Quand sir Alex Ferguson a soulevé le trophée de champion en mai, le 20e de Manchester United, personne n'imaginait Liverpool, longtemps détenteur du nombre de titres de champion en Angleterre, et rattrapé par son ennemi en 2009 pour être déposé en 2011 et 2013, pouvoir combler l'écart avec United cette saison.
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Quand sir Alex Ferguson a soulevé le trophée de champion en mai, le 20e de Manchester United, personne n'imaginait Liverpool, longtemps détenteur du nombre de titres de champion en Angleterre, et rattrapé par son ennemi en 2009 pour être déposé en 2011 et 2013, pouvoir combler l'écart avec United cette saison. Et pourtant, à la surprise générale, le Liverpool de Brendan Rodgers, sans transfert ronflant cet été (seuls Simon Mignolet pour 9 millions d'euros et Mamadou Sakho pour 18 millions ont été attirés), joue bel et bien le titre, après un bilan de 23 points sur 27 en 2014. Comment expliquer que cette équipe, qui avait terminé le précédent exercice à une bien pâle septième place, joue aujourd'hui les premiers rôles, aux côtés des dispendieux Chelsea, Manchester City et Arsenal, et tente de retrouver une Ligue des Champions, absente du programme des Reds depuis quatre ans ? D'abord par le travail de Brendan Rodgers. Assistant de José Mourinho à Chelsea de 2004 à 2007, il a emprunté les reconversions rapides au Portugais mais il s'en est aussi distancé, optant pour un jeu de passes offensif qu'il a expérimenté à Swansea, surnommée à l'époque Swanselona. Après avoir fait monter l'équipe galloise en Premier League et l'y avoir facilement maintenue, Rodgers a donc commencé sa révolution à Liverpool. En lançant des jeunes (comme Raheem Sterling ou l'arrière droit, Jon Flanagan) mais en imprimant surtout sa patte technique. Il a fait reculer Steven Gerrard, sorte de quarterback devant sa défense et surtout premier relanceur trois étoiles pour les trois flèches offensives (Sterling, Daniel Sturridge et Luis Suarez). Ses transferts, comme Joe Allen ou Coutinho,disposent tous d'un bagage technique et d'une certaine vitesse. Et puis, il a fait de son attaque la meilleure d'Angleterre. Aujourd'hui, Liverpool a marqué davantage que City, pourtant réputé pour être une machine offensive. Rodgers a remotivé Suarez, qui désirait partir, et en a fait le meilleur buteur du championnat et un candidat au titre de joueur de l'année. Mais Rodgers a veillé à ce que son équipe ne dépende pas du seul buteur uruguayen. Comme lors de sa suspension en début de saison, sa panne sèche actuelle (deux buts en neuf rencontres) passe totalement inaperçue grâce à la production fantastique du deuxième attaquant, Daniel Sturridge, auteur, lui, de onze buts en onze matches. La défense n'est pas encore du même acabit et pourrait s'avérer le talon d'Achille de cette équipe avide d'un 19e titre d'Angleterre, 24 ans après le dernier. En 1990, le Liverpool des Ian Rush et John Barnes fêtait en effet le dernier titre de son histoire. Depuis lors, plus rien. Sur la même période, Ferguson en a, lui, amassé 13 ! Ce week-end, Liverpool aura l'occasion de prendre sa revanche sur l'ennemi juré, les deux villes partageant une haine autant sportive qu'historique. Car derrière la rivalité footballistique se cache également un lourd héritage qui date de la révolution industrielle. A l'époque, Liverpool et Manchester, tout en servant toutes deux de locomotive à l'économie anglaise, étaient en perpétuelle concurrence. Si le coton arrivait des colonies dans le port de Liverpool, il était amené par les canaux jusqu'à Manchester où les filatures tournaient à plein régime. Certains n'hésitent pas à dire que Manchester a construit sa richesse sur le dos de Liverpool. PAR STÉPHANE VANDE VELDE