Lundi prochain, dans les salons de l'Hôtel Mercure Royal Crown de Bruxelles, la première récompense individuelle de la saison 2005-2006 sera décernée sous la forme du Soulier d'Ebène, le trophée qui prime annuellement le meilleur footballeur africain, ou d'origine africaine, du championnat belge. Le trophée, organisé conjointement par l'ASBL African Culture Promotion et Club RTL, et qui en est à sa 15e édition, couronnera un élément parmi le quintette de nominés que sont Mémé Tchite (Rwanda, Standard), Oguchi Onyewu (USA, Standard), Salou Ibrahim (Ghana, Zulte Waregem), Tosin Dosunmu (Nigeria, Germinal Beerschot) et Mbark Boussoufa (Maroc, La Gantoise) qui, fort de ses 9 buts et 16 assists depuis le début de cet exercice, s'impose, pour beaucoup, comme le grand favori de l'épreuve.
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Lundi prochain, dans les salons de l'Hôtel Mercure Royal Crown de Bruxelles, la première récompense individuelle de la saison 2005-2006 sera décernée sous la forme du Soulier d'Ebène, le trophée qui prime annuellement le meilleur footballeur africain, ou d'origine africaine, du championnat belge. Le trophée, organisé conjointement par l'ASBL African Culture Promotion et Club RTL, et qui en est à sa 15e édition, couronnera un élément parmi le quintette de nominés que sont Mémé Tchite (Rwanda, Standard), Oguchi Onyewu (USA, Standard), Salou Ibrahim (Ghana, Zulte Waregem), Tosin Dosunmu (Nigeria, Germinal Beerschot) et Mbark Boussoufa (Maroc, La Gantoise) qui, fort de ses 9 buts et 16 assists depuis le début de cet exercice, s'impose, pour beaucoup, comme le grand favori de l'épreuve. Mbark Boussoufa : C'est un peu trop réducteur (il rit). Car, d'une part, Oguchi Onyewu, vu son profil, n'entre pas dans une de ces catégories. Or, le défenseur américain ne manque pas de mérite. D'un autre côté, l'Afrique du Nord a sûrement engendré de très bons attaquants également ces dernières années. Dans mon propre pays, je citerai par exemple Marouane Chamakh. Ou, en Egypte, Ahmed Hossam, par ailleurs lauréat du Soulier d'Ebène à l'époque où il défendait les couleurs de La Gantoise en 2001. Le club amstellodamois, je le connais pour y avoir évolué en classes d'âge. Je ne me vois toutefois pas rebrousser chemin vers un entourage où je ne me suis jamais vu offrir une chance digne de ce nom. Je sais que le PSV Eindhoven est venu aux nouvelles pour moi, au même titre que d'autres clubs. C'est flatteur mais la balle est dans le camp de mon employeur actuel, puisque je suis sous contrat chez les Buffalos jusqu'en 2008. Je suis prêt à aller au bout de ce bail mais je sais aussi que la direction n'entend pas me mettre de bâtons dans les roues pour peu qu'un deal agrée toutes les parties. Jusqu'à présent, il n'y a encore eu aucune demande officielle, même si j'ai lu comme tout le monde que cet entraîneur songeait à moi dans l'optique du Championnat d'Europe de cette catégorie au Portugal, cette année. On évoque notamment la possibilité de me tester lors d'un match contre les -21 ans allemands, le 17 mai. Mais je n'en sais pas davantage pour le moment. Ce qui est sûr, c'est qu'au Maroc, la Fédération ne demeure pas en reste non plus. Les quotidiens évoquent de plus en plus mon nom là-bas et, dernièrement, j'ai eu un coup de fil du sélectionneur, Mohamed Fakhir, qui voulait savoir à quoi s'en tenir avec moi. Je crois que je vais répondre positivement à sa demande. Le Maroc, c'est non seulement la terre de mes ancêtres mais aussi d'une bonne partie de ma famille actuelle. Mes parents sont originaires de Guelmine, une ville du sud du pays, située à deux heures de route au sud d'Agadir. A l'âge de 20 ans, mon paternel a mis le cap sur la Hollande, attiré comme tant d'autres par la perspective d'une vie meilleure en Europe. J'ai beau être né à Amsterdam et y avoir passé mon enfance ainsi que mon adolescence, je ne renierai jamais le Maroc pour autant. Chaque année, sans exception, j'y passe mes vacances. Et j'escompte bien m'y fixer durablement un jour, après une trajectoire sportive que j'espère la plus fructueuse possible. Avec le recul, il va sans dire que c'est une satisfaction pour moi. Même si je ne me suis jamais fait de souci quant à mon gabarit. Ceux qui prétendent qu'une carrière est liée au volume des quadriceps ne savent tout bonnement pas de quoi il retourne. Car les exemples sont légion de footballeurs qui ont atteint les sommets tout en n'étant pas des monstres. Il y avait Pelé et Diego Maradona autrefois. A présent, je citerai Deco, Lionel Messi, Ronaldinho, Samuel Eto'o... Exact (il rit). Je n'ai jamais autant jubilé qu'après la qualification du FC Barcelone au détriment de Chelsea en Ligue des Champions dernièrement. Les artistes l'avaient ni plus ni moins emporté face à des robots. Or, le football est, et doit toujours être émotion, plutôt que calcul. J'ai et j'aurai toujours un faible pour ceux qui cultivent le beau jeu et non pour ceux qui se servent d'un ordinateur pour tenter d'imposer leurs vues. J'étais relégué sur une voie de garage à Amsterdam, où je ne faisais pas partie des priorités pour le coach, Danny Blind. A 18 ans, j'avais besoin de jouer pour progresser et cette perspective m'était refusée à l'Ajax. Par l'intermédiaire de mon agent, Herman Rijkaard, le frère de Frank, j'ai pu obtenir un trial au sein du club londonien. L'Italien Claudio Ranieri était alors coach là-bas. D'emblée, je lui avais fait bonne impression et je me suis empressé de signer un contrat en bonne et due forme. Au départ, j'ai été intégré chez les doublures. En l'espace de neuf mois, j'ai inscrit une vingtaine de buts là-bas. En principe, j'aurais dû monter de catégorie à ce moment. Hélas, Roman Abramovitch a pris le pouvoir dans la foulée. Comme chacun le sait, il voulait un rendement immédiat en échange de son investissement et c'est pourquoi il a effectué des transferts de noms ronflants à tire-larigot. Dans ces conditions, je n'avais plus d'avenir à Stamford Bridge et j'ai préféré aller voir ailleurs. Dans la vie, il faut parfois reculer pour mieux sauter. Je l'ai fait en optant pour les Buffalos et je ne le regrette pas aujourd'hui. La saison passée, je me suis adapté à un nouvel environnement, tant sur le terrain que dans la vie de tous les jours. Non sans succès, quoique je le dise moi-même. Cette année, je poursuis sur cette lancée. J'ai, pour ainsi dire, doublé mon capital buts d'une saison à l'autre, et mes passes décisives ont subi une croissance exponentielle. Sur ce plan-là, j'ai réussi au-delà des espérances, c'est certain. C'est vrai qu'il nous aura fallu pas mal de temps pour atteindre notre rythme de croisière. Au premier tour, c'était souvent tout ou rien, avec une prédominance pour le néant. Il est compréhensible, dans ces conditions, que le président, Ivan De Witte, ait exprimé quelquefois ses doléances. Après la trêve, comme par miracle, les différents rouages se sont de mieux en mieux imbriqués chez nous. La plupart des joueurs ont également élevé de façon sensible le niveau de leur jeu. Je songe notamment à l'un ou l'autre de ceux qui avaient débarqué au club cette saison et qui avaient dû trouver leurs repères eux aussi. Comme Dominic Foley, par exemple. Si ce garçon, et d'autres, avaient donné leur pleine mesure dès le départ, l'Europe nous tendrait d'ores et déjà les bras actuellement. D'accord mais notre programme n'est quand même pas de tout repos, puisque nous devons encore recevoir Anderlecht et nous rendre au Standard, lors de la dernière journée. Nous serons peut-être les arbitres dans la course au titre mais il est dommage que nous n'ayons plus nous-mêmes notre sort entre les mains. Si j'ai un gros regret par rapport à cette campagne, c'est notre élimination en Coupe de Belgique face aux Rouches. Après un succès par 2-1, une défaite 4-2 à Sclessin fait tache, surtout au regard du parcours que nous avons accompli au cours du deuxième tour avec 32 points engrangés sur 42. Si nous avions pu évincer l'équipe principautaire, j'ai bel et bien l'impression que nous aurions pu aller au bout de nos ambitions dans cette épreuve. Même si Zulte Waregem, pour sa toute bonne tenue cette saison, n'a sûrement pas volé non plus son apothéose. Pour moi, cette équipe est favorite en finale face à Mouscron. La formation qui perdra le moins de points contre nous, c'est aussi simple que cela (il rit). Au train où vont les choses, Anderlecht devra s'imposer contre nous à Gentbrugge, tandis que le Standard n'aura pas le droit à l'erreur face à nous sur ses terres. Dans les deux cas, nous devrons également, nous-mêmes, viser les trois ponts si nous voulons coiffer le Club Bruges sur le poteau. Voilà qui promet donc un fantastique emballage final. Mais bien malin qui pourrait en prédire l'issue. A mon sens, tant Anderlecht que le Standard seraient deux beaux champions. Ce sont les deux équipes les plus seyantes du championnat, en tout cas. En réalité, j'aime les formations qui évoluent avec de réels hommes de couloir. C'est le cas au Standard avec Milan Rapaic à gauche et Sérgio Conceiçao à droite. Idem à Anderlecht avec Serhat Akin et Christian Wilhelmsson. C'est ainsi que je conçois le football. Au risque de vous surprendre : Beveren. Ces gars-là constituent un régal pour l'£il. Il est simplement dommage que l'ensemble soit trop uniforme. Une équipe, c'est un tout fait de composantes disparates. Il faut à la fois de la technique, du physique, de la taille, de l'ingéniosité. Les Ivoiriens ne réunissent malheureusement pas toutes ces facettes. C'est dommage. Mais s'il y a un amoureux du football qui souhaite bel et bien leur maintien parmi l'élite, c'est moi. En tant qu'amateur de jolies arabesques, on ne peut qu'être sensible à leur manière de faire. Je ne demande pas un traitement de faveur, mais un peu plus de compréhension de ceux qui sont appelés à nous juger. Dernièrement, contre Lokeren, j'ai été pénalisé d'une carte jaune pour une prétendue simulation suite à une intervention osée d'Olivier Doll. Il y avait bel et bien faute mais sous prétexte que j'en avais rajouté une couche, j'ai écopé d'un bristol. En revanche, tous ceux qui s'étaient acharnés sur moi auparavant, Runar Kristinsson et d'autres, se sont quasiment tirés d'affaire sans mal. Désolé, mais ce n'est pas normal. Dans ce cas, il ne faut pas s'étonner que quelques-uns cherchent à se faire justice eux-mêmes. Comme un Sérgio Conceiçao, précisément, ou comme un Christian Wilhelmsson. Sans parler de moi-même, même si j'essaie de me dominer. Mais, par moments, je fulmine, croyez-le bien. J'ai eu la chance d'être éduqué à bonne école. Celle de la rue d'abord, à l'est d'Amsterdam. J'habitais un quartier qui foisonnait d'étrangers : des Surinamiens, des Turcs, des Marocains. Dans ces conditions, il fallait se faire violence pour ne pas être bouffé tout cru sur le terrain. Ensuite, il en est allé exactement de même à l'Ajax. Là aussi, j'ai dû me révolter pour survivre. Cette base-là est toujours solidement ancrée en moi. Peu importe, je suis capable de me débrouiller dans tous les registres offensifs. En fonction des événements et de l'adversaire, j'ai tendance à opérer comme numéro 10, derrière le ou les hommes de pointe, ou bien à évoluer comme meneur excentré, surtout à gauche. C'est Georges Leekens qui m'a incité à ce décalage, arguant que quand je joue dans l'axe, je suis plus maîtrisable pour l'adversaire. En revanche, sur le côté, je suis beaucoup plus difficile à prendre. Un peu comme Ronaldinho à Barcelone, en quelque sorte. Je lui serai éternellement reconnaissant de m'avoir offert une chance au plus haut niveau et d'avoir contribué à mon plein épanouissement depuis lors. Je l'apprécie par-dessus tout et je sais que lui aussi me tient en haute estime. J'ai cru comprendre qu'en tant que footballeur, il était très différent de moi. D'ailleurs, son surnom Mac The Knife en dit long à ce sujet. A l'entraînement, pour me taquiner, il me répète souvent que j'ai de la chance de jouer actuellement et non à son époque. Et il me dit : -Sans quoi je te retournerais comme une crêpe. Je lui rétorque toujours que, dans ce cas, il devrait d'abord pouvoir m'attraper (il rit). En fait, on s'adore tous les deux. Preuve s'il en est que les extrêmes s'attirent. BRUNO GOVERS