Fin août, les clubs belges encore engagés sur les scènes européennes dessinent leurs ambitions, joies et déceptions. Le verdict est déjà tombé pour Anderlecht et, sur cette lancée, plus personne n'imagine les saisons sans ces grands bals continentaux où se croisent toutes les faunes du football : des cercles opulents, des stars, des équipes sans le sou, des jeunes aux dents longues, de futurs artistes, des coaches décidés à inventer de nouvelles occupations du terrain, etc. Le 7 septembre prochain, il y aura exactement 57 ans que tout cela a commencé : 30.000 spectateurs se réunissent à Lisbonne pour assister à une grande première, la rencontre Sporting Portugal-Partizan de Belgrade (3-3). A peine née, la Coupe d'Europe des clubs champions - rebaptisée Ligue des Champions en 1992...

Fin août, les clubs belges encore engagés sur les scènes européennes dessinent leurs ambitions, joies et déceptions. Le verdict est déjà tombé pour Anderlecht et, sur cette lancée, plus personne n'imagine les saisons sans ces grands bals continentaux où se croisent toutes les faunes du football : des cercles opulents, des stars, des équipes sans le sou, des jeunes aux dents longues, de futurs artistes, des coaches décidés à inventer de nouvelles occupations du terrain, etc. Le 7 septembre prochain, il y aura exactement 57 ans que tout cela a commencé : 30.000 spectateurs se réunissent à Lisbonne pour assister à une grande première, la rencontre Sporting Portugal-Partizan de Belgrade (3-3). A peine née, la Coupe d'Europe des clubs champions - rebaptisée Ligue des Champions en 1992/93 - connaît le succès malgré l'attitude négative de la fédération anglaise de football, opposée à cette nouveauté, et qui incite Chelsea à déclarer forfait. Difficile à imaginer en 2012.... Il est vrai que l'idée d'une Coupe d'Europe est née dans la tête d'un journaliste français de l'Equipe, Gabriel Hanot, qui réplique à une affirmation du Daily Mail : " Wolverhampton est le champion du monde des clubs ". Les Wolves avaient battu le Spartak Moscou et Honved Budapest lors de matches amicaux. Hanot n'est pas d'accord et l'écrit d'une plume avertie : " Il y a d'autres grandes équipes en Europe, à Madrid et à Milan, par exemple. Il faudrait s'y mesurer avant de revendiquer une telle suprématie. " L'Equipe emboîte le pas de son collaborateur et explique durant des semaines, à force de reportages et de chroniques le comment et le pourquoi de la nécessité de créer une Coupe d'Europe. La télévision ne s'est pas encore installée dans tous les foyers et la cascade d'articles de la presse écrite fait mouche. Les 2 et 3 avril 1955, Hanot réunit les représentants des grands clubs européens (dont Eugène Steppé d'Anderlecht) dans les salons de l'Hôtel Ambassador à Paris : c'est parti pour la grande aventure, celle qui va réunir les clubs, les joueurs, les pays, les cultures. Avec le recul, on peut se dire qu'Hanot aurait bien mérité de figurer au palmarès du Prix Nobel de la Paix. Il faut se replonger dans le contexte politique des années 50 pour comprendre le génie du visionnaire parisien. Le monde vit en pleine guerre froide est-ouest et Sporting Portugal-Partizan de Belgrade oppose aussi deux dictatures, celle de Salazar à celle de Tito. A une autre échelle, en 1956, la Révolution hongroise est noyée dans le sang par les chars du Pacte de Varsovie. D'autres événements tragiques se succèdent : le blocus de Berlin, le Rideau de fer, le Printemps de Prague, etc. La Coupe d'Europe résiste à tout, grandit et, dès le début, annonce la naissance de l'Union européenne. Hanot a précédé la signature de son acte de naissance symbolique, le Traité de Rome (1957). Le football est en avance sur son temps. Sur les terrains, le jeu progresse, se diversifie avec des règnes différents, du sud, du nord, latins, germains, des cheveux et des idées longues, des jeunes qui à Liverpool et à Amsterdam marient foot et rock. La Coupe d'Europe devient un moyen d'expression, un creuset où se forgent des destins extraordinaires. Des joueurs accourent du monde entier car c'est en Ligue des Champions que cela se passe. Ils ont mille fois raison. L'Europe du football est leur Eldorado. Pourtant, il y a des ombres au tableau, des couleurs vives ont été remplacées par des touches bien plus obscures. Les marchands du temple sont plus que jamais attirés par l'argent et ses vices. Hanot mesurait que son idée rencontrerait un succès financier mais il a d'abord été mené par un idéal de partage qui a marqué l'histoire des hommes. Un jour, il faudra trouver d'autres Hanot pour préserver cet héritage qui rassemble les amoureux du football. PAR PIERRE BILIC" La Coupe d'Europe est un moyen d'expression, un creuset où se forgent des destins extraordinaires "