Il y a des signes qui ne trompent pas. Comme ce sprint à la 91e minute du dernier Standard-Anderlecht et ce duel remporté devant CollinsFai mettant quasiment un terme aux débats. S'ensuit, dès le coup de sifflet final, une dernière course de Youri Tielemans vers ses supporters cloîtrés dans un des coins de Sclessin. Le néo-capitaine bruxellois (suite au remplacement de SofianeHanni) harangue les siens et embrasse fièrement le blason de la maison mauve.
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Il y a des signes qui ne trompent pas. Comme ce sprint à la 91e minute du dernier Standard-Anderlecht et ce duel remporté devant CollinsFai mettant quasiment un terme aux débats. S'ensuit, dès le coup de sifflet final, une dernière course de Youri Tielemans vers ses supporters cloîtrés dans un des coins de Sclessin. Le néo-capitaine bruxellois (suite au remplacement de SofianeHanni) harangue les siens et embrasse fièrement le blason de la maison mauve. Un geste à la symbolique forte pour cet Anderlechtois pur jus alors qu'ils sont pourtant nombreux à s'enticher du maillot par opportunisme, n'hésitant pas à le salir quelques mois plus tard en signant pour la concurrence. " J'ai toujours eu le coeur mauve. Avant d'être joueur, j'étais supporter ", nous expliquait Youri Tielemans l'an dernier. " C'est plutôt rare quelqu'un qui débute à 4 ans dans un club et qui rejoint son équipe première. J'ai donc toujours joué à Anderlecht et je vis pour ce club, tout simplement... " S'il représente l'archétype du footballeur du RSCA par son assurance, sa conduite de balle menton levé, Tielemans n'a toujours pas subi les foudres, et ne les subira sans doute jamais, d'un Sclessin quelque peu moribond ce 2 octobre dernier après les départs du provocateur Silvio Proto, de Steven " Judas " Defour ou d'Anthony Vanden Borre. Placé sur le banc, Olivier Deschacht n'est venu que quelques minutes réchauffer l'atmosphère. Pour le supporter rouche, même le plus obtus, Tielemans ne porte pas en lui tous les maux, hormis celui, bien sûr, d'être recouvert de la vareuse de l'ennemi historique. Du haut de ses 19 ans, il ne semble pas non plus suivre la trajectoire de ces ados-stars qui multiplient les sorties de route. Son histoire ne date pas d'hier pourtant et remonte déjà au 28 juillet 2013 lors de la réception de Lokeren. Quelques coups de patte renversants avaient suffi à faire fondre l'assemblée anderlechtoise. L'emballement fut quasi sans précédent, matérialisé par une énième punchline signée Jan Mulder : " Tielemans vaut 100 millions, il faut mettre ça sur papier et faire authentifier chez un bon notaire. " Le parallèle avec VincentKompany était évident : Bruxellois, métis, bilingue et de l'or dans les pieds. " En voyant jouer Youri à 16 ans, je le trouve plus que fort que Vincent et moi au même âge. Je sais que c'est un gros compliment, mais c'est juste la vérité ", avait même envoyé Anthony Vanden Borre. Quelques mois plus tard, le dernier joyau mauve décrochait son premier titre au bout de sa première saison et des plays-offs où son jeu long avait fait fureur aux côtés du grand échalas Cheikhou Kouyaté. Mais, depuis deux ans, il a pu irriter par son inconstance, balançant entre coups d'éclairs et pertes de balle grossières. Cette saison, Lil' Youri semble avoir franchi un palier, même si son entame canon l'an dernier, rapidement éteinte par des prestations bien plus ternes, invite à la prudence. Le 2 octobre dernier, notre nouveau coach national, Roberto Martinez est lui aussi tombé sous le charme alors qu'il assistait dans les travées de Sclessin à un Clasico brouillon et fermé. " Il m'a impressionné ", avoue Martinez. " C'est lui qui réglait le rythme dans l'entrejeu. Il jouait en un temps quand il le fallait. Et quand il a reçu le brassard en fin de match, il a joué comme un vrai capitaine. Il est jeune, mais a déjà une énorme personnalité. " Ce trait de caractère ne date pas d'hier. Tous ceux qui ont croisé sa route vous le confirmeront. L'intéressé lui-même ne s'en cache pas : " Je ne me suis jamais trouvé jeune ! J'ai toujours su parler aux autres et prendre mes responsabilités ", assurait-il lors d'une interview à Sport/Foot Magazine à la fin du mois d'août. " Je pense que le public me considère trop jeune pour jouer au leader, mais je suis prêt. J'ai toujours été capitaine, j'ai toujours été un joueur important. J'imagine que mes entraîneurs voyaient que je parlais facilement à tout le monde et que je savais assumer à tout moment. " Mohamed Ouahbi, T3 l'an dernier et aujourd'hui entraineur des U21, est peut-être celui au Sporting qui connaît le mieux Youri Tielemans. Ce Schaerbeekois l'a coaché dès les U8 et l'a accompagné par après en U11, U14, U15 jusqu'en U17. " Le voir avec le brassard de capitaine comme en fin de match au Standard, ça lui va tellement bien. L'an passé déjà, il était pour moi le vrai capitaine. Bien plus que Proto, Deschacht, Defour. Je l'ai vécu dans le vestiaire, c'est lui qui motivait les troupes, c'est lui qui poussait ses équipiers lors des échauffements. Mais je comprends très bien aussi que par rapport aux plus anciens, on ne lui ait pas donné ce brassard. Mais en tout cas, il a toujours eu les qualités pour être le patron. " Désormais équipiers chez les U21, Charly Musonda Jr, autre pépite de Neerpede, mais qui a choisi de parfaire son écolage dans la prestigieuse académie de Chelsea, confirme : " Youri était une catégorie en dessous de moi mais j'ai joué avec lui quelques tournois, quelques petits matches. Oui, il a une grosse personnalité car quand tu joues contre le Standard, contre Molenbeek, ce sont des matches couperets. On est de Bruxelles, on est issus d'Anderlecht et tu savais que pour gagner les matches, il fallait être un peu hautain, sûr de soi, dire qu'on allait gagner. Aujourd'hui, Anderlecht a changé, c'est un peu plus flamand, un peu plus mixte mais à l'époque, il n'y avait quasiment que des Bruxellois, et Youri a grandi à travers cette mentalité. Tous ceux qui sont de Bruxelles peuvent être capitaines. Et donc Youri peut l'être. C'est un joueur exemplaire pour l'équipe. " Peter Smeets travaille pour l'agent de joueurs Christophe Henrotay et est " l'accompagnateur " de Youri Tielemans. " Je le connais depuis qu'il a dix ans. A cette époque, je travaillais pour la cellule sociale d'Anderlecht. Je me rappelle très bien cette fois où je me suis posé pour regarder les entraînements à Neerpede. D'un côté, il y avait en U11 un talent exceptionnel, un petit dribbleur, c'était Charly Musonda. Alors qu'en U10, j'observais déjà un jeune métronome en la personne de Youri. Il avait dix ans et disait déjà aux autres où se placer sur le terrain. Mais la première fois que je lui ai réellement parlé, il devait avoir 14 ans, et j'ai compris directement à qui j'avais à faire : c'était un vrai leader, un capitaine dans l'âme, il n'hésitait pas à donner sa vision du foot à ses différents coaches. Très tôt, quand j'évoquais avec lui l'extra-sportif, il pensait déjà comme un adulte : il dit ce qu'il pense mais sans arrogance. Et dès qu'il rencontrait un problème, il prenait son téléphone et m'appelait, ce qui n'est pas courant à cet âge. " Chez Tielemans, il y a toujours cette dualité entre ce visage que l'on pense éternellement poupon et cette trajectoire fulgurante guidée par les couplets de " I am a boss " du rappeur Meek Mill. Avec des statistiques qui affolent les compteurs : plus jeune joueur belge (16 ans, 4 mois et 25 jours) à avoir évolué en Champions League, plus jeune joueur de l'histoire d'Anderlecht à atteindre les 100 matches de D1, détrônant la légende Paul Van Himst, etc. Mais tout ne fut pas mauve pour autant. En trois saisons pleines chez les pros, Tielemans a ramassé aussi son lot de claques. " Si prochainement, il décroche un transfert vers l'étranger, il aura l'avantage d'avoir passé les échelons pas à pas et d'avoir rencontré pas mal d'événements parfois difficiles liés à la vie d'un noyau professionnel. Ça l'aidera dans son futur " , assure Peter Smeets. " Il a connu des hauts mais il a aussi galéré ces dernières années ", poursuit Mo Ouahbi. " Sous Van den Brom par exemple mais aussi l'an passé où il s'est retrouvé sur le banc (à 15 reprises, ndlr). Et, cette saison, il a dû prouver au nouveau coach ses qualités. Il s'est préparé pendant les vacances, il est arrivé affûté pour la reprise alors qu'il a souvent du mal à démarrer. Youri, c'est plutôt un diesel. Ça fait aussi quelques mois qu'il vit avec sa copine, il y a une réelle prise en main chez lui. " " A l'entraînement, je faisais toujours mon boulot mais je me mettais une pression inutile en match. Je voulais trop bien faire. C'est peut-être pour ça que je jouais mal ", explique l'enfant de Neerpede. " Je sais que le manque de constance, c'est mon point faible. Il faut que j'arrive à être bon dans chaque match. " Cette saison semble marquer un tournant : " Aujourd'hui, il est déterminant à chaque rencontre. Il joue en patron, il a véritablement franchi un cap, son rayonnement est plus grand. A Anderlecht, on lui a donné encore davantage de confiance ", estime l'entraîneur des Espoirs, Johan Walem. " Je n'ai jamais douté de lui car ses qualités sont énormes, son jeu long par exemple. Un coup d'oeil et t'as compris. Mais aujourd'hui, je note qu'il peut être méchant sur un terrain. Il a un peu maigri aussi. Thorgan Hazard a connu un peu le même phénomène : en se retrouvant en Bundesliga, il a dû prendre du muscle pour arriver à faire son trou. On travaille plus à l'étranger qu'en Belgique et Youri va prendre encore une autre dimension dans un grand championnat. C'est un bosseur, tu vois qu'il aime ce qu'il fait, il a du plaisir à venir s'entraîner. " Peter Smeets : " Il sait que pour réussir à l'étranger, il faut être un athlète et que ce sont de petits détails qui vont faire la différence. L'évolution physique à laquelle on assiste aujourd'hui s'explique pour plusieurs raisons : il a travaillé un peu plus, il suit les conseils du nutritionniste et le nouveau staff a aussi eu une influence sur lui. " " Ça me semble évident que c'est sa dernière saison en Belgique et à Anderlecht " , raconte Ouahbi. " Et je sais qu'il veut quitter le club par la grande porte : il veut ce titre et un Soulier d'Or. " PAR THOMAS BRICMONT - PHOTOS BELGAIMAGE" L'an passé déjà, Youri était pour moi le vrai capitaine. Bien plus que Proto, Deschacht ou Defour. " MOHAMED OUAHBI, COACH DES U21 D'ANDERLECHT " Tous ceux qui sont de Bruxelles peuvent être capitaines. " CHARLY MUSONDA JUNIOR