Vous êtes kiné. Comment parvenez-vous à combiner vos deux professions?
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Vous êtes kiné. Comment parvenez-vous à combiner vos deux professions?Olivier Bercquemanne (32 ans): J'ai effectué mes études alors que je jouais en D3. Les entraînements avaient lieu à 18.30 h, donc je n'ai pas eu de problèmes d'horaires. Les journées étaient longues mais ainsi, je n'avais pas le temps de m'ennuyer ni de gamberger. Depuis que Mons est en D1, j'ai diminué le nombre de prestations en kiné. Le lundi et le mardi sont fatigants, à cause des séquelles du match. J'effectue des visites jusqu'au premier entraînement, à 10 h, je repasse manger à midi puis je vais à l'hôpital de 13h à 15 h. Je reprends quelques clients après le second entraînement. Les autres jours sont plus calmes car il n'y a qu'un entraînement. Etes-vous spécialisé?Non. Beaucoup de collègues le sont mais ces cours ont lieu le week-end. Plus tard, j'aimerais suivre des cours de kiné sportive ou de traumatologie.éa vous aide en football?Ce sont les cordonniers les plus mal chaussés! Si je m'étais mieux soigné, je serais moins sujet aux entorses, par exemple. Je n'ai jamais eu de problèmes musculaires mais mes articulations, les chevilles et les genoux, sont fragiles. Voir l'état de certaines personnes m'aide à relativiser le sport et la défaite -même si je veux toujours gagner. Une de mes patientes a notre âge. Elle est dans un fauteuil mais elle est toujours souriante.Avez-vous encore des loisirs?Le dimanche! Nous nous évadons. A Ostende, à Gand, pour faire du shopping, à Eurodisney... Même si je suis fatigué, j'aime sortir de mes quatre murs. Etre avec Charlotte, qui a 17 mois, et avec Edith suffit à mon bonheur. Je n'aime pas trop les grandes cérémonies. C'est différent pour Edith, qui ne voit personne de la journée. De toute façon, avec le foot, je dois souvent me contenter de faire acte de présence. Etes-vous bricoleur?(Il rit). éa tombe bien: je n'en ai pas le temps! Mon père entretient le jardin. Dimitri Mercier, notre ancien capitaine, l'a conçu: il est jardinier. Mon comptable, Dominique Michel, a été gardien à Charleroi, tiens! Je ne suis ni mécanicien ni bricoleur. Comme Edith ne sait pas conduire, je fais les commissions avec elle. Nous avons construit il y a deux ans. Nous avons choisi les matériaux et mon père a surveillé le chantier. Il y a un cabinet de kiné, évidemment. Suivez-vous l'actualité?Elle reflète le côté négatif de la société, ce qui ne remonte pas le moral. Je me tiens informé, sans plus. Edith a été choquée par les attentats du 11 septembre, la faillite de la Sabena et de toutes les autres sociétés et, surtout, par Dutroux. Nous en parlons peu car elle est émotive et ça l'affecte.Qu'aimez-vous en Edith?Elle est gentille, elle s'occupe bien de notre fille, sait tout faire, pense à tout. Je ne suis pas tête en l'air mais tant de choses m'accaparent... Elle note tout. Nous avons les mêmes goûts, sauf sur le plan vestimentaire: je suis toujours en tenue sport. Nous ne devons pas réfléchir pour tomber d'accord.Avez-vous un rêve?Le football n'a jamais été une obsession. J'aurais peut-être pu lui consacrer plus de tempset, avec un manager, atteindre plus vite la D1. C'eût été possible. Quand je jouais en D3, j'allais voir des matches de l'élite. L'ambiance des stades était magique.Vous êtes tous deux passionnés de foot et de... Londres!Avant la naissance de Charlotte, nous y sommes allés régulièrement et chaque fois, nous avons assisté à un match. Une fois, nous avons voulu voir la Cup mais même sur le marché noir, il était impossible de trouver des billets. C'était du temps de Cantona. Du métro à Wembley, les gens n'en avaient que pour lui. Vivre cette coupe de la rue était déjà formidable. Nous avions vu deux matches de l'équipe nationale à Wembley mais nous étions curieux d'assister à un match opposant deux équipes anglaises, avec leurs supporters. En hiver, Londres est fantastique. Il y a l'ambiance de Noël, les soldes, déjà, bien que tout reste cher, à cause de la livre. Les magasins sont immenses et on peut tout regarder sans qu'une vendeuse se précipite. (Edith: Mettre 500 euros pour une blouse me ferait mal au coeur et, en plus, je n'ai pas une taille mannequin) .Comment avez-vous fait la connaissance d'Olivier?Edith Van Caenegem (37 ans): A un bal de l'Albert. Un ami coiffeur nous a présentés. Ce fut le coup de foudre et ça dure depuis dix ans! J'ai toujours été supportrice de Mons mais ça me plaît moins depuis qu'il est en D1. Je vais toujours dans les pourtours mais l'assistance a doublé, l'ambiance est moins familiale, plus aseptisée. Les supporters rencontrent moins facilement les joueurs. J'entends parfois des critiques mais elles ne me font plus rien: nul ne fait l'unanimité et les gens ont le droit de critiquer. Ce qui m'a énervée, par exemple, c'est l'attitude agressive de certains supporters contre ceux d'Ingelmunster, l'été dernier. Vous exercez un métier dur...J'ai un diplôme de vendeuse-retoucheuse. Mon père et mon grand-père étaient tailleurs. Ils faisaient des soutanes. Celles-ci se faisant plus rares, mon père a vendu du pain. Je n'ai pas trouvé de travail dans cette branche. Je travaille au gouvernement provincial, ici à Mons, au nettoyage. C'est physiquement dur mais je suis avec ma soeur. Avant, je travaillais dans une école, à Bruxelles. J'y avais plus de contacts avec les gens. Que voulez-vous... Chacun reste à sa place. Les gens ne sont pas toujours aimables. Enfin, ce n'est pas un problème. Je suis en pause carrière pour élever Charlotte. Au début, ma belle-mère s'en occupait ou je la mettais à la crèche mais c'était dur, surtout que je n'ai plus 20 ans. Olivier a insisté pour que j'arrête et maintenant, j'envisage d'avoir un deuxième enfant. éa va surprendre mes amis car j'ai eu une grossesse difficile, qui m'a empêchée de préparer l'accouchement et j'avais juré que Charlotte serait fille unique. Mais on oublie et j'ai changé d'avis. Nous voulions avoir la maison avant l'enfant. Or, il est difficile de trouver un terrain ici. J'ai eu la chance de trouver du travail à Mons aussi. Chapeau à ceux qui font la navette! éa demande beaucoup de courage.La famille compte beaucoup, pour vous?Oui. Mes parents sont décédés. Mon père avait été amputé des deux jambes. Ma soeur a pris un travail à mi-temps pour s'occuper de lui. Nous l'emmenions au football. Il a toujours été courageux. Il aurait été si heureux de voir Mons en D1...Qui s'est occupé de la décoration de la maison?Tous les deux... Elle est plus moderne que classique. Je voulais que ce soit sobre et lumineux. J'ai fait attention à l'aspect pratique des choses: pas de fenêtres très hautes pour lesquelles il faut faire appel à un professionnel, pas de carrelages brillants sur lesquels on voit le moindre cheveu. (Olivier: C'est une déformation professionnelle).Quels sont vos hobbies?J'aime la musique: Roxette, Pierre Rapsat, la chanson française, un peu de tout... des chansons pour enfants, maintenant. J'écoute souvent la radio. Je ne déteste pas regarder un DVD mais c'est rare. Et le sport?éa se limite à un peu de gym pour le dos. Avant, j'allais nager le dimanche matin Je marche beaucoup: le centre est à une demi-heure à pied mais ça ne me dérange pas. Les parents d'Olivier habitent à cinq kilomètres. J'y vais à pied. En fait, j'ai mon permis de conduire mais j'ai fait un blocage, à cause de mauvais souvenirs et la circulation est tellement dense que ça n'arrange rien.Comment décririez-vous Olivier?Il est attentionné mais il faut lui rappeler certaines choses. Il est moins désordonné qu'avant. Il lui arrivait d'oublier des factures! Ce que je lui reproche, c'est de ne pas assez montrer ses sentiments aux gens qu'il aime. Par contre, il consacre beaucoup de temps, à ses patients. Il s'occupe beaucoup de Charlotte (Olivier: J'en ai des bons côtés!).Vous aimez les voyages?Je les adore. Cette année, nous sommes allés à la mer, car Charlotte était trop petite pour voyager. Avant, nous avons fait les îles grecques: la Crète, Myconos, Kyos... On s'y laisse vivre, elles ont chacune leur charme et il y a de l'air, même s'il fait chaud. Pascale Piérard