Sébastien Chabaud fut l'un des héros carolos du match perdu par les Zèbres à Anderlecht. Un héros... malheureux. C'est lui qui, dans les dernières secondes, commit le penalty décisif sur Aruna Dindane. " Je le mets sur le compte d'un manque de lucidité. Un mauvais réflexe. Nous étions complètement enfoncés depuis trois quarts d'heure, nous courions dans le vide ".
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Sébastien Chabaud fut l'un des héros carolos du match perdu par les Zèbres à Anderlecht. Un héros... malheureux. C'est lui qui, dans les dernières secondes, commit le penalty décisif sur Aruna Dindane. " Je le mets sur le compte d'un manque de lucidité. Un mauvais réflexe. Nous étions complètement enfoncés depuis trois quarts d'heure, nous courions dans le vide ". Cette grosse erreur est-elle susceptible de le faire sauter de l'équipe de base ? Non. Robert Waseige ne veut pas s'en tenir à cette faute : " Pour moi, Chabaud est synonyme de grosse capacité de travail sur un terrain. C'est le type de joueur que l'on remarque... quand il n'est pas là. Il ne sort pas du lot sur un plan bien précis. Il n'a pas la technique de Laurent Macquet ou le physique de Miklos Lendvai. Il est simplement bon dans tous les domaines. C'est le prototype du footballeur complet. Et c'est un excellent régulateur pour notre ligne médiane ". Waseige ne parle pas par hasard de Lendvai et de Macquet. Si ces deux joueurs sont aujourd'hui sur le banc, c'est justement parce que Chabaud est considéré comme plus performant. Charleroi ne joue plus avec un seul vrai médian défensif et un offensif. C'est ce qui vaut à Macquet de ronger son frein dans le dug-out. Le duo gagnant de récupérateurs est composé de Sébastien Chabaud et Thibaut Detal. La formule fait ses preuves depuis plusieurs matches. Sébastien Chabaud : C'est mon poste qui veut ça. Dites-moi de quel médian défensif on parle beaucoup. Je n'en vois qu'un en Belgique : Roberto Bisconti. Tous les autres sont des travailleurs de l'ombre. Nous ne marquons pas les esprits parce que nous faisons un travail ingrat, que les gens ne voient pas bien. Nous courons beaucoup en pure perte, quand nous essayons d'attraper des ballons insaisissables. C'est utile à l'équipe, mais il n'y a pas de résultat concret aux yeux du public. En fait, seuls les connaisseurs nous apprécient à notre juste valeur. Non, j'y suis habitué puisque j'ai presque toujours évolué dans ce rôle. Je ne me prends plus la tête quand je vois que les médias n'en ont que pour nos attaquants ou notre gardien de but. Quelque part, je peux comprendre que Victor Ikpeba et Adekanmi Olufade soient plus médiatisés : ce sont des joueurs pareils qui débloquent des situations difficiles. Tout à fait. C'était seulement un dépannage, quand Grégory Dufer devait jouer devant. En fait, Robert Waseige pensait, en arrivant, que j'étais un vrai joueur de couloir. Non : mon aire de jeu, c'est l'axe. Si on compare mes prestations sur le flanc à celles de Dufer, il n'y a pas photo : je suis très loin d'avoir sa pointe de vitesse ou sa faculté de pénétration. J'espère que je ne devrai pas marquer chaque semaine pour que le public me connaisse et m'apprécie (il rit). Marquer fait toujours plaisir, mais ce n'est pas ma mission première. Museler parfaitement le meneur de jeu adverse m'apporte autant de satisfactions. A l'époque, le centre de formation de Cannes était la référence sur la Côte d'Azur. Il était bien mieux équipé que celui de l'OM. Je n'ai jamais regretté mon écolage à Cannes. Je signale que Zinédine Zidane avait pris la même décision, quelques années plus tôt... J'ai connu des moments magnifiques là-bas, notamment la victoire en Coupe Gambardella, la Coupe de France des Juniors. Patrick Vieira était dans mon équipe. Oh, vous savez, les paillettes, il faut relativiser. Et surtout être solide pour s'en sortir. Les tentations étaient multiples là-bas : les plages, les casinos, le strass, le côté superficiel des gens. J'ai connu beaucoup de footballeurs très doués qui sont passés à côté d'une carrière à cause de toutes ces tentations. Il arrive un moment où il faut savoir faire abstraction de tout ce qui paraît beau. C'est le mental qui fait alors la différence. Les responsables du centre de formation nous mettaient continuellement en garde. Comme tout le monde, j'ai fait le mur pour quitter le centre et aller m'amuser en ville. Mais je ne l'ai pas fait souvent. Il n'y avait pas intérêt à se faire pincer : le directeur du centre était un ancien militaire, et avec lui, il fallait filer droit ! Aujourd'hui, cet homme est mon manager... C'est plus physique et moins tactique qu'en France. Je pointerais aussi un paragraphe du règlement qui échappe à beaucoup de monde mais qui n'est pas si innocent. Ici, le goal-average n'a aucune importance à l'heure où on fait les comptes. En France, c'est prépondérant. Juste avant mon arrivée à Nancy, en provenance de Cannes, Nancy a chuté en D2 en ayant terminé à égalité de points avec Marseille. C'est le goal-average qui a été fatal à mon nouveau club. Les entraîneurs français y pensent sans cesse. Quand leur équipe est menée 2-0, ils demandent de fermer la boutique. Ici, on continue à attaquer en espérant un renversement de situation. L'an dernier, Nancy a connu un championnat difficile. L'entraîneur nous disait souvent que le plus important était de ne pas prendre de buts. Nous misions tout sur la contre-attaque. Et nous nous sommes sauvés comme cela. Ce n'est pas toujours très gai à jouer comme système. Les supporters ne l'accepteraient pas. Je constate que, dans tous vos stades, le public est plus exigeant que le public français. Quand on joue en D2 française, on peut faire un peu ce qu'on veut à l'extérieur, vu que les déplacements sont de toute façon trop longs pour les supporters. Quand nous revenions d'un match avec Nancy dans le fin fond du pays, nos fans ne s'intéressaient qu'à notre résultat. Pas du tout à la manière que nous avions employée pour arracher l'un ou l'autre point. Je suis prêt à rempiler. Je n'ai pas de raisons d'aller voir ailleurs. Pierre Danvoye