au titre. Même les rares sceptiques ont du mal à les imaginer passant un printemps supplémentaire dans le purgatoire des play-offs 2. Deux mois ont passé et Genk pointe à une anonyme dixième place. Coincé entre Lokeren et Courtrai, le Racing affiche l'une des plus mauvaises défenses de l'élite, et n'a gratté que dix points sur les vingt-sept mis en jeu. Le football est toujours là, mais les résultats ne suivent plus. Les hommes de Stuivenberg peinent à se créer des occasions franches malgré une possession toujours plus impressionnante et le Néerlandais commence à susciter les mêmes critiques que son mentor, Louis van Gaal, avait essuyées lors de son passage à Old Trafford : possession stérile, football trop mécanisé et manque de flexibilité se succèdent dans les éditos d'une presse locale de plus en plus sceptique. Puisque tous les footballs sont jugés avec le classement en guise de jury, celui de Genk retrouve des chefs d'accusation qui avaient disparu des abords de la Luminus Arena. Équipe trop jeune, trop naïve ou trop joueuse, affirment certains témoins. Appelé à la barre pour prendre la défense de son noyau et de son coach, Dimitri De Condé tempère : " Il ne faut pas commencer à douter de la philosophie ou de la manière, parce que c'est la même que celle qui nous valait tant de compliments il y a quelques mois. La seule différence, c'est que l'année dernière, cette philosophie nous permettait de créer beaucoup plus d'occasions. " Le mercato limbourgeois incitait pourtant à l'optimisme. La provenance du danger offensif a été soigneusement diversifiée pendant l'été. La saison dernière, les arrières latéraux Jere Uronen et Timothy Castagne multipliaient les courses dans leur couloir, mais leur tâche principale était d'envoyer de fausses pistes, étirant le bloc adverse sur la largeur pour permettre à Alejandro Pozuelo ou à Leandro Trossard de faire la différence à l'intérieur du jeu. Progressivement, les adversaires l'ont compris, et ont laissé la clé du couloir au Racing pour mieux fermer les portes axiales. À eux deux, Uronen et Castagne n'ont donné que trois passes décisives sur les 58 buts marqués par Genk lors des premiers mois de l'ère Stuivenberg. Insuffisant pour contraindre l'adversaire à les considérer comme une menace sérieuse. Parce qu'un bon centre dépend à la fois des qualités du centreur et du placement de celui qui doit le recevoir, Genk a étoffé considérablement ses atouts dans les deux aspects. Pour envoyer le ballon vers le rectangle, le Racing a attiré Joakim Maehle, arrière latéral danois qui avait offert quatre passes décisives en quelques mois sous le maillot d'Aalborg, ainsi que Clinton Mata, considéré comme une référence nationale à l'heure de dévorer son couloir. Et dans la zone de vérité, le club a aligné les millions pour attirer Marcus Ingvartsen dans le Limbourg. Meilleur buteur du dernier championnat danois, le géant venu de Nordsjaelland était un spécialiste pour reprendre en une touche, du pied ou de la tête, des ballons venus des flancs. Ses buts qui ne sont pas nés à la suite d'un centre sont presque des curiosités scientifiques, tant son football semble programmé, presque robotisé pour prolonger des ballons au fond des filets. Malgré le départ décevant de son attaquant danois, le Racing a fait d'évidents progrès dans le domaine. Huit de ses seize buts sont nés d'un service venu des flancs, que le centre soit tendu dans le dos de la défense, aérien ou en retrait. Ingvartsen en a converti deux sur la pelouse du Kehrweg, bien servi par Mata puis Maehle, portant à quatre les passes décisives des latéraux limbourgeois depuis le début de saison. Déjà mieux que la saison dernière sous Stuivenberg, alors que seuls neuf matches ont été joués (contre 29 avec le coach néerlandais la saison dernière). Le ratio d'implication des arrières latéraux dans les passes décisives est passé de 5 à 25 %. Dans l'axe, par contre, Genk semble s'être asséché. Seul le dribble majestueux de Siebe Schrijvers sur un Alexander Scholz planté dans le pré de Sclessin est né d'une attaque rapide, qui devrait pourtant être la source de buts principale du football prôné par Albert Stuivenberg. Le chemin du but choisi par les Limbourgeois était limpide, partant des pieds des défenseurs, accompagnés par Sander Berge, pour transiter par ceux de Ruslan Malinovsky, avant de poser méthodiquement le ballon chez Trossard ou Pozuelo, libérés entre les lignes et capables de profiter de ce schéma bien huilé pour transformer en occasion de but un avantage développé à coups de passes bien senties. Pour ne pas chambouler son plan, le Racing a mis les bouchées doubles pendant la trêve. La blessure de Pozuelo a sans doute aidé le club à conserver son maître à jouer espagnol, qui affirmait assez clairement son envie de retenter sa chance dans un championnat plus huppé au bout d'une saison accomplie. Quant à Trossard, ses prestations en Europa League ont multiplié les convoitises, et son maintien dans le Limbourg a été un chantier complexe. " Personne ne croyait qu'on pourrait le faire, mais on a travaillé énormément pour garder l'équipe ensemble ", explique De Condé. Une continuité qui a forcément amené le club à revoir ses ambitions à la hausse, clamant avant le coup d'envoi de la saison ses désirs de podium. Mais même sans transfert, le plan limbourgeois a été bouleversé. La saison a commencé sans Pozuelo, et s'est rapidement poursuivie sans Trossard, blessé dès les premières journées. Schrijvers, seul homme décisif entre les lignes, a ensuite subi la hiérarchie du terrain et s'est retrouvé exilé sur le flanc gauche, où il s'exprime beaucoup moins facilement, pour permettre à Pozo de retrouver sa place derrière l'attaquant. Avec Thomas Buffel sur l'autre flanc, Genk a perdu une grande partie de la menace en un-contre-un que représente la présence d'un ailier dribbleur comme Trossard. L'héritage doit donc être assuré prématurément par le jeune Manuel Benson, encore trop irrégulier et imprécis pour prétendre à une place de titulaire dans les hautes sphères de la Pro League. La menace axiale de Genk s'est éteinte, car le pressing adverse cible désormais prioritairement Sander Berge, pour l'empêcher de servir ses offensifs dans les meilleures conditions. Malgré sa capacité à sortir de la pression avec son étonnant coup de rein, le jeune Norvégien doit souvent passer le ballon à des joueurs dos au but, et serrés par un défenseur adverse. Seuls Trossard et un Pozuelo à 100 % peuvent créer une occasion à partir de ces conditions. Et le Genk actuel ne dispose d'aucune de ces deux cartes. " On manque de spontanéité dans notre jeu ", résume Dimitri De Condé. Parce que les deux effets de surprise majeurs du football de la Luminus Arena ne brillent pas autant qu'ils le pourraient. " Si tu as le ballon, tu réduis les chances que l'adversaire te marque un but ", nous expliquait récemment Alejandro Pozuelo, pour étoffer l'argument de la possession de balle comme arme défensive. Un atout qui avait permis à Genk de préserver régulièrement ses filets la saison dernière, car le ballon permettait aux hommes de Stuivenberg de s'installer loin de leur but, et les profils de Jakub Brabec, Omar Colley, mais aussi de Castagne et Uronen offraient au Racing le luxe de se défendre efficacement malgré une ligne arrière posée aux alentours du rond central. Les arrières centraux n'ont pas changé et sont toujours protégés par l'impressionnant Berge, mais la réussite défensive a quitté le vestiaire limbourgeois. La saison dernière, entre la fin de championnat et les play-offs 2, Genk n'a encaissé que douze buts en l'espace de 21 matches, soit 0,57 par rencontre. Le Racing en a déjà concédé quatre de plus (16) depuis le début de cet exercice, alors que seuls neuf matches ont été joués. Le ratio, désormais peu élogieux, décolle à 1,78 but encaissé par rencontre. Sur le banc des accusés, on retrouve Danny Vukovic, l'expérimenté Australien qui a écopé de la lourde tâche de remplacer Mathew Ryan dans les buts limbourgeois. Si l'ancien gardien de Bruges alliait à ses gants imperméables une qualité de relance hors du commun et un sang-froid impressionnant, son successeur peine encore à s'affirmer. Son premier but encaissé face au Standard, après une passe en retrait délicate, une sortie trop hésitante et une improbable tête d'Edmilson Junior, a sans doute entamé son capital confiance d'emblée, alors que son jeu au pied très moyen n'est pas de nature à rassurer des défenseurs qui aimaient s'appuyer sur le jeu de libéro de Ryan. Les sorties aériennes, atout majeur du nouveau gardien de Brighton, font également partie des points faibles de Vukovic. Des paramètres qui demandent un temps d'adaptation à une défense jeune, exposée à la pression d'ambitions décuplées et d'un début de saison raté, et privée de son élément le plus expérimenté à cause des blessures à répétition d'Uronen. Genk a tout fait pour prolonger le goût de sa recette du succès, en conservant la plupart de ses ingrédients tout en ajoutant quelques pincées de variété offensive. Mais toutes les recettes ont leur part d'imprévu. Le menu d'été du Racing a beau être toujours aussi photogénique, il lui a manqué la saveur des points. PAR GUILLAUME GAUTIER - PHOTOS BELGAIMAGEBizarrement, Genk peine à se créer des occasions franches malgré une possession de balle toujours plus impressionnante.