Stamford Bridge fait toujours cet effet bizarre quand on l'aborde en venant de la station de Fulham Broadway - on peut aussi s'imaginer le sentiment du fan de Chelsea, qui, chaque semaine, sort à une station de métro qui porte le nom de son plus proche rival - et qu'on passerait presque devant s'en l'apercevoir. De ce côté-là, l'enceinte des Blues ressemble davantage à un immeuble à appartements luxueux qu'à un stade de football. Un peu comme s'il avait voulu se faire discret dans ce quartier cossu de Londres. Etonnant quand on connaît le côté bling-bling de son propriétaire, Roman Abramovitch, et qu'on sait que le Chelsea Village renferme boutiques, restaurants, hôtel et même discothèque. Pas très discret tout cela. Et pourtant, de la rue, un jour de semaine ordinaire, si on n'est pas fan de foot, rien n'attire spécialement l'attention.
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Stamford Bridge fait toujours cet effet bizarre quand on l'aborde en venant de la station de Fulham Broadway - on peut aussi s'imaginer le sentiment du fan de Chelsea, qui, chaque semaine, sort à une station de métro qui porte le nom de son plus proche rival - et qu'on passerait presque devant s'en l'apercevoir. De ce côté-là, l'enceinte des Blues ressemble davantage à un immeuble à appartements luxueux qu'à un stade de football. Un peu comme s'il avait voulu se faire discret dans ce quartier cossu de Londres. Etonnant quand on connaît le côté bling-bling de son propriétaire, Roman Abramovitch, et qu'on sait que le Chelsea Village renferme boutiques, restaurants, hôtel et même discothèque. Pas très discret tout cela. Et pourtant, de la rue, un jour de semaine ordinaire, si on n'est pas fan de foot, rien n'attire spécialement l'attention. Quand on pénètre à l'intérieur, ce n'est que moquette pour parvenir à la suite Harris (du nom d'un ancien joueur du club) où se déroule la conférence de presse d'avant-match d'Europa League de Rafaël Benitez. A écouter les questions de la presse anglaise, on se dit que le sympathique et malicieux entraîneur espagnol a su ressembler à s'y méprendre à son stade. Un brin fantomatique, il écoute les questions posées à Juan Mata. Il n'y en a que pour le possible retour de José Mourinho la saison prochaine, comme si Benitez n'était déjà plus là. On tente alors notre chance, portant le débat sur Eden Hazard. Car c'est quand même pour cela qu'on est venu. Pour parler de celui, arrivé à Londres, avec fracas, précédé d'une réputation flatteuse et surtout d'un prix aguicheur. " Hazard fut un joueur important pour l'équipe pendant toute la saison ", explique d'abord Benitez avant de nuancer. " Chelsea a décidé de miser sur de nombreux jeunes joueurs l'été passé et il fait partie de ces promesses qui essaient depuis juillet de tirer leur épingle du jeu. Il a dû s'adapter au football anglais et on peut dire qu'il y est parvenu mais je suis certain qu'il peut être meilleur. Il faut encore lui laisser le temps. Il a réalisé une bonne saison mais il peut et il doit encore s'améliorer car il incarne le futur du club. " On est loin de l'emballement belge, né de ses exploits en début de saison et cette nomination au prix de joueur de l'année. La presse anglaise, si prompte à s'emballer, partage l'avis de Benitez. " Quand il est arrivé, on attendait un peu le nouveau Messi venu de France ", dit Simon Johnson, journaliste au London Evening Standard. " Cette impression avait été renforcée par la mise en scène de son arrivée sur Twitter et par son prix d'achat. Il symbolisait en quelque sorte le tournant pris par Chelsea, qui laissait tomber son football physique pour plus de rapidité et de technique. Il a connu des débuts parfaits. Il volait sur le terrain puis, à l'image de toute l'équipe, il s'est un peu éteint, pas aidé par le départ de Roberto Di Matteo et l'arrivée de Benitez. On lui reproche de ne pas savoir briller pendant 90 minutes et de choisir ses moments. Je me souviens du match aller au Steaua : il fut désastreux. Mais quelques jours plus tard, il faisait basculer la rencontre de Cup, face à Manchester United. Au final, il réalise une très bonne première saison mais si certains font la fine bouche, c'est parce qu'il regorge de talent et qu'il pourrait encore le montrer plus souvent. Depuis six semaines, il est revenu au plus haut niveau et son entente avec Mata est fantastique. " Le lendemain, Hazard joue 75 minutes lors de la victoire de son équipe face à Bâle. Il déclenche le premier but et à chaque fois qu'il a le ballon, on sent que le public frissonne. " Personnellement, je suis satisfait car j'ai réalisé de grands matches, marqué le nombre de buts et réalisé le nombre d'assists que je m'étais fixés mais collectivement, je reste sur ma faim ", analyse Eden. " On aurait pu réaliser de meilleurs résultats. J'ai très bien joué pendant les deux premiers mois, avant de connaître un petit coup de mou, un contrecoup sans doute de la préparation et de l'enchaînement des rencontres, avant de retrouver un bon niveau depuis un mois et demi. " Nous prenons ensuite la direction du nord de Londres. A une heure du centre-ville : Bulls Cross, dans le quartier d'Enfield. On n'est plus vraiment dans Londres, mais pas encore dans la campagne, même si les champs tentent de reprendre leurs droits, entre l'autoroute A10 et les HLM. D'un côté de la voie rapide, des cottages de campagne, de l'autre des barres d'immeuble. A quelques pas de là se trouve le tout nouveau centre d'entraînement de Tottenham Hotspur. Un bâtiment tout en longueur encadre des dizaines de terrains. Pelouse parfaite et jardiniers déjà au travail, l'entraînement des Spurs à peine terminé. C'est là que nous retrouvons le manager portugais, André Villas-Boas, tout sourire. Le côté arrogant qu'il dégageait la saison passée lorsqu'il officiait à Chelsea a disparu. On nous dit qu'il a retenu les leçons de son premier échec anglais et qu'il est devenu plus ouvert. Il ne voit plus les journalistes comme des espions ou des trouble-fête et a appris à dialoguer avec eux. Son comportement et l'enchaînement des bons résultats ont conduit les médias locaux à revoir leur jugement sur celui qui était arrivé à Londres, affublé du surnom de Special Two. Les supporters, qui adoraient son prédécesseur, Harry Redknapp, ont eu du mal à l'accepter avant de s'adoucir et de reconnaître le travail accompli. Certains attendent l'issue de la saison avant de se prononcer (Redknapp avait conduit les Spurs à la 4e place alors qu'actuellement Tottenham est 5e) ; d'autres estiment qu'il a su pallier parfaitement les départs de joueurs importants et intégrer les arrivants (comme Jan Vertonghen, Moussa Dembélé, Hugo Lloris ou Clint Dempsey). Lorsqu'on évoque la première saison de Vertonghenen Angleterre, Villas-Boas n'a que des compliments à la bouche. " Vertonghen a une grande personnalité, du caractère et fait office de leader et de modèle pour les autres joueurs. Sa polyvalence nous a aidés toute la saison puisqu'il a joué avec autant de bonheur à la place de défenseur central qu'à celle de back gauche. Il dispose d'une bonne technique qu'il a assimilée lors de sa formation à l'Ajax d'Amsterdam. C'est la marque de fabrique des défenseurs qui viennent du club hollandais. Je le vois avant tout comme un défenseur central. C'est d'ailleurs à cette position qu'il préfère évoluer. Le fait qu'il lit bien le jeu lui permet de s'adapter très vite à toute position. Je sais qu'en équipe nationale, il joue davantage à gauche et en Coupe de la Ligue, à Norwich (défaite 2-1), je l'avais même aligné au poste de médian défensif ". Pourtant, on a longtemps cru que cette polyvalence allait nuire à son développement. Arrivé en Angleterre en juillet, il débute d'abord dans l'axe aux côtés de William Gallas suite à la blessure de Younes Kaboul avant d'être déplacé, jusqu'au Nouvel An, à gauche suite à une autre blessure, celle cette fois-ci du Camerounais Benoît Assou-Ekotto. Cela débouche sur quelques grandes prestations comme à Manchester United (2-3) où il inscrit le premier but sur un déboulé de 30 mètres sur son flanc. Cependant, son manque de vitesse le pénalise à plusieurs reprises face à des ailiers particulièrement vivaces et remuants. A gauche, sa vista (son principal point fort) est quelque peu éteinte à cause des particularités du poste qui demande davantage du coffre et des débordements qu'une lecture du jeu pointue. " Je pense que dans la configuration actuelle, sa polyvalence l'a servi ", explique l'ancien joueur Garth Crooks, désormais consultant à la BBC. " Villas-Boas a énormément fait tourner sa défense, ce qui est assez inhabituel en Angleterre où les managers préfèrent ne pas trop toucher à leur ligne arrière quand ils l'ont trouvée. Sans doute Villas-Boas s'est-il souvenu que Tottenham avait faibli physiquement en fin de saison passée et a-t-il voulu préserver la fraîcheur d'une formation longtemps en lice pour l'Europe. Après Gareth Bale, Vertonghen fut certainement le meilleur joueur de Tottenham cette saison. Je pense que dans le futur, il pourrait même devenir le capitaine de cette équipe. Quand il était back gauche, il nous a surpris mais il y avait du déchet dans son jeu. Il a véritablement explosé quand il s'est installé dans l'axe de la défense aux côtés de Michaël Dawson. Il lit tellement bien le jeu qu'il arrive à fermer la porte même quand un attaquant tente de partir dans le dos de la défense. Il est solide dans les duels et dans les airs et il tacle bien. Et sa relance lui permet de ne pas se limiter à un rôle strictement défensif. Il peut servir de rampe de lancement aux mouvements offensifs. " Cerise sur le gâteau d'une saison réussie, Vertonghen a même reçu le prix du joueur du mois (le deuxième Belge à recevoir ce prix dans l'histoire de la Premier League après Marouane Fellaini en novembre) en mars. Evénement rarissime pour un défenseur puisque seuls dix d'entre eux ont été sacrés depuis août 1994 ! Face à l'émergence de Vertonghen, on en oublierait presque qu'un autre Belge a brillé à White Hart Lane. Dans un rôle plus ingrat, Moussa Dembélé a également pleinement rempli son contrat pour sa première saison sous le maillot blanc des Spurs. Arrivé cet été en provenance d'un autre club londonien, Fulham, Dembélé, encensé la saison dernière par son manager Martin Jol qui n'hésitait pas à l'inclure parmi les meilleurs joueurs de Premier League, a encore franchi un palier. Certains craignaient que son style de jeu, parfois un peu nonchalant et irrégulier, ne cadre pas avec une équipe qui se bat chaque semaine pour un ticket en Ligue des Champions. Or, cette image relève d'un cliché éculé depuis quelque temps. Déjà à Fulham, Dembélé, qui avait reculé dans le jeu, s'était discipliné et avait appris à chasser le ballon. Aujourd'hui, lorsqu'on annonce à certains journalistes que Dembélé a commencé sa carrière comme attaquant, ils ont du mal à nous croire. Dembélé a donc pleinement relevé le défi des Spurs. Pourtant, ce transfert aurait pu ressembler à un cadeau empoisonné. Le milieu de terrain de Tottenham, véritable moteur des succès des dernières saisons, se voyait amputé des deux créateurs Luka Modric et Rafaël Van Der Vaart. Et Dembélé entrait en concurrence avec l'Islandais Gylfi Sigurdsson et l'Américain Clint Dempsey pour le poste de médian offensif. C'est donc naturellement que Villas-Boas l'a reculé sur l'échiquier pour occuper un poste proche de celui qu'occupait Modric ou Scott Parker avant sa blessure. " Sa mission était compliquée ", explique Tom Colomosse, journaliste au London Evening Standard. " Car en termes de créativité, il devait à la fois remplacer Modric et Van Der Vaart. " La nouvelle dimension prise par Gareth Bale l'a quelque peu délesté de la pression. " Il a très bien débuté ", continue Colomosse, " et on constate qu'il a un peu plus de difficultés depuis que Sandro s'est blessé et qu'il doit davantage défendre et qu'il est gêné par quelques pépins physiques qui ne lui permettent pas d'évoluer à 100 %. En résumé, on peut dire que pour une première saison au club, il a très vite su se rendre indispensable. " Comme d'ailleurs en témoignent les statistiques : avec lui, Tottenham a remporté 63 % de ses rencontres. Sans lui, le chiffre tombe à 14,3 % ! Quand Dembélé est sur le terrain, le club gagne plus de points, marque davantage et encaisse moins. Villas-Boas a vite compris qu'il ne marquait pas assez pour évoluer en soutien d'attaque et a préféré le faire jouer dans le triangle de l'entrejeu, dans un rôle hybride de numéro six et numéro dix. Il apprécie particulièrement sa vitesse de réaction et la façon dont il peut lancer Bale ou Aaron Lennon sur orbite. " Pouvoir évoluer à différentes positions est une grande réussite pour lui. Dans un 4-4-1-1 ou un 4-4-2, il a un rôle essentiel car il sait contrôler les espaces et récupérer les ballons ", explique Villas Boas. " Pour moi, il s'agit d'un des meilleurs récupérateurs d'Angleterre. Il perd très peu de ballons quand il est sous pression, car il arrive toujours à tourner sur lui-même. Sa taille et sa puissance athlétique nous ont beaucoup aidé. C'est un très bon transfert. " La dernière étape de notre périple londonien nous conduit également dans la campagne anglaise, au nord de Londres. A 35 kilomètres exactement, dans le Hertfordshire. Conley, près de St-Albans, est connue pour le prix élevé de l'immobilier, prisé par les travailleurs de la City, mais aussi pour abriter depuis 1999 le centre d'entraînement d'Arsenal. Ici, tout a été étudié et décidé par Arsène Wenger, toujours au centre des débats depuis 1996. Ce vendredi, toute la presse continue à le cuisiner sur le prolongement de son contrat (qui expire en 2014) ou ses envies d'ailleurs (et du PSG en particulier). Wenger a l'habitude de placer son point-presse entre 8 et 9 h du matin " pour éliminer les journalistes paresseux ", nous dit-on. Pour la troisième semaine d'affilée, le sujet porte donc sur son avenir. Pas sur les résultats probants de son Arsenal, qui reste sur neuf matches sans défaite toutes compétitions confondues. Quand on lui demande son opinion sur la saison compliquée de celui qui était capitaine en début de campagne, Thomas Vermaelen, il préfère botter en touche. " Il reste notre capitaine mais je préfère ne pas m'étaler sur le sujet ". Le dossier est clos. Moment mal choisi sans doute. Il faut dire que le cas est épineux. Suite au départ de Robin Van Persie, Wenger a décidé d'opter pour Vermaelen, qui avait déjà porté le brassard à plusieurs reprises, comme capitaine. La décision faisait alors l'unanimité. " C'est un leader et un exemple ", nous explique Rory Smith, journaliste au Times. " A chaque fois qu'il était à 100 %, sa présence ne faisait aucun doute. " Après avoir bien débuté la saison 2012-2013, Vermaelen a commis plusieurs erreurs et a finalement été placé sur le banc, Wenger lui préférant le duo Per Mertesacker-Laurent Koscielny. On lui reproche d'être trop souvent hors-position et trop offensif. " Le défenseur allemand suscitait beaucoup de doutes ", explique Smith" mais il fait une très bonne saison. Il rassure par son placement et son jeu de tête. Quant à Koscielny, c'est un défenseur à l'ancienne mais il a parfaitement suppléé Vermaelen et depuis quelques semaines, il évolue à un excellent niveau. Cette charnière centrale est plus sûre et, pour le moment, Arsenal a surtout besoin d'une assise défensive. Les résultats donnent raison à Wenger puisque depuis que Vermaelen est sur le banc, Arsenal gagne. Et puis, au vu du niveau de Mertesacker et de Koscielny, il est compliqué et hors de propos de les retirer de l'équipe. " " Comme il est capitaine, Vermaelen a ressenti ce retour sur le banc comme un coup ", conclut Smith. Certains évoquent un départ, d'autres disent que Wenger cherche un défenseur central supplémentaire. L'ancien capitaine de l'Ajax se situe donc à la croisée des chemins : soit il accepte le défi et revient plus fort face à la concurrence, soit il quitte Arsenal cet été. Ce serait dommage que l'aventure londonienne se termine de cette façon...PAR STÉPHANE VANDE VELDE À LONDRES" On reproche à Hazard de ne pas briller pendant 90 minutes et de choisir ses moments. " Simon Johnson, London Evening Standard " Dembélé est un des meilleurs récupérateurs d'Angleterre. " André Villas-Boas " Vermaelen ? Je préfère ne pas m'étaler sur le sujet. " Arsène Wenger