Depuis lundi, le dernier et le plus fou des tournois du Grand Chelem se déroule à quelques kilomètres de Manhattan. Pendant quinze jours, l'USTA Billie Jean King National Center va vibrer lors des matches de Rafael Nadal (ESP, ATP 1), Roger Federer (SUI, ATP 2), Novak Djokovic (SRB, ATP 3), Ana Ivanovic (SRB, WTA 1), Jelena Jankovic (SRB, WTA 2) ou encore de Maria Sharapova (RUS, ATP 6). Evidemment, ce seront les joueurs américains qui obtiendront les faveurs des fans.
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Depuis lundi, le dernier et le plus fou des tournois du Grand Chelem se déroule à quelques kilomètres de Manhattan. Pendant quinze jours, l'USTA Billie Jean King National Center va vibrer lors des matches de Rafael Nadal (ESP, ATP 1), Roger Federer (SUI, ATP 2), Novak Djokovic (SRB, ATP 3), Ana Ivanovic (SRB, WTA 1), Jelena Jankovic (SRB, WTA 2) ou encore de Maria Sharapova (RUS, ATP 6). Evidemment, ce seront les joueurs américains qui obtiendront les faveurs des fans. Mais au fond, ces Américains ont-ils une bonne raison d'espérer soutenir l'un des leurs - ou l'une des leurs - jusqu'au terme de la quinzaine ? La question mérite d'être posée car le tennis US, sans être moribond, présente tout de même quelques signes de faiblesses. Si on se penche sur le top du classement mondial, il n'y a pas vraiment de quoi s'inquiéter puisque, tant à la WTA qu'à l'ATP, on trouve deux joueurs US dans le Top 10. Le hic, c'est que ces quatre compétiteurs ne sont plus du tout des espoirs. Andy Roddick va fêter ses 26 printemps pendant le tournoi alors que James Blake frôle la trentaine (29 ans). Chez les femmes, ce sont les deux soeurs Williams qui, à 27 ans pour Serena et 28 pour Venus, occupent encore et toujours le devant de la scène. Cela étant, ce n'est pas en regardant le sommet que l'on se rend compte de la santé sportive d'une nation. Il faut pour cela se pencher sur le ventre mou, en l'occurrence le Top 100. Et c'est là que cela se corse. Chez les messieurs, il n'y a que sept joueurs américains parmi les cent premiers mondiaux et, parmi ces joueurs, il n'y a que deux jeunes : Sam Querrey (21 ans) et Donald Young (19). Si les femmes sont également au nombre de sept, elles ne sont pas fort jeunes non plus : Lindsay Davenport et Jill Craybas sont toutes deux trentenaires et seule Vania King a moins de 20 ans. Rien d'encourageant donc, surtout si l'on compare avec d'autres pays. Alors que les USA ont donc 7 joueurs et 7 joueuses dans le Top 100 mondial, la France et la Russie font nettement mieux. Les Français placent 15 joueurs et 10 joueuses dans ce top 100 alors que les Russes y comptent 8 joueurs et... 16 joueuses (dont 5 dans le top 10 !). Le bilan n'est guère plus favorable au niveau des Juniors (moins de 18 ans) puisque les States n'ont que 7 garçons dans le Top 100 et seulement 4 filles... Le tennis de l'Oncle Sam traverse-t-il une grave crise ? Oui et non. Oui, car un pays pareil ne peut pas se contenter trop longtemps des places d'honneur. Non, parce que le réservoir de joueurs et la structure américaine veulent qu'à tout moment, on peut voir poindre une star en devenir. Quelle est donc cette structure ? Tout d'abord, il y a la fédé américaine, la très puissante USTA, qui a mis en place un programme consacré aux élites (Elite Player Development). Celui-ci est dirigé par Patrick McEnroe, qui coordonne le travail de 20 coaches nationaux travaillant principalement dans les deux centres nationaux situés à Carson en Californie et à Boca Raton en Floride. Comme dans beaucoup de pays, ce n'est cependant pas la fédération qui obtient les meilleurs résultats. Il y a le travail effectué dans le privé avec les très nombreuses Académies qui proposent des plans d'entraînement semi-professionnels ou professionnels. Les plus connues sont celles de Bradenton ( Nick Bollettieri) ou de Tampa (où s'est entraînée Justine Henin). Mais il y en des centaines d'autres, disséminées principalement dans les états bénéficiant d'un climat favorable (Californie, Texas, Floride, etc). Juju et Carlos Rodriguez sont d'ailleurs sur le point d'en gérer une dans les environs d'Orlando, à quelques kilomètres de Disney World. Évidemment, ces Académies ne sont pas gratuites. Outre les réels grands espoirs mondiaux, la sélection se fait donc en grande partie au niveau du portefeuille... Ce qui n'est pas le cas dans les universités, les écoles supérieures et, même, les collèges, qui, comme on sait, accordent aux sports une place inversement proportionnelle à ce qui se passe en Belgique. Un joueur un tant soit peu doué va trouver dans son établissement scolaire une structure lui permettant de combiner études et pratique sportive. Pour rappel, John McEnroe est issu de cette filière. A 16 ans, il était même élite en basket et en tennis et a dû faire un choix. Quant aux s£urs Williams, elles ne doivent leur progression et leur accession au sommet qu'au travail infatigable de leur père Richard, qui les a entraînées et même conditionnées en dehors de toute structure habituelle. Ce sont d'ailleurs ces filières - privée et scolaire - qui font qu'il n'est pas toujours simple de savoir exactement où en sont les Américains. Souvent, en effet, les cadets et autres scolaires et juniors voyagent moins que leurs collègues sud-américains ou européens car ils trouvent chez eux des compétitions de bon niveau qui ne nécessitent pas de longs et coûteux déplacements. Si la profusion d'offres peut paraître avantageuse pour le jeune tennisman américain, elle présente aussi de fameux désavantages car on ne peut pas à proprement parler d'une école américaine comme il y a une école française ou suédoise. Dans ces deux pays, le principe de la pyramide fonctionne à merveille car chaque niveau (des clubs au centre national) travaille dans le même sens et sait qu'il prépare l'élève à passer à l'étage supérieur. Aux States, rien de tout cela. Les Académies développent leur propre programme et les échanges sont rares et ne se font que lors des nombreuses compétitions où chacun tentent de tirer la couverture à lui. Qui plus est, les USA (surtout les Académies, universités et collèges) accueillent aussi bien des joueurs étrangers que des autochtones. Seul le niveau compte (car le prestige du joueur rejaillit sur la structure) et non la nationalité. Ce qui a parfois pour effet de fermer la porte des équipes premières aux joueurs du crû. Mais la plus grande faiblesse du tennis US réside dans son manque de notoriété. Vu du Vieux Continent, on pense que le tennis est un sport majeur aux Etats-Unis. Il n'en est rien puisqu'il se situe en dehors du top dix, loin derrière le foot américain, le baseball, le basket, le hockey sur glace ou encore la gymnastique. Qui plus est, le tennis US manque, côté masculin, de joueurs aussi charismatiques que ne l'étaient Andre Agassi, McEnroe ou Jimmy Connors. A tel point que parmi les sportifs préférés des ados américains, on ne trouve trace d'aucun tennisman en exercice alors que David Beckham est le leader in-contesté... par patrick haumont - photo: reporters