En mai 1990, présent en Angleterre pour le Mondial de snooker, nous avions mis à profit un samedi de liberté pour nous rendre de Sheffield à Liverpool en train. Cet après-midi-là, les Reds étaient champions pour la huitième fois en douze ans. C'était devenu banal pour eux mais ça restait spécial pour nous. You'll never walk alone entonné par le kop, à cinq minutes du match, ça donne la chair de poule. Ce qu'ignorait Gary Ablett, indisponible et assis à côté de nous dans la tribune, c'est que ce serait le dernier titre de Liverpool. 24 ans plus tard, les Reds n'ont plus enlevé le moindre championnat.
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En mai 1990, présent en Angleterre pour le Mondial de snooker, nous avions mis à profit un samedi de liberté pour nous rendre de Sheffield à Liverpool en train. Cet après-midi-là, les Reds étaient champions pour la huitième fois en douze ans. C'était devenu banal pour eux mais ça restait spécial pour nous. You'll never walk alone entonné par le kop, à cinq minutes du match, ça donne la chair de poule. Ce qu'ignorait Gary Ablett, indisponible et assis à côté de nous dans la tribune, c'est que ce serait le dernier titre de Liverpool. 24 ans plus tard, les Reds n'ont plus enlevé le moindre championnat. Le club mettra-t-il fin à ce signe indien cette saison ? Les deux prochains matches à domicile vont être décisifs. Liverpool reçoit Manchester United et Chelsea. Si l'employeur de Simon Mignolet gagne les deux joutes, il écrira peut-être une page d'histoire. Il n'a plus été aussi près du sacre depuis 2009, quand Rafael Benitez l'a mené à la deuxième place, à quatre points du champion, United. Le Liverpool d'aujourd'hui aligne toujours cinq éléments de cette époque. L'architecte du succès actuel est Brendan Rodgers, longtemps la cheville ouvrière de la formation des jeunes de Chelsea, avant de devenir entraîneur en chef. Il a connu le succès à Watford mais Reading l'a renvoyé après vingt journées : il avait maintenu trop longtemps sa confiance à ses joueurs qui ne la méritaient pas, sans imaginer qu'il pouvait être renvoyé alors qu'il avait un contrat de trois ans. Il a tiré les leçons de ses erreurs à Swansea, après sept mois de chômage. L'homme prône un style de jeu offensif. Dans les matches que les Reds dominent, il aligne Raheem Sterling ou Philippe Coutinho en soutien des avants Daniel Sturridge et Luis Suarez. Ce dernier vient de battre le record du club des buts marqués en une saison, qui appartenait à Robbie Fowler (28). Le duo est fantastique. L'un a été blessé, l'autre a été suspendu pour avoir mordu un adversaire mais ensemble, ils rappellent le duo qui a offert le titre à Blackburn en 1995 : Alan Shearer et Chris Sutton. Ils avaient marqué 49 buts à eux deux, un cap que Suarez et Sturridge ont atteint contre Tottenham (4-0). Le record du duo le plus productif est détenu par Peter Beardsley et Andy Cole, qui ont inscrit 55 buts pour Newcastle en 1994. Les Magpies avaient alors terminé troisièmes. Quand le Chelsea de CarloAncelotti est devenu champion d'Angleterre, FrankLampard et DidierDrogba avaient pris 51 buts à leur compte. Quand il faut défendre un peu plus, Joe Allen vient en aide à Steven Gerrard. Liverpool est l'équipe qui tire le plus souvent au but, qui a la meilleure attaque et qui est la plus prolifique en première mi-temps : elle prend son adversaire à la gorge et exerce un pressing élevé. L'équipe inscrit 34 % de ses buts au départ de phases arrêtées. Ce style de jeu offensif coûte un peu de sa stabilité à l'équipe alors que c'est l'atout de Chelsea. De toutes les phalanges anglaises, c'est Chelsea qui possède la meilleure défense et qui tolère le moins d'essais alors que Liverpool, de ce point de vue, est dans la deuxième colonne, ce qui permet à Simon Mignolet de se distinguer régulièrement. Il faut aussi rappeler que Liverpool a perdu les trois chocs en déplacements, à Arsenal, à Chelsea et à Manchester City. Par contre, il a étrillé Arsenal 5-1 à domicile. Voilà qui promet... PAR OLIVIER EGGERMONT & PETER T'KINT