Va y avoir les fêtes, la neige, la trêve, des matches remis, donc du temps pour lire et offrir des livres ! En voici quelques récents lus pour vous - je le jure - et qui causent de quoi vous savez : mettre le foot en veilleuse, ce n'est pas l'abandonner !
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Va y avoir les fêtes, la neige, la trêve, des matches remis, donc du temps pour lire et offrir des livres ! En voici quelques récents lus pour vous - je le jure - et qui causent de quoi vous savez : mettre le foot en veilleuse, ce n'est pas l'abandonner ! Claude Javeau, Je hais le football, Le Bord de l'Eau, 2015. Rien à voir avec le Javaux siffleur ! Ici, ce sont 40 paginettes pas chères pour nous mettre le nez dans notre caca : ce qui ne m'a pas fait de tort, nous ne sommes pas tout blancs, ça peut servir de savoir en quoi nous méprisent ceux qui nous méprisent... Et pour ce vieux sociologue belge et ronchon, notre foot concentre tous les péchés : esclavagisme, triche, opium du peuple, capitalisme, agressivité, corruption, dopage, nationalisme pour ranimer une Belgique déliquescente, pulsions de masse gommant les individualités que nous ne pouvons plus être... PAN PAN PAN, feu à volonté ! Notre foot serait intrinsèquement négatif, et inutile d'argumenter en admettant les dérives d'un sport malgré tout chouette : ce donneur de leçons n'accepterait pas, aussi me bornerai-je à tout hasard à lui conseiller de lire le beau bouquin suivant.... Et je ne hais pas Javeau qui hait le foot, même s'il nous traite comme de la merde : cet opuscule n'est jamais qu'un carton rouge immérité, brandi par un arbitre se croyant omniscient... Jean-Philippe Toussaint, Football, Les Editions de Minuit, 2015. Belge lui aussi mais écrivain coté, Toussaint nous avait déjà offert en 2006 La mélancolie de Zidane, bref texte où il s'infusait le spleen de Zizou suite à son célèbre coup de boule. Ici, il a retravaillé et enrichi quelques articles jadis parus dans Libération, durant la Coupe du Monde de 2002 suivie au Japon. Il nous joue son p'tit Marcel (pas Javaux, Proust !) et admet qu'en écrivant sur le foot, il ne fait qu'écrire encore et encore sur le temps qui passe. Mais le temps passé au foot est pour lui particulier, protecteur, sécurisant,... Toussaint dégaine même l'adjectif apotropaïque, oufti, comme un dribble nouveau surgi du néant : le football, pendant qu'on le regarde, nous tient radicalement à distance de la mort ! Footeux à ses heures, l'auteur confesse ce rapport au rêve et à l'enfance, et dit s'autoriser le foot en tant que lueur culturelle comme une autre, résistant à la nuit du bruit... Le chauvinisme lui-même s'en trouve déculpabilisé : pas de connotation politique horrifiée, un chauvin n'est qu'un nationaliste ironique ... joli, non ? Alain Gillot, La surface de réparation, Flammarion, 2015. Ce bouquin-ci est un roman, grand public comme on dit, mais c'est loin de vouloir dire bébête ! Ça raconte la vie quotidienne un peu paumée de Vincent, entraîneur de jeunes salarié au club de Sedan, et qui doit soudain vivre avec un neveu atteint du syndrome d'Asperger : une forme d'autisme contre laquelle Vincent va lutter à l'aide du foot qu'il aime et qu'il maîtrise, en s'efforçant d'y intéresser ce neveu. Cela donne une histoire de coeur et d'hommes, où la dimension statistique du foot rencontre curieusement la marginalité intellectuelle, où la vérité du terrain gomme les différences d'avant qu'on y pénètre. Ça se lit comme un conte malin et ça devrait être porté à l'écran prochainement, mais n'attendez pas : les mots ont un pouvoir que n'ont pas toujours les images, même lorsqu'on y voit passer des ballons de foot ! Olivier Guez, Eloge de l'esquive, Grasset, 2014. C'est une petite histoire du foot brésilien depuis les origines, l'importation par les Britanniques, l'interdiction d'abord faite aux Noirs de le pratiquer... C'est plus précisément l'histoire du dribble brésilien, pourtant complexé jusqu'en 1958 : année où le dribble, l'esquive, via surtout Pelé et Garrincha, se voit enfin légitimé par un succès en Coupe du Monde. Le texte est plus poétique que réaliste, classique en ce sens qu'il veut que les Brésiliens demeurent pour toujours les extraterrestres du ballon rond. Avec explications détaillées pour férus de caneta, elastico, pedalada, foca, embaixadinha... PAR BERNARD JEUNEJEAN