Nous sommes en décembre 1993. Un communiqué venant des Etats-Unis surprend le monde en général et celui du tennis en particulier. Jennifer Capriati (USA), multimillionnaire en dollars et plus jeune retraitée du tennis féminin, vient d'être arrêtée à New York. Son méfait : elle a volé des bijoux de pacotille dans un magasin. Sa fortune aurait pu lui permettre d'acheter le magasin entier, voire même la rue où se situe le commerce. Quatre mois plus tard, la même Capriati, celle-là qui avait atteint à 14 ans les demi-finales de Roland Garros, devenant ainsi la plus jeune à réaliser un tel exploit, est à nouveau arrêtée. Pour possession de marijuana.
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Nous sommes en décembre 1993. Un communiqué venant des Etats-Unis surprend le monde en général et celui du tennis en particulier. Jennifer Capriati (USA), multimillionnaire en dollars et plus jeune retraitée du tennis féminin, vient d'être arrêtée à New York. Son méfait : elle a volé des bijoux de pacotille dans un magasin. Sa fortune aurait pu lui permettre d'acheter le magasin entier, voire même la rue où se situe le commerce. Quatre mois plus tard, la même Capriati, celle-là qui avait atteint à 14 ans les demi-finales de Roland Garros, devenant ainsi la plus jeune à réaliser un tel exploit, est à nouveau arrêtée. Pour possession de marijuana. Devenue professionnelle en mars 1990 à 13 ans et 11 mois, la lolita américaine - dans laquelle certains revoyaient ses compatriotes Tracey Austin ou Andrea Jaeger, d'autres teenagers US - n'aura supporté la pression que trois années durant. Assaillie sans cesse par les médias, adulée par des milliers de fans, présente en une des magazines et, il faut bien le dire, mise sous pression aussi par son papa, Capriati devra prendre du recul trois années avant de revenir sur le circuit et atteindre la première place mondiale. Pourquoi donc évoquer ce parcours surprenant ? Tout simplement parce qu'il y a un peu de Capriati (une ex-copine de Xavier Malisse) dans Martina Hingis. Certes, la Suissesse présente un palmarès nettement plus riche que celui de l'Américaine mais le fait qu'elle soit soupçonnée d'avoir consommé de la cocaïne la rapproche de son ex-collègue. Dissimulait-elle aussi une certaine fragilité ? En finale du Roland Garros 1999, Hingis, hyper dominatrice depuis le début du tournoi rencontre une Steffi Graf qui attend l'heure de prendre sa retraite. Comme prévu, c'est la cadette qui prend la direction des opérations. Elle mène 6-4 2-0 avant que tout s'écroule : le jeu, le mental, la raison, même. A tel point qu'Hingis, huée par 15.000 personnes, montre le plus sombre côté de son caractère. Elle discute toutes les décisions arbitrales et finit même par servir à la cuiller, son visage inondé par les larmes. Juste après la balle de match conclue par Graf, elle s'enfuira dans les vestiaires, ne revenant sur le court que forcée par sa mère. Autre souvenir : meilleure joueuse mondiale en 1999 et 2000, Martina commence très vite à trouver saumâtre le fait que les médias préfèrent se concentrer sur Anna Kournikova plutôt que sur elle. En tant que jeune femme déjà très jolie (elle sera plusieurs fois classée dans le Top 100 des plus belles femmes de la planète), Hingis n'accepte pas que le galbe de la jeune Russe déclenche tant de passion alors qu'elle est la n°1 et que la poupée russe n'a jamais gagné le moindre tournoi. La jalousie est telle que l'on verra Hingis changer plusieurs fois de look et de coiffure afin d'attirer à nouveau vers elle les objectifs. Bref, Hingis, derrière une faconde un rien dédaigneuse et une morgue parfois dérangeante, est une championne aux abois, capable de perdre le contact avec la réalité. Elle était cependant apparue plus sereine lors de son retour, début 2006. Raté, ce retour ? Certains disent que oui. Pourtant, après trois années sans compétition, la Suissesse remontera très rapidement dans le Top 10 et se qualifiera à trois reprises pour les quarts de finale d'un Grand Chelem ! Mais la voilà contrainte de prendre une deuxième fois sa retraite suite à des accusations de dopage, ou plus exactement, de prise de cocaïne. Hingis aurait été contrôlée positive à la cocaïne lors du tournoi de Wimbledon 2007. Dans un premier temps, elle affirmera ne pas vouloir se battre contre les instances dirigeantes mais, quelques jours plus tard, son avocat dira le contraire, mettant en avant la volonté de la championne de laver sa réputation. Hingis n'a certainement pas pris de la cocaïne pour tricher, pour être meilleure. Ne nous voilons pas la face, il y a bien entendu des dopés dans le monde du tennis comme il y en a dans tous les sports. Mais, dans ce cas-ci, on se trouve plus certainement devant un cas de figure différent. Le tennis a toujours drainé autour de lui des personnes peu recommandables et les joueurs et joueuses ont toujours été soumis à des tentations de plus en plus fortes. Il n'est pas rare que certaines soirées soient arrosées plus que de raison (les Suédois étaient ainsi de fameux fêtards dans les années 80-90) ou que l'on y fume l'un ou l'autre joint. Au début des années 80, l'arrivée massive de joueurs sud-américains augmenta la consommation de marijuana dans le milieu. Quelques jours après ses aveux de fumeur de joints, Yannick Noah fut obligé de nier l'évidence par les dirigeants d'un sport incapables de cerner l'importance du problème. Et le Belge Bernard Boileau goûta à la marijuana lors d'un camp d'entraînement en Floride avant de plonger dans l'héroïne. L'Américain Vitas Gerulaitis, lui, décéda carrément de manière curieuse. Oui, la drogue a toujours été présente dans le milieu du tennis et si elle en a consommé, Hingis a fait une énorme connerie. Qu'on ne l'accuse toutefois pas de tricherie sportive. A priori, elle dispose de tout ce dont on peut rêver : un corps bien fait, une frimousse agréable, des millions de dollars en banque (son prize money atteint 20 millions de billets verts, auxquels il faut ajouter au moins le triple de contrats et autres rentrées), une mère aimante ( Melanie Molitor, ancienne bonne joueuse, qui fut le coach de sa fille tout au long de sa carrière). Mais le bonheur tient parfois à peu de choses. Derrière les paillettes, se cachent souvent des lames de rasoir. Lesquelles, sans cesse, viennent ouvrir des plaies que l'on croyait cicatrisées. Comme Capriati, Hingis a été lancée dans le bain professionnel à 14 ans et quelques semaines. Elle disposait déjà de plusieurs Porsche avant même d'avoir l'âge de son permis de conduire. Ayant passé sa prime jeunesse sur un terrain de tennis, elle a très vite été déconnectée de la vie réelle. Dès son arrivée sur le circuit, elle donna pourtant l'impression de contrôler son sujet, de n'avoir peur de rien. Lors de la finale Juniore de Roland Garros qu'elle remporta haut la main face à Laurence Courtois, Hingis donna à la Belge âgée de 18 ans une véritable leçon de sens tactique alors qu'elle n'en avait que 13 ! Talentueuse, jeune et jolie, elle fut naturellement la proie des photographes et autres journalistes. Ses faits et gestes étaient épiés et ses moindres idylles explicitées en long et en large dans les magazines. Evidemment, il y a un aspect schizophrénique à cela. D'une part, Hingis aurait préféré être plus tranquille et, d'autre part, elle ne supportait pas que l'attention se détourne d'elle. Double sentiment qui a tendance à perturber les stars les plus solides. Pendant sa première retraite, Hingis a essayé de retrouver les mêmes poussées d'adrénaline que celles procurées par le tennis. Excellente cavalière, elle ne réussira pas à éprouver les mêmes émotions paroxystiques. Elle reviendra donc au tennis. Pas pour l'argent, bien sûr, mais pour recouvrer ces émotions. Ne disait-elle pas de sa finale de 99 qu'elle en gardait un excellent souvenir tant elle avait vécu ce jour-là des émotions enivrantes ? L'adrénaline était certes encore là mais pas en quantité suffisante. Et, surtout, les JustineHenin, Williams et autres Russes captaient davantage les projecteurs. Pris un à un, ces éléments sont tout à fait gérables. Mis bout à bout, ils peuvent encore l'être, à condition d'être une femme équilibrée. A condition, aussi, d'avoir construit une vie à côté du tennis. De ne pas avoir mis toutes ses émotions dans la seule pratique du sport. A condition, encore, de pouvoir compter sur un entourage suffisamment aguerri et capable de comprendre la solitude que les champions de très haut niveau peuvent rencontrer. Hingis a peut-être commis une faute. Reste qu'à 27 ans, elle mérite encore toute l'admiration pour son palmarès. par patrick haumont